TRAIL : Grande Finale au Muju Trail – Une première pour Kolbeinsdóttir, un nouveau sacre pour Florea
Le Muju Trail, Grande Finale des Golden Trail World Series (GTWS) 2026, en Corée du Sud, a consacré une nouvelle promesse du trail mondial.
Andrea Kolbeinsdóttir (Salomon) y a décroché sa première victoire sur le circuit, au terme d’une véritable démonstration de talent, de puissance et d’adaptabilité sur l’un des parcours les plus techniques et exigeants de l’histoire de la compétition : 28,6 kilomètres et 2.313 mètres de dénivelé positif, rendus encore plus redoutables par la pluie.
Quelques minutes plus tard, Madalina Florea (Scott) franchissait la ligne d’arrivée en deuxième position avec, elle aussi, une excellente raison de célébrer : ce résultat lui permettait de conserver son titre de championne des Golden Trail World Series.
La Mexicaine Miriam Morales (México Imparable) a complété le podium de la Grande Finale avec une remarquable troisième place. Au classement général, Caroline Kimutai (Salomon) et Ruth Gitonga (Run2Gether On Trail) ont conservé leurs positions pour conclure la saison respectivement aux deuxième et troisième places.

KOLBEINSDÓTTIR DOMPTE LE PIÈGE DE MUJU
Les premiers écarts se sont dessinés dès les premiers kilomètres, sur la seule portion du parcours permettant aux athlètes d’adopter un rythme de course régulier, le long d’une large piste au profil relativement constant. Elles ont ensuite abordé une ascension exigeante de six kilomètres vers Seolcheonbong.
Caroline Kimutai (Salomon) a rapidement pris les commandes et creusé un premier écart. Madalina Florea la suivait à 24 secondes au passage par la zone de transition autour de Hyangjeokbong, point culminant du parcours à plus de 1.600 mètres d’altitude. Derrière elles, tout restait encore à jouer : Madalina Amariei (Kailas Fuga), Ruth Gitonga (Run2Gether On Trail), Andrea Kolbeinsdóttir (Salomon) et Hanna Groeber (Nike ACG) pointaient toutes à moins de deux minutes.
La physionomie de la course a radicalement changé dans la première descente vers le temple de Baengnyeonsa : 2,5 kilomètres à -28 % de pente moyenne, entre escaliers, rochers détrempés et tapis de feuilles mortes masquant le terrain, autant d’éléments qui rendaient ce passage déjà très technique encore plus piégeux.
Florea a rejoint Kimutai à mi-descente pour s’emparer de la tête, tandis que sa compatriote Amariei reprenait plus d’une minute et atteignait le bas de la descente en deuxième position. Un peu plus loin, l’Italienne Beatrice Bianchi (Salomon) a survolé ce secteur pour remporter le segment en 13:54, avec 1:51 d’avance sur la deuxième athlète la plus rapide, Miriam Morales.
Mais c’est Kolbeinsdóttir qui a véritablement profité de cette descente pour lancer l’offensive qui allait faire basculer la course. L’Islandaise a rejoint Kimutai avant de s’affirmer comme la principale rivale de Florea dans l’ascension suivante vers Hyangjeokbong. Sur des sentiers forestiers techniques parsemés de rochers irréguliers, elle a progressivement comblé son retard avant de dépasser la Roumaine à l’approche du sommet. Les deux athlètes ont alors entamé ensemble la deuxième descente vers le temple.
La nature même du parcours a transformé la lutte pour la victoire en un véritable chassé-croisé. Les secondes durement gagnées dans les ascensions pouvaient rapidement s’envoler dans les descentes techniques, où certaines athlètes reprenaient du terrain, donnant lieu à une course particulièrement indécise.
Derrière les deux leaders, Amariei a repris la troisième place à Kimutai dans la descente. Cette dernière a ensuite chuté avant d’être également dépassée par la Mexicaine Morales, voyant ainsi s’envoler ses espoirs de victoire au classement général. Groeber a elle aussi dû renoncer en raison de problèmes musculaires, après avoir récemment repris la compétition à la suite de sa fracture du poignet sur la Grande Muraille de Chine.
Kolbeinsdóttir n’est pas non plus sortie indemne de cette portion technique. En prenant des risques, l’Islandaise a chuté, mais elle a malgré tout atteint le kilomètre 17 avec 35 secondes d’avance sur Florea. C’est là que débutait le segment sprint, long de 1,1 kilomètre à -7,7 % de pente moyenne et marqué notamment par une spectaculaire volée de marches longeant la rivière. Kolbeinsdóttir s’y est une nouvelle fois imposée en 3:49, une seconde seulement devant Florea.
Les autres prétendantes pointant désormais à plus de cinq minutes, la victoire se jouait entre les deux femmes. Mais l’avantage de Kolbeinsdóttir a rapidement fondu et Florea a repris les commandes dans la transition menant à la dernière grande ascension vers Chilbong.
Les deux athlètes se sont alors relayées en tête dans les premières pentes de ce qui allait devenir l’ascension décisive : 2,2 kilomètres à 25,2 % de moyenne, avec des passages à plus de 40 %, d’immenses marches et des rochers glissants obligeant parfois les coureuses à s’aider des bras pour progresser. La difficulté du terrain n’a pas épargné Morales, victime d’une chute alors qu’elle s’était déjà hissée en troisième position.
