VOILE : Réchauffement climatique – Mikael MERGUI « en mer, on voit que les choses changent »
À deux mois de la Route du Rhum, Mikaël Mergui, skipper de Hirsch Centrakor, livre son regard de marin sur l’évolution des conditions météorologiques qu’il observe depuis plusieurs années.
Navigateur depuis son enfance, Mikaël Mergui passe une grande partie de son temps sur l’eau. Depuis quatre à cinq ans, il dit observer une évolution particulièrement nette des conditions météorologiques : des phénomènes plus marqués, des épisodes de vent fort qui alternent avec des périodes de petit temps de plus en plus longues, et la disparition progressive de certaines conditions intermédiaires qu’il connaissait auparavant.
Dans le Sud, il cite notamment le Ponant, ce vent de secteur sud à sud-ouest qui se levait traditionnellement dans l’après-midi sous l’effet des différences de température entre la terre et la mer. Selon lui, ce phénomène est aujourd’hui beaucoup moins présent, avec une mer et un air qui tendent à être davantage réchauffés, réduisant les contrastes thermiques qui favorisaient ces vents.
« J’ai le sentiment qu’on a perdu les conditions intermédiaires que l’on connaissait. Dans le Sud, on avait ce petit thermique de l’après-midi, le Ponant, qui pouvait monter à 20 ou 25 nœuds. Aujourd’hui, je trouve qu’il existe beaucoup moins ».
Des transatlantiques de plus en plus confrontées aux épisodes météo extrêmes
Son constat, Mikaël Mergui l’a également vécu lors de ses dernières transatlantiques. En 2024, les concurrents ont notamment dû composer avec des phénomènes orageux particulièrement violents. En 2025, lors de la Transat Café L’Or, la flotte a été contrainte de faire escale à La Corogne afin de laisser passer une forte dépression atlantique. Dans certaines zones, les prévisions annonçaient des creux de 9 à 11 mètres.
Pour le skipper de Centrakor Hirsch, ces épisodes illustrent une réalité à laquelle les marins doivent désormais se préparer davantage.
« On voit clairement que les phénomènes météo sont plus marqués. La technologie nous permet heureusement de mieux les anticiper, mais cela nous oblige aussi à être beaucoup plus préparés lorsque les conditions se dégradent rapidement ».
Se préparer autrement face à une mer qui change
Cette évolution modifie directement la préparation des skippers. L’entraînement ne se limite plus à rechercher la performance : il faut également apprendre à gérer des conditions difficiles, maîtriser parfaitement le matériel de sécurité et être capable de réagir rapidement face à une situation imprévue.
Stages de survie, qualifications, radiocommunication, entraînements dans des conditions musclées : la préparation à une course comme la Route du Rhum est devenue un véritable travail de fond.
« Aujourd’hui, on doit être prêt à affronter des conditions beaucoup plus fortes. On s’entraîne pour cela, on travaille la technique, la sécurité et notre capacité à prendre les bonnes décisions. La préparation est devenue aussi importante sur le plan sportif que sur le plan technique et sécuritaire ».
À l’approche de la Route du Rhum, Mikaël Mergui se prépare donc à affronter l’Atlantique avec une conviction :
L’océan reste imprévisible, mais l’évolution des conditions impose aux marins de mieux observer, mieux anticiper et surtout mieux se préparer.
« En mer, on est forcément un témoin privilégié de ce qui change. On doit observer, s’adapter et ne jamais sous-estimer ce que l’océan peut nous réserver ».

















