EQUITATION : Mondiaux 2026 – Frédéric BOUIX, président de la Fédération Française d’Équitation, et Sophie Dubourg, DTN, dressent le bilan
Du 11 au 23 août, les championnats du monde de 6 disciplines sous l’égide de la Fédération équestre internationale (FEI) – saut d’obstacles, concours complet, dressage, para-dressage, voltige et attelage – ont été organisés à Aix-la-Chapelle.
Frédéric Bouix, président de la Fédération Française d’Equitation (FFE), et Sophie Dubourg, directrice technique nationale, dressent le bilan de cette échéance qui revêtait des enjeux sportifs forts. Les Bleus repartent avec 5 médailles et plusieurs qualifications assurées pour les Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles (USA) 2028.
Frédéric Bouix, président de la FFE
« La signification de ces Championnats du monde n’était pas la même selon les disciplines placées sous l’égide de la FEI. Pour les disciplines olympiques et paralympiques, nous étions à mi-olympiade, deux ans après les Jeux de Paris 2024. Le véritable enjeu était la qualification pour les Jeux de Los Angeles 2028. L’obtenir dès 2026 est un avantage important : cela permet de préparer la suite avec davantage de sérénité, de préserver certains chevaux, de faire prendre de l’expérience à de nouveaux couples lors des championnats d’Europe l’an prochain et d’organiser le travail des sélectionneurs sur le long terme. C’est une très bonne chose que la France ait obtenu cette qualification en saut d’obstacles et en para-dressage.
Pour les disciplines mondiales – l’attelage, la voltige et l’endurance, dont les championnats du monde se dérouleront en décembre aux Émirats arabes unis –, nous arrivons au terme d’un cycle de quatre ans. Mais ce cycle est en partie artificiel. Les fédérations vivent au rythme des olympiades, parce que leur organisation administrative, financière, technique et leur gouvernance sont construites ainsi. Pourtant, préparer des sportifs ne se fait ni en deux ans, ni en quatre ans. Cela demande beaucoup plus de temps. Nous essayons de faire abstraction de ce découpage imposé par l’Etat, mais il vient inévitablement se confronter au temps du projet fédéral, qui s’inscrit dans la durée. C’est pour cela que nous devons regarder bien au-delà de 2028. Par exemple, notre plan de formation des entraîneurs est déjà projeté jusqu’en 2032, parce que ces dispositifs nécessitent un temp long pour produire leurs effets. Dans toutes les disciplines, les sélections étaient incontestables. Elles ont été réalisées en tenant compte de l’état de forme des chevaux, des cavaliers, meneurs ou voltigeurs, ainsi que des performances réalisées tout au long de la saison. Les résultats reflètent donc la place de la France dans la hiérarchie mondiale à un instant donné, même si une chute ou une blessure peuvent toujours modifier l’issue d’une compétition.
Je tiens également à souligner le travail réalisé par l’ensemble des équipes fédérales. Ces championnats du monde représentent une organisation particulièrement lourde. Pendant quinze jours, six disciplines étaient engagées simultanément, auxquelles s’ajoutera l’endurance en décembre. C’est finalement plus complexe que des Jeux olympiques, où une grande partie de l’organisation de la délégation est assurée par le Comité National Olympique et Sportif Français et son homologue pour les Jeux paralympiques, Le Comité Paralympique et Sportif Français. Ici, tout repose sur la fédération, avec des coûts importants. Malgré cela, nous faisons le choix d’être présents dans toutes les disciplines, ce qui n’est pas le cas de tous les pays. Pendant ces quinze jours, j’ai vu des staffs extrêmement professionnels, qui ont beaucoup évolué ces dernières années. Chacun est aujourd’hui davantage spécialisé, mais il existe aussi une véritable entraide entre les disciplines. Entraîneurs, préparateurs mentaux, médecins, kinésithérapeutes, vétérinaires, physio équins et maréchaux-ferrants échangent en permanence afin de prendre les meilleures décisions. Rien de tout cela n’est le fruit du hasard. C’est aussi le résultat du travail de coordination de Sophie Dubourg, notre directrice technique nationale et cheffe de mission. Elle assure un véritable rôle de chef d’orchestre en coordonnant un collectif d’une cinquantaine d’athlètes et leurs équipes. C’est cette dynamique collective qu’elle impulse dans le cadre du projet fédéral.
