ESCALADE : Iris PESSEY signe un doublé historique sur le Mont Blanc
À 34 ans, Iris Pessey a réalisé aujourd’hui l’une des performances féminines les plus marquantes de l’année dans le monde des sports outdoor.
Partie à 3h30 cette nuit de l’église de Chamonix, la quintuple championne de France de ski de fond et vainqueure de la MCC by UTMB 2024, a atteint le sommet du mont Blanc en courant en 5 heures et 2 minutes. Elle améliore ainsi le record féminin de l’ascension détenu depuis juin 2023 par la Franco-Américaine Hillary Gerardi (5 heures et 12 minutes). Après avoir atteint le toit de l’Europe à 4 806 mètres d’altitude, Iris Pessey a poursuivi son défi en décollant en parapente depuis le sommet avant de rejoindre Chamonix et de boucler son aventure en 5 heures et trente quatre minutes, établissant ce faisant une nouvelle référence féminine en marche et vol (et toutes disciplines confondues) sur cet itinéraire mythique.
QUAND LE TRAIL, L’ALPINISME ET LE PARAPENTE RÉINVENTENT UN RECORD
Dans sa forme historique, le record du mont Blanc consiste à relier l’église de Chamonix au sommet du mont Blanc puis à revenir au point de départ. Un défi emblématique qui mêle endurance, gestion de l’altitude, connaissance de la montagne et capacité à évoluer sur un terrain glaciaire complexe.
Le projet d’Iris Pessey ajoutait une dimension supplémentaire : associer la vitesse de l’ascension à une descente en parapente. Une approche qui lui permettait d’exprimer les trois disciplines qui façonnent aujourd’hui sa pratique de la montagne : la course à pied, l’alpinisme et le vol libre.
Pour l’athlète multi-disciplinaire, ce défi allait bien au-delà d’une simple quête chronométrique. Préparé pendant plus de deux ans, le projet a nécessité un important travail de reconnaissance, d’analyse des itinéraires et d’anticipation des risques.
Comme souvent sur le mont Blanc, les conditions du moment ont dicté les choix d’itinéraire. Une partie importante de la préparation a consisté à analyser les risques objectifs de la montagne, notamment dans les secteurs exposés aux séracs et aux crevasses, afin de retenir l’option la plus sûre avant toute considération de performance.
L’itinéraire finalement retenu partait de l’église de Chamonix avant de remonter en direction du tunnel, puis des Grands Mulets, des Plateaux et de l’arête des Bosses jusqu’au sommet. Initialement, Iris Pessey envisageait de passer par l’arête nord du Dôme du Goûter, mais les conditions rencontrées sur le terrain l’ont conduite à privilégier le passage par les Petits Plateaux, car il y avait trop de glace au Dôme du Goûter.
LE PARI DU CIEL
La réussite du projet reposait sur de nombreux paramètres difficiles à maîtriser : acclimatation à l’altitude, conditions nivologiques, stabilité du manteau glaciaire et, bien sûr, météo favorable au décollage en parapente après plus de cinq heures d’effort à très haute altitude. La partie aérienne constituait d’ailleurs l’un des principaux défis du projet.
Passionnée de parapente depuis plusieurs années, Iris a travaillé cet aspect aux côtés de Clément Latour, recordman du monde de distance en parapente. Ensemble, ils ont étudié les moyens d’optimiser la descente afin d’en faire une véritable composante de la performance. Pour gagner de précieuses minutes, l’athlète a notamment appris et perfectionné des manœuvres spécifiques particulièrement engagées, lui permettant d’accélérer sa progression en vol tout en conservant une marge de sécurité indispensable dans un environnement de haute montagne.
«Ce qui me tient à cœur, c’est de contribuer à faire évoluer le regard porté sur la performance féminine en montagne. Sur ce type d’effort associant ascension et vol, les références historiques sont encore largement masculines. En établissant cette nouvelle marque, je pourrai montrer que ces grands défis alpins ne sont pas réservés aux hommes et encourager davantage de femmes à imaginer leurs propres projets en montagne », déclarait Iris Pessey avant de prendre le départ.
