FOOTBALL : Frédéric KANOUTE : « Les jeunes footballeurs en Afrique rêvent de partir »
Face à la fuite des talents, le football africain s’inspire du modèle NBA pour enfin capter la valeur qu’il génère sur son sol.
Le cri du cœur résonne encore. Un paradoxe assourdissant, une injustice qui saigne le sport le plus populaire au monde. L’Afrique, berceau bouillonnant de talents, offre au football professionnel entre 15 et 20 % de ses joueurs. Des pépites brutes, des diamants façonnés sur des terrains poussiéreux, qui deviennent des icônes mondiales : Salah, Mané, Osimhen, Eto’o, Drogba. La liste est infinie. Le retour sur investissement ? Moins de 1 % des revenus mondiaux du football. Un chiffre famélique, brutal, qui raconte l’histoire d’un continent qui exporte sa richesse pour la voir fructifier ailleurs.
Une hémorragie de talents et de capitaux que le monde du ballon rond semble accepter avec une fatalité désarmante. Mais un autre géant du sport américain, le basket, a décidé de briser ce cycle. Il y a vingt ans, la NBA a posé un diagnostic similaire et a bâti, pierre par pierre, un modèle pour inverser la tendance. Le résultat est une leçon magistrale.
Un constat implacable, une fuite inévitable
Personne ne décrit mieux cette réalité que l’ancien attaquant de Séville et du Mali, Frédéric Kanouté, voix respectée du développement du football sur le continent. Lors du World Football Summit (WFS) Rabat 2025, ses mots, relayés sur le blog du WFS (https://worldfootballsummit.com/the-long-game-what-football-can-learn-from-the-nba-in-africa/), ont frappé les esprits. « On parle d’académies en Afrique, mais soyons honnêtes, la plupart ne répondent pas aux exigences de base. Certaines n’ont pas d’infrastructures. Certaines n’ont même pas de ballons », a-t-il lancé, sans concession.
La conséquence est un exode massif, un rêve unique : l’Europe. « Sur mille jeunes joueurs qui rêvent de devenir professionnels, peut-être cinq y parviendront. On ne parle que de ceux qui ont réussi, comme Drogba. Personne ne parle de tous ceux qui se sont perdus en chemin parce que la formation n’était pas la bonne. Aujourd’hui, les jeunes footballeurs en Afrique rêvent de partir. Personne ne peut les en empêcher, c’est là qu’ils pensent pouvoir gagner leur vie. La question est de savoir ce que l’Afrique fait pour leur donner envie de rester ».
Le basket montre la voie : le succès éclatant de la BAL
Cette question, la NBA y a répondu avec une patience et une vision stratégique hors norme. « Nous n’avons pas ouvert le bureau de la NBA en 2010 en disant « lançons une ligue professionnelle » », expliquait Amadou Gallo Fall, président de la Basketball Africa League (BAL). La ligue, lancée en 2021, n’est que la partie visible d’un iceberg bâti sur près de deux décennies de travail de fond : structures de coaching, programmes pour les jeunes, académies comme celle de Saly au Sénégal, et partenariats avec les gouvernements.
Le succès est fulgurant. En seulement quatre saisons, la Basketball Africa League (https://bal.nba.com/) a généré 250 millions de dollars d’impact économique et créé 37 000 emplois. Des arénas modernes de 10 000 places au Rwanda et 15 000 au Sénégal sont sorties de terre. « Nous sommes le plus grand exportateur de talents », martèle Amadou Gallo Fall. « Mais nous avons décidé qu’il était temps de créer quelque chose ici même, sur le continent ».
Le football au pied du mur : un potentiel à libérer
Le talent, la ferveur populaire, le poids culturel : le football africain possède les mêmes atouts. Le plan pour transformer l’essai existe désormais. Le défi est immense, et c’est au cœur de ces discussions stratégiques que se positionne le World Football Summit. La prochaine édition, le WFS Mexico City 2026 (https://worldfootballsummit.com/mexico26-en/), se tiendra les 3 et 4 juin prochains, quelques jours avant le coup d’envoi de la Coupe du Monde.
Ce sommet s’annonce comme le point de rencontre crucial où les leaders de l’industrie du football mondial convergeront pour débattre de ces enjeux capitaux. Les participants peuvent d’ores et déjà préparer leurs rencontres et optimiser leur présence grâce à l’application officielle de l’événement, disponible sur Android (https://play.google.com/store/apps/details?id=com.swapcard.apps.android.worldfootballsummit) et iOS (https://apps.apple.com/es/app/world-football-summit/id1479835706), une plateforme qui a généré plus de 1 700 connexions lors de la dernière édition.
Au-delà de l’économie, la quête de sens
Mais changer le paradigme ne se résume pas à des chiffres. C’est une question de vision et de mission, une philosophie incarnée par Mary Connor, nouvelle CEO de Common Goal (https://www.common-goal.org/). Cette ancienne joueuse professionnelle, co-fondatrice de Soccer Without Borders (https://www.soccerwithoutborders.org/), a passé sa carrière à poser une question fondamentale : à quoi sert vraiment le football ? Sa réponse : « Le jeu est plus puissant lorsqu’il crée un sentiment d’appartenance ».
Avec le mouvement Common Goal, qui encourage les acteurs du football à reverser 1 % de leurs revenus à des projets sociaux, elle a contribué à bâtir le plus grand réseau mondial utilisant le football comme outil de changement. Une dynamique qui trouvera son apogée le 26 mai avec le lancement du World Football Giving Day. L’objectif, quelques jours avant le plus grand événement sportif mondial, est de « reconnecter l’industrie avec ce dont le football est vraiment capable ». Un rappel essentiel que derrière le business, la gloire et les transferts, la véritable victoire du football est de donner à chaque jeune, où qu’il soit, une chance de jouer, d’apprendre et de s’épanouir. Le plan est là. L’Afrique attend son heure.















