MONTAGNE : Les premiers réfugiés à gravir le Mont-Blanc au côté de Marion Haerty et Léo Slemett
Parfois, la vie réunit sur un chemin commun, des personnes dont les origines et le parcours sont très différents.
Des personnes qui, en soit, ne devraient jamais se croiser. Mais il arrive, parfois, que ces personnes toutes différentes, croisent leur chemin. Par valeurs communes, par espoir d’une vie meilleure, par envie de transmettre et donner sans attendre, se disant que leurs actes, à échelle qu’ils soient, peuvent rendre le monde meilleur, tout simplement. Ces moments magiques que la vie peut offrir, à qui veut bien les saisir et qui offrent alors des souvenirs à jamais.
Il y a maintenant presque un an, des personnes aux profils bien différents, se sont croisés sur leur chemin. Et aujourd’hui, vendredi 24 septembre, ils ont écrit, ensemble, une histoire qui restera gravée à jamais dans leur mémoire.
Après s’être préparés depuis plusieurs mois, les jeunes réfugiés malien et afghans Sikou, Qambar et Jomah-Khan, accompagnés de Clélia Compas, la fondatrice de l’association annécienne YAMBI, de son ambassadrice et quadruple championne du monde de snowboard freeride Marion Haerty, Léo Slemett, Champion du monde de snowboard freeride, de guides de haute-montagne et avec le précieux soutien de Christine Janin, première française à avoir atteint l’Everest, ont réalisé une aventure aussi engagée physiquement que psychologiquement incroyable : devenir les premiers réfugiés à gravir le Mont-Blanc, le plus haut sommet d’Europe !
Cette aventure sportive et humaine des plus belle était aussi très symbolique pour Sikou, Qambar et Jomah-Khan, encore plus depuis la situation en Afghanistan qui les ont lourdement affectés. En effet, après avoir été obligés de fuir leur pays pour des questions de survie, avoir cet objectif de gravir le Mont-Blanc, représentait beaucoup pour eux, à tous niveaux.
Le sport comme outil de résilience. Le sport pour déconstruire les préjugés et la peur de la différence. Le sport pour regagner confiance et estime de soi… Telle est la mission de l’association YAMBI.
Clélia Compas, fondatrice de YAMBI : « C’était un moment d’échange et de partage inoubliable. Probablement l’un de ces moments de vie qui nous marquent à jamais. Quand on est arrivés en haut, on s’est jetés dans les bras des uns les autres. Sikou s’est mis à pleurer, ce qui nous a tous fait pleurer. Même les guides ont pleuré. C’était très fort. Il y a encore 3 jours, c’était un rêve, maintenant, c’est un souvenir que nous allons chérir pendant longtemps. Et il est temps de penser à demain. D’aider d’autres jeunes à réaliser, eux aussi, leur rêve. »
Sikou, réfugié malien : « On l’a fait, on a réussi ! Avant, pour moi, l’ascension du Mont-Blanc, c’était un rêve et maintenant c’est fait. C’est un souvenir incroyable que je vais garder en mémoire pour toute ma vie. On a rencontré des difficultés pour réaliser cette aventure mais on s’est accroché, on a tenu jusqu’au bout, maintenant c’est fait, c’est une immense fierté. Durant l’ascension, je n’arrêtais pas de me dire « on va y arriver, on va y arriver », je suis si fier. Lorsque je suis arrivé en haut, j’ai pensé à ma mère, je me suis dit qu’elle serait très fière de moi, j’étais très ému. Je l’avais prévenue mais je ne lui avais pas donné la date exacte pour ne pas qu’elle s’inquiète, elle aurait eu très peur sinon. J’étais tellement ému en haut, j’en ai pleuré. Pour moi, gravir cette ascension et brandir le drapeau du Mali, ça représente beaucoup…. Cette aventure me redonne beaucoup de courage pour la suite. Je n’oublierai jamais ce moment quand on est arrivé en haut tous ensemble, jamais, jamais. Yambi, c’est comme ma deuxième famille. Aujourd’hui, je me dis que malgré les difficultés, il faut toujours croire en ses rêves, avancer pas après pas et s’accrocher. »
Pierre-Idris Mehdi, aspirant guide : « L’aventure s’est déroulée à merveille avec les jeunes réfugiés de YAMBI. La météo était juste grandiose, très peu de vent, des températures très correctes et surtout, pas une seule chute de pierre dans le fameux couloir du Goûter. Départ 6h30 du refuge de Tête Rousse, tous les voyants étaient au vert cette fois-ci. Dès le début de l’ascension, les jeunes avaient des étoiles dans les yeux, avec comme seul objectif, arriver le plus vite possible au sommet pour accomplir ce magnifique projet. La préparation qu’ils ont effectuée depuis des mois s’est tout de suite ressentie. Ils étaient tous à l’aise sur tous les terrains que l’on a rencontrés au cours de la montée. Avec les crampons, sans les crampons, sur la neige, sur le caillou…C’était super cool de voir qu’ils s’étaient tous donnés les moyens de réussir. Après quelques pauses rapides, on a pu fouler le sommet du Mont-Blanc vers 12h45 sous les éclats de joies pour certains, sous les larmes de bonheur pour d’autres. Aujourd’hui, ils nous ont tous vendu du rêve pour nos prochaines années de guide. Ce Mont-Blanc ils le méritent à 200%. Cette réussite, j’espère qu’ils vont tous pouvoir la transposer dans leur vie de tous les jours. J’espère qu’ils se souviendront que le travail paye toujours et qu’ils sont tous capables de réussir et d’accomplir leurs rêves. J’ai hâte de les accompagner dans d’autres projets en haute montagne car certains avaient déjà de nouvelles étoiles dans les yeux en regardant le panorama depuis le toit des Alpes. Encore chapeau les champions ! »
Thibault Sibille, guide, à Sikou : « Sikou, ça représente quoi l’ascension du Mont-Blanc pour toi? » « Tout. »

