UNE AVENTURE COLLECTIVE AVANT TOUT…
Iris Pessey a consacré une grande partie de ces derniers mois à la préparation de cette tentative. Traversées alpines, séjours répétés en altitude, entraînements spécifiques en parapente et travail minutieux des transitions ont rythmé son quotidien. Elle s’est même entraînée avec des sacs de sable attachés aux chevilles afin de reproduire le poids des crampons qu’elle porterait lors de l’ascension finale.
Tout au long du projet, elle a pu compter sur le soutien et l’expertise de nombreux athlètes de haut niveau. À commencer par l’alpiniste Mathieu Meynadier, à l’origine de l’idée du record et impliqué depuis les premières réflexions jusqu’à la concrétisation du projet. Véritable pilier de cette aventure, il a accompagné Iris Pessey pendant plus de deux ans dans la préparation technique, les reconnaissances de terrain, le choix des itinéraires et l’analyse des risques.
Autour de ce binôme se sont également mobilisés plusieurs grands noms de la montagne. Le skieur-alpiniste Mathéo Jacquemou ; la spécialiste de skyrunning Hillary Gerardi, détentrice du record féminin du mont Blanc à pied en 7h25 ; Clément Latour, recordman du monde de distance en parapente ; l’ancien membre de l’équipe de France de biathlon : Mathieu Garcia ; la championne du monde de parapente acrobatique, Maud Perrin ; ainsi que Marion Haerty, multi-championne du monde de snowboard freeride, lui ont apporté conseils, retours d’expérience et soutien tout au long de la préparation.
Ce matin, ils étaient nombreux à l’acclamer devant l’église de Chamonix. Sa mère et sa sœur Rose avaient même réservé une surprise à sa grand-mère en l’amenant à Chamonix sans lui révéler ce qu’elle venait voir. Ses compagnons de montagne et amis proches étaient également présents, parmi lesquels Marion Haerty, venue célébrer l’aboutissement d’une aventure qu’elle avait suivie de près.
C’est donc entourée de ceux qui l’ont soutenue depuis le premier jour qu’Iris Pessey a pu savourer cette performance exceptionnelle. Au-delà du record, cette arrivée marquait l’aboutissement de plus de deux années de travail, de doutes, d’engagement et de passion partagés avec tout un collectif.
« Au moment de l’arrivée, ce n’est pas le chrono auquel j’ai pensé. J’ai surtout ressenti du soulagement et de la gratitude pour toutes les personnes qui m’ont aidée à construire ce projet. Parce qu’au fond, cette aventure n’a jamais été une histoire individuelle : elle a toujours été une aventure de partage », se réjouissait Iris devant l’église quelques minutes après son arrivée.
À PROPOS D’IRIS PESSEY…
Âgée de 34 ans et originaire du Grand-Bornand, Iris Pessey est une athlète française spécialisée dans les sports d’endurance en montagne. Issue du ski nordique, discipline dans laquelle elle a remporté cinq titres de championne de France, elle s’est progressivement tournée vers le trail, le skyrunning, l’alpinisme et le parapente. Vice-championne du monde de kilomètre vertical en 2021, 3e de la Mountain Running World Cup en 2023 et vainqueure de la MCC by UTMB en 2024, elle mène aujourd’hui une carrière d’entraîneuse de biathlon au sein de la fédération britannique tout en poursuivant ses propres projets sportifs. À travers ses défis, elle développe une approche de la montagne mêlant performance, créativité et exploration. En 2024, elle a signé un record remarqué en trail sur la Pointe Percée, point culminant du massif des Aravis. Elle détient également le record féminin du plus haut kilomètre vertical d’Europe, réalisé sur les pentes du Monte Rosa. Son prochain défi l’attend déjà : le 90 km du Mont-Blanc, l’une des épreuves phares du Marathon du Mont-Blanc, qu’elle disputera dans les prochains jours.
















