INSTITUTIONNEL : Le bilan des rencontres sportives des 3 Vallées
Ce 18 avril, le cinéma de Moûtiers (Savoie) a accueilli un temps fort inédit.
Une table-ronde informelle à destination du grand public, qui a réuni le temps d’une matinée les athlètes les plus reconnus de ce territoire de sportifs : Emily Harrop (double médaillée olympique en ski-alpinisme, Lucille Germain (membre de l’équipe de France de trail) et Rémi Berchet (ultra-traileur).
L’objectif : faire connaître aux habitants du territoire les coulisses de la vie de ces sportifs de haut-niveau. A leur côté pour approfondir les discussions, plusieurs experts professionnels : Aurélien Pessoz, préparateur physique et organisateur de ce rendez-vous, Diego Alarçon, coach et Corentin Salle, responsable de la team trail chez Scott.
Le résumé d’une matinée riche en échanges et confidences qui a compté plus de 100 personnes inscrites.
LE TRAIL ET LE SKI-ALPINISME, DEUX SPORTS EN PLEIN ESSOR
# Le trail, une discipline en plein essor, avec une grande diversité de formats et de circuits d’épreuves.
# Le ski-alpinisme, un sport à l’histoire marquée par son arrivée aux Jeux Olympiques.
Le trail se caractérise aujourd’hui par une diversité de courses, et donc de coureurs, comme le souligne Corentin Salle (Scott) “plutôt que de partir d’une stratégie d’activation de courses, nous accompagnons nos athlètes en fonction de leurs envies et de leur choix. Nous nous attachons à avoir une diversité de profils”.
Le ski-alpinisme, quant à lui “…a été marqué par l’annonce de son arrivée aux Jeux en 2021” se souvient Emily Harrop.
“Depuis deux-trois ans, notre entraînement a été marqué par la préparation à des épreuves courtes, intenses, qui demandent de l’explosivité. Mais surtout, tout a pu se faire de manière plus professionnelle grâce aux opportunités offertes par l’arrivée aux Jeux de notre discipline, et notamment la possibilité d’être soutenue en tant qu’athlète par l’armée”.
Rémi Berchet remarque que “côté trail, le calendrier de chacun s’affine seulement quelques mois avant, au rythme des tirages au sort des grandes courses”. Tout en étant déjà spécialisé sur un format plus ou moins long, “avec la nécessité pour en changer d’anticiper ces évolutions plusieurs années en avance”, précise Diego Alarçon.
Et pour la suite ? La visibilité apportée par les Jeux, et les opportunités qu’ils tracent dans leur sillage, est unanime. Le trail aux Jeux alors ?
“Une réflexion à co-construire”, espère R.B, “pour aboutir à un compromis qui permette au trail d’offrir un spectacle visuel sans se dénaturer. Lucille évoque les nouveaux parcours en trèfle qui permettent “des transmissions télévisuelles intéressantes.”.
Une chose est sûre : “on doit avancer ensemble, en évitant de se diviser entre les pour et contre”, souligne RB.
MOTIVATION, PLAISIR ET ACCOMPAGNEMENT HUMAIN
EN BREF
# La relation coach-coaché, une relation de confiance.
# L’entraînement, un espace de contrainte et de liberté orchestré finement selon les appétences de chacun.
# La pause, un moment clé dans l’année, que chacun vit à sa manière.
”Finalement, on peut comparer l’athlète à un entrepreneur”, esquisse Emily Harrop.
“C’est lui qui choisit ceux qui l’accompagnent dans le quotidien, et vont donner une autre saveur à ses réussites, lui permettre de s’appuyer sur des relations humaines précieuses et d’être dans un partage d’émotions, quelle quelles soient. En parallèle, la fédération de ski-alpinisme m’apporte une ouverture vers du collectif. C’est un fonctionnement hybride assez unique”.
Ce lien humain, primordial, repose sur du temps passé ensemble, de la proximité. Si C.S peut témoigner de l’ensemble des ravitos passés sur les courses à redonner du peps aux athlètes accompagnés.
