Dans tous les cas, le verdict du barrage du Grand Prix Rolex du TSCHIO d’Aix-la-Chapelle aurait été historique.
Soit le sixième succès féminin de l’histoire, soit une deuxième victoire argentine soixante ans après celle de Miguel H. Arrambide il y a soixante et un ans, soit Richard Vogel gardait la main sur le Grand Chelem Rolex après sa victoire de Bois-le-Duc en mars dernier, s’assurant au passage un bonus de 500 000 euros en plus des 450 000 euros promis au vainqueur du jour, avec en perspective un jackpot supplémentaire d’un million d’euros en cas de troisième victoire consécutive à Spruce Meadows en septembre prochain.
C’est finalement ce troisième scénario qui a prévalu. Comment faire face à l’immense foulée d’United Touch S ? Deuxième à s’élancer dans ce barrage, après le sans-faute de Sophie Hinners et d’Iron Dames Singclair en 51″62, le majestueux étalon westphalien a déroulé son ample action parfaitement adaptée à l’immense piste de la Soers, sans jamais donner l’impression de forcer et sans la moindre émotion sur les barres, tant sa puissance semble naturelle et facile.
Résultat : un chrono de 45″57 et cette impression de force tranquille qui accompagne chacune de ses sorties.
« Ce n’est pas souvent que je pleure, avouait le héros du jour, et encore moins pour de bonnes raisons. Mais aujourd’hui, c’était une fantastique raison d’avoir les larmes aux yeux. Remporter le Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle est un rêve d’enfant. Avec mon statut de candidat au Grand Chelem, il n’y avait qu’un seul objectif : gagner. Avec un cheval comme United Touch S, on aborde forcément un Grand Prix comme celui-ci avec beaucoup de sérénité : la veille, on dort bien sur ses deux oreilles, sans stress. Il possède une telle puissance, une telle qualité de saut et une telle facilité naturelle que l’on sait qu’il est capable de répondre présent dans toutes les situations. Honnêtement, si United Touch S ne peut pas franchir un obstacle, alors aucun cheval ne le peut ».
Mais, après le passage d’United Touch S, le match n’était pas totalement terminé. Restait le troisième candidat… Et il n’y a pas qu’en polo que les Argentins brillent à cheval. Il y a aussi José Maria Larocca, son âme de junior à 57 ans, et son complice de toujours, le KWPN de 16 ans Finn Lente, avec lequel il remportait encore un Grand Prix 4 étoiles il y a quinze jours à Bourg-en-Bresse.
L’entrepreneur argentin basé à Milan n’était même pas né lorsque Miguel H. Arrambide remportait ce Grand Prix avec Chimbote en 1965. José Maria Larocca, né quatre ans plus tard, est pourtant passé tout près d’écrire à son tour une page de l’histoire de l’équitation albiceleste. À exactement une seconde et soixante-dix-neuf centièmes d’United Touch S. Ce qui reste une performance immense face à cette véritable machine de guerre aux origines presque totalement holsteiner malgré ses papiers (par Untouched et Touch of Class par Lux Z).
« Être battu par Richard Vogel et un cheval comme United Touch S est déjà un immense honneur. Je ne pourrais pas être plus heureux. Aix-la-Chapelle possède quelque chose qu’aucun autre concours n’a. L’atmosphère ici est tellement spéciale. Entrer sur cette piste reste quelque chose d’incroyable. Tout le monde voulait être ici cette année et cela rend ce rendez-vous au format réduit encore plus particulier », se réjouissait l’Argentin.
Pour Sophie Hinners et Iron Dames Singclair, cette troisième place n’avait rien d’une défaite non plus : « Monter sur le podium du Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle est un rêve qui devient réalité. Dans ma tête, l’objectif du barrage était avant tout d’assurer un sans-faute, de mettre la pression et d’espérer que les autres fassent des folies pour gagner. Mais, Richard Vogel et José Maria Larocca ont bien sûr incroyablement bien sauté. Terminer troisième ici reste quelque chose d’immense pour moi ».
Journée mitigée pour les Français avec pour seule et timide éclaircie : la qualification de Nina Mallevaey pour la seconde manche, où Dynastie de Beaufour fera tomber deux barres pour finalement conclure à une plus modeste 17ᵉ place après sa superbe 5ᵉ place de l’an passé. Pour les garçons, des 8 et des 16 points, notamment sur la dernière ligne en bout de parcours, oxer, double à une foulée puis oxer, qui aura coûté très cher aux Tricolores.