VOILE : Eole Performance, artisan de la renaissance de l’ex Fujicolor II
Confier un bateau de légende à un chantier, c’est avant tout une affaire de confiance.
En choisissant Eole Performance pour mener le refit complet de la plateforme de son trimaran – l’ex Fujicolor II, plan Nigel Irens mis à l’eau en 1990 pour Mike Birch puis mené au sommet par Loïck Peyron – Damien Seguin n’a pas seulement lancé un chantier technique d’envergure. Il a initié une aventure humaine et patrimoniale, avec en ligne de mire la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026 en catégorie Vintage Multi, sous les couleurs du Crédit Mutuel Arkéa et au profit de Handicap International. Un projet ambitieux, à la hauteur de ce bateau iconique de l’ère ORMA, que les équipes emmenées par Marcel Jr et Benjamin Dutreux ont su relever avec exigence, passion et respect de son ADN.
Un chantier d’ampleur, entre héritage et modernité
Entré en chantier sous la maîtrise d’œuvre d’Eole Performance, dirigée par les frères Dutreux, le trimaran a fait l’objet d’un refit complet. Une opération lourde, menée en collaboration avec la team de Damien Seguin. « À la base, on partait sur quelque chose d’assez simple, explique Marcel Dutreux. Mais plus on entrait dans les entrailles du bateau, plus on découvrait des points incompatibles avec un programme transatlantique. On ne pouvait pas se contenter d’un simple rafraîchissement. » Très vite, le projet s’est transformé en une reconstruction ciblée de la plateforme. Eole Performance s’est concentré sur son cœur d’expertise : la structure, avec notamment une reprise majeure de la jonction entre les flotteurs et les bras, une remise à nu complète de la base, ainsi qu’un important travail de remise en état.
« À partir de là, il a fallu reprendre en profondeur certaines zones pour fiabiliser l’ensemble et aller beaucoup plus loin que prévu afin de garantir la solidité du multicoque ». Pour autant, la philosophie originelle a été scrupuleusement respectée. « Nous avons tenu à préserver l’ADN du bateau, notamment le mât et les appendices d’origine. L’idée n’était pas d’en faire un foiler, mais de sublimer ce qu’il est », souligne Damien Seguin.
2500 heures d’expertise au service d’un bateau unique
Derrière ce chantier, il y a surtout un engagement humain fort. Environ 2 500 heures de travail technique ont été consacrées uniquement par les équipes d’Eole Performance. « C’est un chantier qui a mobilisé trois personnes en continu Jean Noël, Tristan, Axel, ainsi que le boat capitaine du bateau et de Damien David, avec une forte polyvalence, souligne Marcel Dutreux. Nos équipes savent aussi bien stratifier que gérer l’accastillage, peindre un mât ou adapter le bateau aux besoins du skipper ». Le défi technique principal ? Composer avec l’inconnu. Privé de plans d’origine, disparus avec le temps, le chantier a dû s’appuyer sur l’expérience et l’intelligence collective. « On a travaillé avec beaucoup de bon sens et la maîtrise de nos gars à l’atelier. On a parfois découvert des zones fragilisées, de l’humidité, des matériaux d’époque comme le balsa… Chaque étape demandait une adaptation. » Un travail d’orfèvre, proche de la restauration patrimoniale. « Comme dans une vieille maison, plus on décape, plus on découvre. Il faut savoir décider, réparer, optimiser, sans trahir. »
Une confiance réciproque au cœur du projet
Si ce projet a pu voir le jour, c’est aussi grâce à une alchimie rare entre un skipper et son chantier. Damien Seguin, double champion paralympique et finisher de deux Vendée Globe, ne s’y trompe pas. « Il y avait plusieurs conditions à réunir : un chantier disponible, capable d’accueillir un trimaran de cette taille, et surtout une équipe technique compétente sur le carbone. Ici, tout était réuni. » Au-delà des compétences, c’est aussi une dynamique humaine qui a fait la différence. « Je n’avais plus d’équipe dédiée, et j’ai pu m’appuyer sur celle de Benjamin Dutreux. Elle connait ces bateaux et sait prendre des initiatives. Sur un projet comme celui-là, c’est essentiel ». Face aux incertitudes, le skipper a trouvé un partenaire capable de répondre présent. « On a été confrontés à beaucoup d’imprévus. Mais à chaque fois, on a trouvé des solutions. C’est ça la réussite du chantier ».
Faire revivre une icône, fidèle à l’ADN d’Eole Performance
Au-delà de la performance sportive, ce refit incarne pleinement la philosophie d’Eole Performance : revaloriser l’existant, prolonger la vie des bateaux, inscrire chaque projet dans une démarche responsable. Une approche que le chantier a déjà mise en œuvre sur d’autres unités emblématiques, comme la rénovation de l’ex-Écureuil d’Aquitaine II (aujourd’hui T-One-One). « Remettre en vie des bateaux de légende plutôt que d’en construire de nouveaux, c’est dans l’ADN de l’entreprise, insiste Marcel Dutreux. Et pour les équipes, travailler sur ce type de projet, c’est extrêmement enrichissant. » L’ancien Fujicolor II n’est pas un bateau comme les autres. Premier multicoque en carbone, il a marqué une génération entière. Trente-six ans plus tard, il s’apprête à écrire un nouveau chapitre. Pour Damien Seguin, l’histoire est presque intime : « J’avais dix ans quand je suis monté dessus à l’arrivée de la Route du Rhum 1990. Je n’imaginais pas qu’un jour, je le skipperais. » Aujourd’hui, grâce au travail d’Eole Performance, le mythe est prêt à reprendre la mer. « Il est reparti pour 30 ans ! » Un défi technique, une aventure humaine, un héritage respecté : avec ce refit d’exception, l’entreprise vendéenne confirme son savoir-faire et sa capacité à transformer des projets ambitieux en réussites durables.


















