VOILE : Transat Jacques Vabre – IMOCA Compagnie du Lit / Jiliti – Clément GIRAUD – Erik NIGON
Le carnet de bord 5# écrit par Erik Nigon, co-skipper de l’IMOCA Compagnie du Lit / Jiliti, 17ème au classement de 14h.
« Ya plus de saison !
On a passé une nuit compliquée à gérer avec du vent très irrégulier en force et direction à chaque nuage et y en a pas mal dans le coin… Des petits pas méchants mais joueurs qui vous font stresser quand on est à la lutte avec Isa et Fabien qu’on essaye de garder à portée d’AIS. Faut dire que je n’avais jamais encore vu des conditions météo pareilles en cette saison.
Très (très, très) peu de vent pour dégolfer puis un bon alizée portugais pour descendre jusqu’a Madère sous spi dans 20 a 30 nœuds et maintenant pas d’air nulle part avec des systèmes météos qui font bugguer les modèles de prévision.
Si je peux me permettre le parallèle, la météo en ce moment c’est comme la chambre des enfants… ou celle de Clément en solitaire quoique pour Clément la notion de b… s’étend à toute surface utile en pente ou non – et donc y compris bateau – pour laisser trainer lampe frontale, bottes, chaussettes (non pas ça !!), fourchette, livre de bord, cirée, gamelle, brosse à dent, couteau de cuisine, 300 mètres de bouts, une éponge sale, un aigle porte bonheur (il a aussi ses doudous…) un ananas mûr pour demain, un caleçon étanche (de l’extérieur vers l’intérieur pour pas se mouiller les fesses avec les zones mouillées, le luxe quoi quand il fait déjà 25°C au petit matin… et vous ça va ???) etc. etc. et là je fais juste un tour rapide du carré au sortir de mon quart de bannette…
Bref je disais la météo n’est pas du tout rangée… on trouve à notre Ouest une dépression genre tropicale qui remonte à la vitesse qu’elle décide (et elle assume bien son rejet du paternalisme prévisionniste ;-)) vers l’Irlande et nous étouffe l’habituel anticyclone des Açores pourvoyeur d’alizées qui telle une Fourchette se prend pour un déchet.
Alors ça nous donne quoi tout ça ?
Notre objectif c’est de pouvoir partir à l’Ouest (là ou y a la dépression qui gêne si vous suivez) à un moment ou un autre car le passage du pot au noir (au niveau de l’équateur donc 2000 milles au sud) c’est généralement entre 25 et 30° de longitude Ouest et là on est aux Canaries par 15°W soit la bagatelle de 900 milles ou environ 1600 km à aller chercher en latéral vers l’Ouest (bon j’en vois qui décrochent vous me ferez 4 heures de lecture du bréviaire de météo marine de JY Bernot, qui va je pense demander un droit de réponse à ma météo…)
Et… y a pas de vent à l’ouest mais alors pas du tout !!!! En tout cas sur les modèles de nos farceurs de prévisionnistes car si ça se trouve y a du vent mais personnes pour aller vérifier (est ce qu’il n’y aurait pas un complot des météorologistes avec les médias et surtout vous tous pour faire durer cette transat encore plus longtemps pour voir les vidéos de vos marins affaiblis amaigris en train de se courser sur le bateau un couteau à la main pour manger l’autre ? Je rappelle à Clem que pour valider notre arrivée il faut être deux vivants et entiers – ce dernier point n’étant hélas pas précisé dans les instructions de course va falloir faire un avenant – à Fort de France !
A ça y est je me disperse encore faut dire que là on est à 7 nœuds pour autant de vent sous grand spi et faut s’occuper l’esprit.
Donc il va falloir faire de l’Ouest quand un chemin va s’ouvrir. Le plus probable sera au niveau de l’archipel du Cap Vert. Couper plus Sud commencera à être risqué car on rentrerait dans des vents encore plus erratiques. En attendant on va passer entre les Iles des Canaries en essayant de se faufiler entre les dévents des volcans et longer les côtes d’Afrique et de Mauritanie en particulier jusque vers la Frontière avec le Sénégal, là on devrait avoir un peu d’air au vent arrière pour quelques jours.
On vous tient au courant (d’air…)
Belle journée
Nous on ne lâche rien sauf quelques bons éclats de rire.
Surtout prenez bien soin de vous et la bise à tous les militants de AIDES qui font un travail incroyable malgré la pandémie de Covid.
Pour nous ça fait 7 jours sans masque et on vous embrasse
Erik et Clem »

















