VOILE : Route du Rhum – Destination Guadeloupe IMOCA – Un favori, vingt et une bonnes raisons de se méfier
Il a beau avoir pris une longueur d’avance, Sam Goodchild aurait tort de regarder uniquement devant lui.
Au départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, le skipper de MACIF Santé Prévoyance retrouvera vingt et un adversaires bien décidés à lui compliquer la tâche. Parmi eux, Jérémie Beyou (Charal), Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), Sébastien Simon (Groupe Dubreuil – Air Caraïbes), et Boris Herrmann (Malizia 4) ont de sérieux arguments à faire valoir. Mais la richesse de cette flotte ne se résume pas à la seule lutte pour la victoire. Les huit IMOCA à dérives droites auront, eux aussi, leur propre bataille à mener. Pour tous, les occasions de bousculer les pronostics ne manqueront pas.
Goodchild, la cible dans le dos
Depuis le début de la saison, Sam Goodchild, le skipper de MACIF Santé Prévoyance, a placé la barre très haut. Vitesse, maîtrise, régularité : le Franco-Britannique a impressionné par sa capacité à exploiter son bateau et à limiter les erreurs. Un statut d’homme à battre qu’il assume, sans pour autant considérer que la partie est jouée. « Si je fais partie des favoris, je suis loin d’être le seul. Et puis, c’est une course en solitaire : ça remet les choses à plat, ça ouvre le jeu et les opportunités. On devra se méfier de tout le monde ! ». Le skipper sait surtout que les performances affichées sur les différentes épreuves depuis le début de l’année ne constituent pas une assurance tous risques. « On part dans de très bonnes conditions et on est vraiment contents du travail réalisé avec l’équipe. Mais notre IMOCA est moins à l’aise sur un parcours transatlantique qui se termine dans les alizés que sur les courses disputées en début de saison. Les autres le savent aussi ! ».

Une réserve qui rappelle combien les caractéristiques des machines peuvent peser dans la hiérarchie selon les conditions rencontrées. D’autant que plusieurs adversaires disposent de bateaux récents, avec une marge de progression considérable. « Tout le monde arrivera à Saint-Malo avec des voiles en forme et des montures bien préparées. Les nouveaux projets progressent très vite. On connaît nos points forts et on a travaillé ceux sur lesquels on était plus exposés, mais il faudra aussi éviter les problèmes techniques et faire les bons choix météo. Ce n’est pas parce qu’on a bien navigué jusqu’ici que c’est gagné ». Et même une traversée parfaitement maîtrisée ne mettra personne à l’abri d’un dernier retournement de situation. Goodchild connaît la réputation des pièges du tour de la Guadeloupe, où la fatigue et les dévents côtiers peuvent encore bouleverser la donne. « C’est un moment où on aimerait dormir, parce qu’on arrive en fin de course et qu’on est cramé. Mais il faut garder les yeux en face des trous. On a vu, il y a quatre ans, Charlie Dalin arriver dans les alizés avec de l’avance avant de se faire doubler. On apprend de tout ça. Ce n’est jamais fini tant qu’on n’a pas franchi la ligne d’arrivée ».
Une concurrence qui ne manque pas d’arguments
Jérémie Beyou (Charal) a déjà plusieurs fois approché le pot de confiture, mais sans parvenir à y plonger la cuillère. À 50 ans, le Finistérien s’apprête à disputer sa sixième Route du Rhum, une épreuve dont il connaît parfaitement les exigences. Deuxième en 2014, troisième en 2022, il n’a jamais réussi à s’y imposer, malgré un palmarès considérable et une expérience du solitaire que peu de ses adversaires peuvent revendiquer. Vainqueur de la Transat Café L’Or 2025 avec Morgan Lagravière, il retrouve Charal, dont l’étrave a été profondément remaniée, avec la ferme intention de jouer les premiers rôles.
Sébastien Simon (Groupe Dubreuil – Air Caraïbes) et Boris Herrmann (Malizia 4) représentent une autre forme de menace. Leurs nouveaux bateaux, récemment mis à l’eau, n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Mais les deux hommes, épaulés par des équipes expérimentées, disposent de sérieux arguments pour en exploiter rapidement le potentiel. Et puis il y a ceux qui ont fait leur entrée sur le circuit IMOCA cette année et qui n’ont pas attendu longtemps pour se faire remarquer. Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), notamment, s’est invité à la table des grands sans attendre qu’on lui tire une chaise, jusqu’à battre Sam Goodchild lors de la Vendée Arctique.