Ces championnats du monde ont également été l’occasion de nombreux échanges institutionnels. La présence de plusieurs personnalités du mouvement olympique, notamment la présidente du CIO, son directeur sportif et plusieurs de ses membres, montre la place prise par les sports équestres au niveau international. Il est essentiel de continuer à expliquer nos disciplines et à dialoguer avec le mouvement olympique et paralympique afin que notre sport soit pleinement compris et reconnu lorsque des choix stratégiques seront faits concernant les programmes, les financements ou l’organisation des Jeux.
Nous avons également rencontré les trois candidats à la présidence de la FEI afin d’échanger sur leur vision de l’avenir de la fédération internationale, de la formation, du développement et de la place du cheval dans la société. Nous avons aussi échangé avec plusieurs fédérations européennes pour confronter nos modèles de gouvernance, de financement, de développement, de formation ou encore d’accompagnement des athlètes. Ces échanges confirment que la France n’a pas à rougir de son niveau d’accompagnement des sportifs ni de la place qu’occupe l’équitation dans les politiques publiques. C’est une véritable spécificité du modèle français.
Enfin, ces championnats du monde ont aussi permis de poursuivre les actions engagées en faveur des propriétaires, sous l’impulsion d’Emmanuèle Perron-Pette, vice-présidente de la FFE. Tout au long de la saison, nous avons amélioré leur accueil et créé un espace dédié afin qu’ils puissent vivre les championnats au plus près de leurs chevaux et des équipes de France. Une offre d’hospitalité leur a également été proposée. Cette initiative a été très appréciée, d’autant que l’organisation des Championnats en Europe a facilité leur venue ».
Sophie Dubourg, directrice technique nationale
« La Fédération avait fixé un objectif clair aux staffs des disciplines olympiques et paralympiques : obtenir la qualification directe pour les Jeux de Los Angeles 2028. Le bilan est contrasté. Je tiens à féliciter les équipes de saut d’obstacles et de para-dressage, qui ont atteint cet objectif. Pour le dressage et le concours complet, il faudra aller chercher cette qualification lors des championnats d’Europe l’an prochain.
En dressage, il n’y a pas de surprise. Les couples sont à leur niveau et le total des trois meilleurs place l’équipe de France à son rang actuel dans la hiérarchie mondiale. Il reste donc un travail de fond pour aller chercher la qualification. Il faut poursuivre le travail avec tous les couples engagés sur la scène internationale, intégrer ceux qui arrivent et surtout construire un véritable vivier pour l’avenir. Le temps sportif est un temps long, tout comme celui de la maturité des chevaux. Il faut donc regarder au-delà de 2028 et construire un collectif capable d’être performant lors des olympiades suivantes.
En concours complet, il y a bien sûr de la déception au regard du résultat final, mais je retiens surtout les progrès réalisés dans les deux domaines qui avaient été fixés comme priorités à Jean-Luc Force et à son staff : le dressage et l’obstacle. Sur ces deux aspects, le contrat est rempli. La troisième place après le dressage est une performance à souligner et les trois parcours sans faute à l’obstacle montrent que le travail engagé depuis dix-huit mois porte ses fruits. Il faut maintenant poursuivre cette dynamique pour aller chercher la qualification olympique l’an prochain.
En saut d’obstacles, la qualification olympique faisait également partie des objectifs. Nous avons fait le choix assumé de la jeunesse. Certains diront que les grands championnats sont faits pour gagner des médailles et non pour faire prendre de l’expérience, mais les deux ne sont pas incompatibles. Tout s’est joué à une barre, y compris le podium individuel de Nina Mallevaey, une cavalière qui est passée par tous les échelons des circuits fédéraux Jeunes. La hiérarchie mondiale est globalement respectée et je suis très satisfaite d’avoir fait confiance à ma proposition d’Édouard Coupérie. Au-delà de l’expérience acquise, ils ont réalisé de très grandes performances et montrent un vrai potentiel. Face à des nations beaucoup plus aguerries, nous pouvons être fiers d’avoir tenu ce pari. La qualification olympique est obtenue et la huitième place de Nina Mallevaey constitue une très belle performance.