D.A insiste sur l’importance de la connaissance entre le coach et le coaché, “si l’athlète n’est pas transparent avec moi sur sa charge émotionnelle, je ne peux pas m’adapter. Et son vécu personnel, sa fatigue, ses sensations impactent sa charge d’entraînement. Je ne veux pas d’une relation sujet-élève, avec les athlètes que j’accompagne je suis dans une co-construction. Pour amener un sportif à de la haute performance, il faut qu’il soit heureux de se lever le matin ”
Au delà de la rigueur et de l’exigence quotidiennes requises par le haut niveau, D.A. insiste sur “la nécessité de s’adapter au profil et à la sensibilité de chacun pour co-construire un entraînement durable dans le temps, avec une motivation solide, une conscience et une maîtrise de son évolution”.
L.G témoigne sur son appétence à poser les chaussures l’hiver, pour s’entraîner à ski : “C’est parce que mon coach me connaît, qu’il prévoit ces séances qui me conviennent et me permettent de garder le plaisir au fil du temps”.
Espace de régénération mental, fenêtre précieuse de liberté et de spontanéité retrouvée, la pause est un moment soigné par les coachs : “Ne pas mettre d’intention particulière dans ces moments”, précise D.A, “permet aux athlètes de sortir du cadre pour fonctionner purement à l’envie pendant ces parenthèses”.
“Après un hiver particulièrement intensif”, illustre Emily, “j’ai décidé de m’octroyer cette année environ deux mois de pause. Un temps nécessaire pour repartir sur un nouveau cycle.”
D.A. pointe du doigt un nouveau phénomène : l’hyper-investissement de sportifs amateurs, qui engagent un temps et une énergie considérable dans leur pratique, sans forcément avoir l’espace nécessaire de coupure pour se reposer dans un quotidien non aménagé.
Corentin quand a lui exprime un autre point de vigilance : Le danger des réseaux sociaux “où chacun voit l’autre s’entraîner au moment de sa coupure, ce qui peut créer du stress et de l’inquiétude.”. R.B. abonde en précisant qu’il a quitté Strava depuis plus d’un an pour retrouver une quiétude mentale nécessaire.
Emily témoigne quant à elle d’une gestion spécifique de ses réseaux sociaux autour des Jeux : “au-delà d’un compte-rendu de performances, j’ai cherché à apporter un contenu qui pourrait être utile. J’ai proposé une sorte de journal de bord écrit par l’écrivain et athlète Baptiste Chassagne, et documenté par le photographe Arthur Bertrand. Deux professionnels qui font également partie de mon entourage intime et de mon quotidien”.
ÊTRE UNE FEMME DANS LE SPORT DE HAUT-NIVEAU
# La santé de la femme, un sujet qui s’ouvre seulement à la discussion
“Etre une femme, c’est avoir la chance d’avoir un corps qui envoie un signal d’alarme quand il est en déficit”, témoigne L.G. “Le sujet des cycles est loin d’être abordé systématiquement aujourd’hui”, précise D.A.
“C’est à nous, professionnels, de sentir si l’athlète est ouverte à ouvrir cette discussion. Aujourd’hui dans mon suivi je peux avoir cette information notée dans mes suivis, mais l’ensemble de cette approche reste personnelle : chaque femme a un vécu différent de son cycle, des douleurs plus ou moins marquées… Pour moi le plus important est de veiller à ce que l’athlète conserve son intégrité physique. La performance, oui, mais pas à n’importe quel prix”.
“Prendre en compte mon cycle est un point que j’ai encore à explorer”, explique E.H.
“Je ne veux pas en les prenant en compte dans mon entraînement qu’elles puissent être un frein mental le jour d’une épreuve”.
La matinée s’est conclue avec un temps de questions-réponses du public. Rendez-vous l’année prochaine pour la suite de ces rencontres !


