Une progression qui doit beaucoup, selon lui, à la dynamique de son équipe. « On est dans une démarche très positive, avec un team et des sponsors qui nous poussent à apprendre à chaque course. Je me sens libre d’essayer des choses, de repousser mes limites ». Le marin italien aborde ainsi sa deuxième Route du Rhum – Destination Guadeloupe dans une situation bien différente de celle de 2022. À l’époque, il avait découvert son Class40 seulement deux mois avant le départ, ce qui ne l’avait pas empêché de décrocher une remarquable deuxième place. Cette fois, la préparation a pu être menée avec méthode et les résultats sont déjà là. « Sur le papier, je ne pouvais pas aborder l’épreuve dans de meilleures conditions. La confiance est très importante, mais il ne faut pas qu’elle devienne une faiblesse, qu’on se mette une pression supplémentaire sous prétexte qu’on a tout bien préparé. Il faut accepter qu’en course au large, on puisse aussi casser quelque chose deux heures après le départ. Ça fait partie du jeu ».
Corentin Horeau (MACSF) et Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) avancent eux aussi à grands pas dans leur découverte de la classe. Aux côtés de Violette Dorange (Initiatives-Cœur), déjà forte d’un Vendée Globe malgré son jeune âge, ils incarnent une génération particulièrement ambitieuse. « On a de beaux projets et on peut aussi progresser ensemble. Il y a une super dynamique, tout le monde veut placer la barre plus haut », se réjouit Ambrogio Beccaria. Francesca Clapcich (11th Hour Racing), également citée par Sam Goodchild parmi les concurrentes à surveiller, complète ce groupe de skippers prêts à jouer les invités qui chamboulent le plan de table.
Huit dérives droites et une vraie bataille à mener
Chez les IMOCA à dérives droites aussi, la compétition promet d’être relevée, et les skippers n’entendent pas se cantonner à leur catégorie officieuse. Nico d’Estais (Café Joyeux), notamment, a déjà montré en début de saison qu’une navigation précise et des trajectoires bien choisies pouvaient parfois permettre de bousculer les bateaux à « moustaches ». À l’approche de sa deuxième Route du Rhum, il retrouve d’ailleurs quelques sensations familières. « Il y a quatre ans, je n’avais qu’une saison de solitaire derrière moi en Class40 et, venant du Mini 6.50, je trouvais déjà le bateau énorme. Aujourd’hui, c’est un peu pareil : je n’ai qu’une saison en solitaire en IMOCA et c’est encore un très grand bateau pour moi ! »
Le skipper de Café Joyeux compte bien jouer sur les deux tableaux. « Je vais essayer de faire le meilleur classement possible, tous 60 pieds confondus. Si je peux titiller quelques bateaux à foils, je ne vais pas me gêner ! Même si le parcours sera sans doute moins favorable que ceux des courses d’avant-saison, je regarderai aussi de très près ce qui se passe entre les dérives droites. Je ne m’interdis pas de faire un peu de tactique par rapport à eux ». Parmi les adversaires qu’il surveillera figurent notamment Pierre-Louis Attwell (Resilient) et Sébastien Marsset (Foussier), qui connaît désormais son bateau sur le bout des doigts après un Vendée Globe. « Pierre-Louis navigue très bien. On s’est souvent battus en Class40 et il me donnait beaucoup de fil à retordre. Il arrive avec un super bateau, l’ancien Lazare. Et Sébastien connaît le sien par cœur : il navigue dessus depuis trois ans et a fait un tour du monde avec. Ce sont deux concurrents particulièrement dangereux ».
Masa Suzuki (Milai – Furuno) et Robin Marais (Respire – Ma chance à moi aussi) feront, eux, leurs grands débuts dans la classe. Ce dernier ne s’attendait d’ailleurs pas à retrouver autant de concurrents à la barre d’IMOCA d’ancienne génération. « Quand on a acheté le bateau, je pensais qu’on serait peut-être quatre ou cinq. Finalement, on est huit ! Ça fait une vraie flotte et c’est très intéressant sportivement. Il y a des gens qui ont un joli bagage et d’autres qui connaissent déjà parfaitement leur monture ». Issu notamment de la voile olympique et du circuit Figaro, Robin Marais n’a pas l’intention de réduire son projet à la seule perspective d’un premier Vendée Globe.
« C’était important pour moi de garder une vraie dimension sportive. À terme, j’ai de grosses ambitions dans le classement des bateaux à dérives, même si la Route du Rhum sera notre première confrontation et qu’il est encore trop tôt pour se situer ». Le calendrier serré et les moyens limités l’ont conduit à faire des choix, notamment celui de conserver un jeu de voiles déjà bien utilisé plutôt que d’engager immédiatement de lourdes dépenses. « Pour l’instant, l’essentiel est d’apprendre à naviguer sur ce bateau et d’en tirer le meilleur. Je veux faire les choses dans l’ordre, naviguer proprement et ne pas me mettre une pression inutile. Mais j’y vais pour faire la course ! ».

















