VOILE : Transat Jacques Vabre – Une dernière ligne droite pleine de suspense
À moins de deux jours de l’arrivée de la 15eédition de la Transat Jacques-Vabre, à Fort-de-France, en Martinique, le Trimaran SVR-Lazartigue mené par François Gabart et Tom Laperche, actuellement troisième, est bien installé sur le podium de la Classe Ultime.
La possibilité de jouer quelques coups stratégiques en fin de course peut encore offrir un joli suspense avec des écarts qui ont fondu ces dernières heures.
Un phare posé sur un petit rocher avec à son pied une petite maison éclairée, François Gabart et Tom Laperche, habitués à naviguer près de Concarneau, auraient presque pu se croire près de l’île aux Moutons, petite île de l’archipel des Glénans, dans le Finistère. C’est pourtant bien près des côtes brésiliennes que le Trimaran SVR-Lazartigue a contourné vendredi l’île de São Pedro e São Paolo, dernière marque de passage obligatoire, avant de foncer vers la Martinique. Attendus dans moins de deux jours à Fort-de-France, les deux marins restent en embuscade derrière les deux bateaux de tête. En fin de semaine, le Trimaran SVR-Lazartigue a même établi le record de milles parcourus en 24 heures avec 816 milles au compteur. « C’est toujours sympa d’avoir ce genre de record, commente François Gabart. J’espère que ce n’est que le début pour le Trimaran SVR-Lazartigue. Ça laisse augurer de belles choses. Le bateau a vraiment des facilités à tenir ses vitesses. C’est positif et rassurant. » D’autant plus que l’arrivée à Fort-de-France se profile. « On est enfin dans la dernière ligne droite, enfin libres vers La Martinique, se réjouit le skipper. Entre Trindade et São Pedro e São Paolo ça allait assez vite avec pas mal de mer. On se retrouve maintenant en glisse sous gennaker avec une mer plus calme. Ce ne sont plus du tout les mêmes sensations. Ça va être comme ça quasi jusqu’à l’arrivée. On va être dans du vent au portant. Sur la fin, ce sera du vent faible jusqu’à l’arrivée. » Arrivée estimée le mardi 23 novembre en fin de journée (Temps Universel). « Attention, prévient Gabart, les données sont tellement fluctuantes, que toutes les prévisions sont à prendre avec des pincettes. »
À l’affût de la moindre opportunité
Au classement, bien accroché depuis plusieurs jours à la tête de course, Maxi Edmond de Rotschild a vu son avance sur le Trimaran SVR-Lazartigue passer en moins de 24 heures de plus de 500 milles à moins de 250. Avec entre les deux, Banque Populaire XI, le sprint final entre les trois bateaux volants s’annonce particulièrement indécis. « Tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie, il y a des choses à faire, avance François Gabart. Les positions sont relativement stables depuis plusieurs jours mais les conditions de vent en fin de course peuvent encore faire évoluer la situation. Difficile d’imaginer un chamboulement complet mais on y croit. S’il y a des opportunités, nous n’hésiterons pas. Avec nos bateaux qui vont vite, il suffit d’avoir un peu de vent pour faire beaucoup de route. Et si les autres en ont un peu moins, les écarts peuvent vite évoluer. On va essayer de trouver les bonnes risées pour revenir, les inquiéter et pourquoi pas les doubler. »
Des manoeuvres exigeantes
Pour grignoter mille après mille, François Gabart et Tom Laperche devront non seulement être à l’affût de tous les mouvements météorologiques mais aussi enchainer les manœuvres pour exploiter au mieux leur bateau volant. « Nous n’avons pas trop de changements de voile depuis São Pedro car nous naviguons sous gennaker, explique Gabart. Mais nous avons pas mal d’empannages à réaliser le long de la zone interdite (la zone, mise en place par l’organisation, s’étend tout le long des côtes du nord Brésil, du Surinam et de Guyane et s’explique par la présence importante de petits bateaux de pêche dans la région). Ce sont des manœuvres physiques car il y a le gennaker à passer d’un côté à l’autre et la position des foils à changer. Cela prend à chaque fois 15 ou 20 minutes et cela revient toutes les deux ou trois heures. »
Un bateau sous contrôle permanent
Mis à l’eau seulement le 22 juillet, le Trimaran SVR-Lazartigue a montré depuis le départ du Havre, le 7 novembre, un potentiel exceptionnel. « Avec Tom on essaie de donner le meilleur du bateau tout en essayant de ne pas forcer dessus, confie le skipper. Même si on est allés vite entre Trindade et São Pedro, je pense qu’on avait de la marge. On va continuer à être à l’écoute du bateau pour ne pas trop tirer dessus car il est tout neuf et on ne connait pas encore exactement ses petites faiblesses dans la durée. On reste dans l’observation. Quand le vent mollit, je fais un tour du bateau de l’étrave jusqu’à l’arrière, je regarde les appendices etc. Pour l’instant, je n’ai rien vu d’inquiétant. Sachant que nous avons déjà effectué plus de milles en une fois qu’au cumul de nos navigations à l’entraînement depuis la mise à l’eau, c’est plutôt cool. Mais soyons vigilants. »
Le repos… quand c’est possible
Si les images de bord envoyées depuis deux semaines laissent parfois imaginer un voyage relativement calme, la réalité est souvent bien différente. « Quand le bateau va vite, ça remue quand même pas mal et mieux vaut bien se tenir, précise François Gabart. Entre Trindade et São Pedro par exemple, nous avons été pas mal secoués car dès qu’il y a de la vitesse, ça génère des chocs. C’est usant pour le bateau mais aussi pour les bonhommes. Ce n’est jamais vraiment le grand repos. Mais je relativise car même si ça secoue un peu, les 6000 premiers milles ont été plutôt cléments par rapport à d’autres courses. » Les temps de repos restent primordiaux. « Avec Tom, on fait un peu ça au feeling, décrit le skipper. Le bateau est très exigeant en termes de réglages et demande pas mal de concentration. Alors dès que l’un de nous deux est fatigué, il réveille l’autre et part se reposer. Une sieste de 20 minutes bien placée peut faire beaucoup de bien. Mais dans tous les cas, dès qu’il y a une manœuvre à effectuer, on la fait à deux. En revanche, sur des longs bords, on peut prolonger un peu la phase de repos jusqu’à 1h30, 2 heures. On a même pu parfois effectuer des relais de trois ou quatre heures. C’est important de bien recharger les batteries. » Toutes les forces seront en effet nécessaires jusqu’à la Martinique.















