YACHTING : 6ème Monaco Smart & Sustainable Marina Rendezvous, des marinas qui changent d’échelle
Biodiversité, investissement, nouveaux usages, mais aussi électricité à quai, intelligence artificielle ou cybersécurité…
Pendant deux jours, le Monaco Smart & Sustainable Marina Rendezvous a analysé la marina sous des angles très différents. Organisé par M3 Monaco, société de conseil spécialisée dans la création et la gestion de marinas, yacht clubs et écoles de voile. Bénéficiant du soutien de la Fondation Prince Albert II de Monaco, ESA NanoTech, Bombardier, MB92 Group, Skytopia, Plus Marine, Italian Yacht Masters, Alcenza Properties et Raunautica, cette 6e édition a réuni des professionnels de 30 nationalités, venus confronter leurs projets et leurs expériences.
« En collaboration avec le Y.C.M., nous disposons d’un vaste réseau et de nombreuses connaissances en matière d’innovation et de qualité. Nous sommes bien placés pour tisser des liens et mettre en relation des start-ups, des grandes entreprises et des innovateurs afin de créer de meilleures solutions pour les marinas et les yacht-clubs », évoque José-Marco Casellini, CEO de M3 Monaco.

La biodiversité entre dans l’équation économique
La question a occupé une bonne partie des échanges. Il s’agissait de regarder comment la biodiversité peut trouver sa place dans le fonctionnement et l’économie d’une marina. Dr Megan Clampitt (programme scientifique PONT chez PONANT) a notamment montré comment les navires d’exploration peuvent devenir des plateformes de recherche dans des zones difficiles d’accès, où les scientifiques collectent des données tout en partageant leurs travaux avec les passagers. De son côté, Gonca Melek Özkan (Setur Marinas) s’appuie sur des universités et des experts pour mieux connaître et suivre les espèces présentes autour de ses marinas. Mais observer et mesurer ne suffit pas. Sofía Sonsoles Doyágüez Sánchez (Go Bridge the Gap) a posé la question du financement : pour convaincre des investisseurs, une solution doit pouvoir démontrer son efficacité et répondre à un besoin clairement identifié.
Financements publics, pilotes menés avec des partenaires puis capitaux privés peuvent intervenir à différents stades, selon le niveau de risque. Avec ses serres sous-marines, Luca Gamberini (Nemo’s Garden) défend une autre approche, qui associe production agricole, recherche et expérience touristique. Les marinas et les resorts peuvent, selon lui, accueillir ce type d’installation, précisément parce qu’ils se trouvent à l’interface entre terre et mer. Derrière ces différentes approches revient finalement la question de la donnée : connaître l’état initial d’un écosystème, suivre son évolution et disposer d’indicateurs suffisamment solides pour mesurer les résultats.
La marina : une infrastructure à part entière
L’investissement a naturellement pris le relais avec une autre question : celle de la valeur des infrastructures portuaires et des modèles qui permettent de financer leur transformation. José Valencia (Nauplia Capital), Rodrick T. Miller (Miami-Dade Beacon Council), Marcos Pellejero Ibáñez (Mirazur Capital), Chris Wong (Airport Authority Hong Kong) et Andreas Bäckman (InfraVia Capital Partners) ont tour à tour confronté leurs approches sur ce marché. Longtemps considérée comme un actif immobilier ou de loisirs, la marina tend désormais à être regardée comme une infrastructure à part entière. La demande augmente alors que l’offre reste contrainte et qu’une grande partie des installations a été conçue il y a plusieurs décennies pour des bateaux plus petits. Adapter les bassins, revoir la répartition des postes d’amarrage ou moderniser les services peut donc changer sensiblement l’équation économique d’un site.

Mais le débat a aussi révélé ce qui freine encore les investisseurs, notamment le manque de données et de références communes sur des indicateurs aussi élémentaires que l’occupation, les revenus d’exploitation ou les transactions. À cela s’ajoutent des concessions parfois trop courtes et un manque de visibilité sur leur renouvellement. Autre idée revenue à plusieurs reprises : une marina ne peut plus être pensée seule. À Miami comme à Hong Kong, elle est intégrée à une stratégie plus large, avec tourisme, commerces, restauration, emplois et développement du bord de mer. Le partenariat public-privé prend alors une place centrale, notamment pour porter les infrastructures lourdes, le dragage ou les procédures environnementales.
Adapter l’existant plutôt que repartir de zéro
Architecture, ingénierie et innovation ont ensuite ramené les échanges à la conception même des marinas. Adrian Griffiths (Chapman Taylor), Haneen Alrawashdeh (AYLA OASIS) et Joe Greene (MSEA Engineering) ont évoqué la manière dont les infrastructures peuvent évoluer, parfois sans repartir de zéro. À Malte, le projet présenté autour du Grand Harbour conserve ainsi l’activité portuaire tout en rouvrant une partie du bord de mer au public. À Ayla Oasis, en Jordanie, un autre enjeu s’impose : tenir les engagements environnementaux dans la durée et les faire entrer dans les opérations quotidiennes à travers par exemple un suivi régulier de la qualité de l’eau. La question de l’adaptation des infrastructures existantes a également été abordée, des pontons reconfigurables aux nouveaux dispositifs qui peuvent être ajoutés dans les marinas plus anciennes.
Électricité, eau, données, équipements connectés :
Les ateliers ont aussi abordé les nouveaux usages à quai et les infrastructures qu’ils nécessitent. L’intelligence artificielle a aussi été abordée avec la même volonté de revenir aux usages : ce qui fonctionne réellement dans les chantiers, les marinas ou à bord, plutôt que l’IA comme sujet théorique. D’autres sujets ont occupé les débats tels que la cybersécurité des marinas connectées, l’arrivée de nouveaux matériaux dans la construction des pontons, digues et postes d’amarrage, mais aussi la manière dont une marina peut progresser, vers des standards et certifications reconnus.