C’est là que Kolbeinsdóttir a porté l’attaque décisive. L’Islandaise a définitivement distancé Florea, elle aussi en difficulté pour conserver son équilibre sur ce terrain glissant, et a atteint le sommet avec près de trois minutes d’avance. Une marge confortable avant d’aborder l’ultime descente. Le meilleur chrono du segment de montée est toutefois revenu à Theres Leboeuf (Compressport / Lowa), qui l’a bouclé en un peu plus de 32 minutes.
Loin de se contenter de gérer son avance, Kolbeinsdóttir a continué à creuser l’écart dans la descente finale pour franchir la ligne d’arrivée avec près de six minutes d’avance sur Florea. L’Islandaise a ainsi décroché sa première victoire sur les Golden Trail World Series en 3:19:56.
Derrière elle, une Florea euphorique a franchi la ligne avant de célébrer dans les flaques d’eau une deuxième place synonyme d’une récompense encore plus importante : un deuxième titre consécutif au classement général des Golden Trail World Series.
La bataille pour la dernière marche du podium a été bien plus serrée. Morales et Amariei ont abordé l’ultime rampe, au cœur de la station de ski, avec un écart infime, mais la Mexicaine a réussi à conserver sa troisième place pour seulement 24 secondes. Morales concluait ainsi une remarquable performance à Muju, à 9:15 de la gagnante.

UN GOLDEN TICKET POUR RÊVER PLUS GRAND
Le chemin qui a mené Kolbeinsdóttir jusqu’à la victoire en Corée du Sud avait commencé plusieurs mois plus tôt, à des milliers de kilomètres, en Australie. « C’était assez drôle. J’étais à Melbourne et mon entraîneur m’a dit que je pouvais participer aux Golden Trail National Championships (GTNC) et que j’avais une chance de l’emporter. J’ai gagné et décroché ainsi un Golden Ticket pour venir ici, en Corée du Sud », raconte-t-elle.
Les Golden Tickets offrent un accès direct à la Grande Finale des GTWS, avec un double objectif : révéler les meilleurs talents nationaux et offrir aux étoiles montantes du trail running l’opportunité de se mesurer à l’élite mondiale.
Le Muju Trail a ainsi réuni 19 athlètes qualifiés à l’issue de huit courses organisées sur trois continents. Par ailleurs, les trois meilleurs hommes et les trois meilleures femmes de la Grande Finale arrivés à Muju en dehors du top 30 décrochent à leur tour un Golden Ticket pour participer aux GTWS en 2027.
Une fois son billet pour Muju en poche, Kolbeinsdóttir avait déjà donné un sérieux aperçu de son potentiel sur la Ledro Sky Trentino, en Italie. Cinquième de l’épreuve, elle avait démontré sa capacité à rivaliser avec certaines des meilleures athlètes mondiales, tout en faisant étalage de ses qualités sur les terrains techniques en signant le meilleur chrono du segment de descente.
Sa victoire à Muju en a peut-être surpris plus d’un, mais Kolbeinsdóttir, elle, y croyait. « Je dois l’avouer, ce matin, je me suis dit : “Je peux gagner.” Je me sentais vraiment bien, très positive, et j’avais confiance en moi. C’est un parcours qui me convient parfaitement. Je suis à l’aise sur les terrains techniques ».
Cette victoire confirme Kolbeinsdóttir parmi les meilleures athlètes mondiales sur cette distance et pourrait même l’amener à revoir ses plans pour la suite. Alors qu’elle envisageait jusqu’ici de s’orienter vers des distances plus longues, son succès à Muju lui ouvre désormais de nouvelles perspectives : « Peut-être que je consacrerai l’année prochaine aux Golden Trail World Series ».
FLOREA CAPS A NEAR-PERFECT SEASON WITH A SECOND GTWS TITLE
Après une année marquée par une régularité exceptionnelle, Madalina Florea s’est offert un deuxième titre de championne des Golden Trail World Series. La Roumaine a signé une saison 2026 presque parfaite, avec des victoires au Québec Mega Trail au Canada, au Salomon Pitz Alpine Glacier Trail en Autriche et à Sierre-Zinal en Suisse. Et lors des deux seules courses qu’elle n’a pas remportées, la Ledro Sky Trentino et la Grande Finale du Muju Trail, elle a terminé deuxième.
Florea boucle ainsi la saison avec 1.164 points, devant Caroline Kimutai, deuxième avec 1.016 points, et Ruth Gitonga, troisième avec 982 points. « Chaque course que j’ai disputée cette année a contribué à me faire gagner ce trophée », a-t-elle déclaré à l’arrivée.
La difficulté extrême de Muju a donné encore plus de saveur à ce deuxième sacre :
« C’est la course la plus difficile que j’aie jamais faite. Je ne sentais plus mon corps », a-t-elle confié après l’arrivée.
Les Golden Trail World Series 2026 connaîtront leur dénouement dimanche avec la Grande Finale masculine, dont le départ sera donné à 13h00 heure locale (5h00 CEST). Philemon Kiriago (Run2Gether On Trail) abordera cette ultime course en tête du classement général, devant son coéquipier Patrick Kipngeno et le Marocain Elhousine Elazzaoui (Nnormal), vainqueur du classement général en 2024 et 2025. Avec seulement 46 points d’écart entre les trois premiers, tout reste à jouer pour le titre. Cliquez ici pour savoir où suivre toute l’action en direct et à la demande.

