En para-dressage, l’objectif de qualification est lui aussi atteint. Les progrès sont réels et s’inscrivent dans la continuité du travail engagé avant les Jeux de Paris 2024. Les moyens mis en place, les stages, le recours aux entraîneurs privés et l’ensemble des facteurs de performance portent aujourd’hui leurs fruits. La médaille d’argent d’Alexia Pittier en Grade IV en est une belle illustration, tout comme les performances de Vladimir Vinchon, la progression de Chiara Zenati et la prise d’expérience de Vincent Brunet, pour qui nous avons pu identifier les axes à travailler pour les deux années à venir. Chaque athlète dispose désormais d’un système d’entraînement adapté à sa situation. Il faut poursuivre dans cette voie, continuer à rechercher les meilleurs chevaux et saluer le rôle essentiel des staffs additionnels – préparateurs mentaux, kinésithérapeutes, équipes médicales ou school riders – qui sont devenus des acteurs incontournables de la performance.
En voltige, ces championnats marquent l’aboutissement d’un cycle de quatre ans mené par Manon Moutinho. Malgré les aléas de la saison, elle a conduit le collectif avec beaucoup de rigueur et de détermination. Les résultats sont très satisfaisants avec quatre médailles, deux en or et deux en argent. Elles récompensent le travail des athlètes, des entraîneurs et de tous les intervenants qui les accompagnent. L’individuel féminin constituait un pari avec une jeune voltigeuse qui disputait son premier championnat Senior. Elle n’a pas atteint la finale, mais cette expérience fait partie de la construction du collectif. Ce qui ressort surtout, c’est la solidité de ce système et sa capacité à renouveler les générations tout en maintenant un haut niveau de performance.
En attelage, la préparation reste particulièrement exigeante, mais les méthodes d’entraînement continuent d’évoluer. Comme dans les autres disciplines, les entraîneurs privés viennent compléter le travail des staffs fédéraux et cela porte ses fruits. Les quatre meneurs engagés ont répondu présents et la France est à sa place dans la hiérarchie mondiale. Le système de points rend cette discipline très stratégique et cette sixième place correspond au niveau de la France ces dernières années. Nous terminons à une faute de la cinquième place, ce qui reste un résultat encourageant, d’autant que plusieurs attelages à quatre sont déjà en préparation pour les prochaines échéances.
Enfin, sur le plan de l’organisation, le bilan est très positif. Ces championnats du monde étaient remarquablement organisés, avec un très grand professionnalisme et une réelle capacité à accueillir un événement de cette ampleur. On sent un véritable savoir-faire, une organisation où rien n’est laissé au hasard. Il a eu, comme attendu, une véritable ferveur du public avec près de 48 000 spectateurs dans le stade principal pour applaudir aussi bien le dressage que le saut d’obstacles, un petit peu moins dans les deux autres stades, mais cela est assez exceptionnel. C’est un public qui connaît les disciplines, les vit pleinement et qui contribue à faire de ces championnats du monde un événement remarquable ».
Le rappel du palmarès tricolore
- Qualifications obtenues pour les Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles 2028 en saut d’obstacles et para-dressage
- 4 médailles pour la voltige :
- 2 en or : Individuel Hommes – Quentin Jabet sur Estado*IFCE (propriété de l’Institut français du cheval et de l’équitation), longé par Loïc Devedu – et Pas de Deux – Noëly Thibaudat et Théo Gardies sur Sir Sensation (propriété de Théo et Mathieu Gardies, Marielle Garcia Gardies et Noëly Thibaudat), longé par Sirine Abousaïd
- 2 en argent : Squad – Jeanne Braun, Ruben Delaunay, Quentin Jabet, Lambert Leclezio, Tom Menand et Dorian Terrier, sur Furst Fridolin*HDC, propriété du Haras des Coudrettes, longé par Sirine Abousaïd – et Coupe des nations
- 1 médaille d’argent en para-dressage – Freestyle Grade IV – pour Alexia Pittier et Sultan 768 (propriété de Sylvie Pittier, Arthur Boutron et de sa cavalière)
















