JEUX OLYMPIQUES : Mickaël COHEN : « La fin des aides à l’accessibilité marque un net recul »
La fin des fonds d’accessibilité post-JO 2024 laisse 900 000 commerces en difficulté face à leurs obligations légales.
L’élan suscité par les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 en faveur de l’accessibilité universelle semble déjà appartenir au passé. Alors que cet événement planétaire devait agir comme un accélérateur durable, la fermeture anticipée des fonds territoriaux d’accessibilité début 2026 sonne comme un coup d’arrêt brutal pour des centaines de milliers de petits commerces. Ce dispositif, essentiel pour aider financièrement les établissements recevant du public (ERP) de proximité à réaliser leurs travaux de mise aux normes, a été stoppé net, laissant le secteur face à une réalité préoccupante : près de 900 000 établissements ne sont toujours pas conformes à la loi.
Pour les acteurs de terrain, ce revirement politique est une source d’incompréhension et d’inquiétude. Mickaël Cohen, co-fondateur de DOMetVIE Access Pro, une société spécialisée dans l’accompagnement des professionnels pour leurs projets d’accessibilité, constate au quotidien un fossé grandissant entre les ambitions affichées et la réalité des moyens alloués. « La dynamique était enclenchée, mais l’arrêt des subventions fragilise considérablement les petits commerçants et entrepreneurs qui souhaitaient se mettre en conformité », analyse-t-il.
L’effet JO 2024 : un élan de courte durée
Les Jeux de 2024 avaient placé l’accessibilité au cœur des priorités nationales, incitant de nombreuses entreprises et collectivités à investir. Les fonds territoriaux d’accessibilité devaient pérenniser cet effort en ciblant spécifiquement les TPE et PME, souvent les plus démunies face au coût des aménagements (rampes d’accès, sanitaires adaptés, signalétique, etc.). La suppression de cette aide financière est perçue comme un abandon en rase campagne, alors même que les obligations légales, issues de la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, demeurent pleinement en vigueur. Le paradoxe est total : l’État continue d’exiger la conformité mais retire le principal levier financier qui permettait de l’atteindre.
Un coup dur pour les petits commerces
Les conséquences de cette décision sont directes pour les commerces de proximité, déjà fragilisés par un contexte économique tendu. Sans soutien financier, beaucoup se retrouvent dans l’incapacité de financer des travaux dont le coût peut s’élever à plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d’euros. Ils se retrouvent ainsi pris en étau entre l’impossibilité matérielle d’investir et le risque de sanctions administratives ou de fermetures. Pour Mickaël Cohen, cette situation pose une question de fond : « L’accessibilité peut-elle reposer uniquement sur une logique d’obligation et de sanction, sans un accompagnement financier pérenne et lisible ? L’expérience prouve que non ».
Quelles solutions pour une politique pérenne ?
Face à ce constat, les professionnels du secteur appellent à la construction d’une nouvelle politique d’accessibilité, plus cohérente et durable. L’enjeu est de sortir d’une gestion par à-coups, souvent liée à de grands événements, pour bâtir une stratégie de long terme. Plusieurs pistes sont évoquées, comme la mise en place de nouveaux modèles de financement à l’échelle territoriale, impliquant les régions et les intercommunalités, ou encore la création de crédits d’impôt ciblés. L’objectif est clair : structurer un cadre qui permette à tous les ERP de France de devenir accessibles, non seulement par obligation, mais aussi grâce à un écosystème incitatif et solidaire. Sans un engagement politique fort et renouvelé, le grand projet d’une société inclusive, porté un temps par la flamme olympique, risque de s’éteindre.


