Indonésie et Égypte : deux pays, deux regards sur le développement du littoral
La réflexion s’est aussi déplacée à l’échelle des territoires. S.E. Widiyanti Putri Wardhana, Ministre du Tourisme de la République d’Indonésie, a ouvert les conférences du lundi avec une intervention consacrée à la vision de son pays pour un tourisme maritime durable. « Notre ambition est de devenir une destination de premier plan pour le tourisme maritime, notamment le yachting, grâce à des infrastructures de haut niveau et à un écosystème touristique compétitif. Nous y voyons une opportunité de valoriser encore davantage l’offre touristique de l’Indonésie, de maximiser le potentiel de nos destinations maritimes et de générer davantage de bénéfices pour les communautés locales ».
La veille, aux côtés de représentants du transport maritime et de la logistique, des ports, de l’aménagement et du secteur privé, S.E. Dr Tarek M. Dahroug, Ambassadeur de la République arabe d’Égypte en France et délégué permanent de l’Égypte auprès de l’UNESCO, avait présenté les ambitions du pays en matière de tourisme et d’infrastructures portuaires.
Il a notamment pointé un manque de formation spécialisée :
« Nous ne disposons à ce jour d’aucun institut dédié à la plaisance ». D’où la volonté de « coopérer avec Monaco et les pays européens » et de bénéficier de leur savoir-faire.
Des robots de recharge aux amarres intelligentes
Les Monaco Smart & Sustainable Marina Awards sont venus conclure ces deux journées. Pour la première fois, les entreprises du volet Innovation étaient réparties selon leur stade de développement : pre-revenue, post-revenue et scaling revenue. Une trentaine d’entre elles ont été retenues, répertoriées dans un e-catalogue consultable en ligne, et évaluées sur la préservation de la biodiversité, l’énergie, les opérations portuaires, les déchets, les matériaux et la gestion de l’eau.
Catégorie pre-revenue :
Kolbev (Suisse) s’est distinguée grâce à sa solution de recharge robotisée mobile, que les membres du jury ont considérée comme un moyen intelligent et économique pour les ports de plaisance de prendre en charge les bateaux électriques avant d’investir massivement dans des infrastructures de recharge fixes.
Catégorie post-revenue :
Déjà présente en 2024, The Warming Surfaces Company (Finlande) est lauréate avec Halia®, une technologie de chauffage à très basse tension directement intégrée aux surfaces, au mobilier ou aux aménagements intérieurs.
Catégorie scaling revenue :
Avec Seadamp, une solution prête à être déployée à l’échelle internationale, les Italiens de Seares, déjà présents en 2022, 2023 et 2025, se distinguent avec leur système d’amarrage mécatronique qui adapte son amortissement aux mouvements des vagues, tout en récupérant une partie de leur énergie pour alimenter des capteurs embarqués permettant de suivre les conditions d’amarrage en temps réel.
Coup de cœur Innovation :
Nemo’s Garden (Italie) avec ses biosphères sous-marines, conçues pour cultiver des plantes sans sol ni pesticides, en utilisant l’eau de mer pour produire naturellement de l’eau douce, tout en favorisant la biodiversité marine.
À Opatija, un projet ancré dans le réel
Le concours d’architecture se concentrait sur la transformation durable de la marina d’Opatija, dans la baie de Kvarner en Croatie. Le projet devait inclure un Marina Hub avec capitainerie, restauration, commerces et espaces de bien-être, mais aussi une école de voile, un équipement consacré à la biodiversité marine, à l’éducation et à la transmission des savoirs. Le tout devait trouver sa place dans le patrimoine local et apporter une valeur ajoutée au territoire. Le jury a retenu Jasper Architects (Allemagne), saluant la bonne intégration du bâtiment, la précision des plans ainsi que les notes quasi parfaites obtenues en matière de fonctionnalité et d’esthétique. Le coup de cœur Architecture revient à Francesco Gruni de l’Université de Pavia (Italie), engagé dans la catégorie étudiant en architecture.
Une première promotion pour le Smart & Sustainable Standard
En parallèle, six marinas, yacht clubs et centres nautiques répartis entre Monaco, France, Arabie saoudite, Jordanie et Qatar, ont reçu leur certification S3, Smart & Sustainable Standard. Ce référentiel combine évaluation de maturité, analyse des risques et feuille de route d’amélioration continue. Fondée sur les données, des entretiens et un audit sur site, la démarche permet à chaque structure d’identifier son niveau de maturité et de mieux cibler les investissements à engager.
Ces prix viennent clore deux jours de discussions, mais pas les échanges engagés à Monaco. Lancée cette année, la plateforme B2B Smart Marina Connect doit justement permettre aux entreprises, gestionnaires de marinas et porteurs de projets de poursuivre les contacts au-delà du rendez-vous. Le Y.C.M. poursuivra cette semaine les discussions avec les acteurs du yachting à l’occasion du 31e Captains’ Forum (jeudi 24 septembre). Le Club lancera également très prochainement la Superyachts Marina & Port Management Executive Masterclass, une nouvelle formation dispensée par La Belle Classe Academy et consacrée au management des ports et des marinas. Elle s’adressera aux professionnels du secteur ainsi qu’aux capitaines et membres d’équipage souhaitant évoluer vers des fonctions à terre.

















