JEUX OLYMPIQUES : Paratriathlon – RIGAUDEAU et VIENNOT, un rêve olympique ?
Thibaut Rigaudeau et son guide Cyril Viennot, l’un de meilleurs Français de l’histoire sur les épreuves longues distances, font aujourd’hui parmi des meilleurs paratriathlètes mondiaux dans la catégorie PTVI (déficients visuels).
Compagne de Thibaut, Héloïse Courvoisier est guidée par Anne Henriet… l’épouse de Cyril. Les deux binômes pourraient partager l’été prochain le bonheur de disputer les Jeux paralympiques de Paris. Avec pour chacun, l’espoir légitime d’y briller.
Le sport offre des destins parfois surprenants. Celui de Cyril Viennot en est une belle illustration. Champion du monde de triathlon longue distance en 2015, cinquième du mythique Ironman d’Hawaï en 2014 et vainqueur à travers le monde de nombreux Ironman (3,8 km de natation, 180 km de cyclisme, 42 km de course à pied) et half-Ironman, il est un grand nom du triathlon. Après une carrière déjà très impressionnante, sa vie va prendre un inattendu tournant en 2019 quand la Fédération française de Triathlon (FFTri) lui propose de guider Thibaut Rigaudeau, ancien membre de l’équipe de France de cécifoot de 2011 à 2014, arrivé dans l’univers du paratriathlon un an plus tôt.
Un nouveau challenge à relever, Cyril tente le coup. « Je me suis dit après tout pourquoi pas », confie-t-il aujourd’hui. Une première Coupe du monde en juillet 2019, à Magog, au Canada, et déjà une troisième place malgré le manque d’expérience de Cyril en tandem et une connexion encore à ses débuts. Deux mois plus tard, les championnats d’Europe, à Valence (Espagne) se soldent par une prometteuse 8eplace. Une belle perspective sportive voit le jour. Mais avant tout le début d’une belle amitié. « Je n’avais pas imaginé que j’allais tomber sur quelqu’un comme Thibaut et que j’allais aussi bien m’entendre avec lui, au-delà du sport même, poursuit Cyril. Ça a fait la différence. »
Habitué à s’entraîner seul, le champion change complètement son approche. « Les distances sont bien plus courtes et cela m’a obligé à m’entraîner différemment. Il y aussi une dimension tactique et technique qu’il n’y avait pas sur les longues distances. Il y a eu plein de choses à réapprendre. Ça m’a permis de trouver un nouveau souffle et une nouvelle motivation. »
Les résultats se sont vite enchaînés avec plusieurs podiums sur des World Triathlon Para Series (WTPS, le plus haut niveau), une médaille d’argent aux championnats du monde 2022 à Abu Dhabi ou encore le bronze aux championnats d’Europe à Madrid en 2023. « Le niveau est très relevé et ne cesse d’augmenter, précise Cyril. On ne peut pas se permettre de commettre de grosses erreurs ou d’aborder les courses en dilettante. C’est super intéressant. » Seule frustration, la quatrième place des Jeux Paralympiques de Tokyo, en 2021, à seulement 28 secondes de la médaille. « Ça m’a motivé pour repartir pour trois ans, lâche Cyril. Il faut toujours regarder vers le haut. Sincèrement, si nous avions eu une médaille, je ne sais pas si j’aurais continué. » Belle idée. D’autant plus que l’aventure a pris depuis une autre dimension.
LEUR HISTOIRE À DEUX C’EST BIEN, À QUATRE C’EST MIEUX !
Héloïse et Anne, épouses de Thibaut et Cyril, se prennent également aux Jeux !
Témoin privilégiée de l’expérience partagée par les deux hommes, Héloïse Courvoisier, épouse de Thibaut et elle aussi déficiente visuelle, va à son tour se laisser tenter. Qui de mieux que Anne Henriet, l’épouse de Cyril, pour se lancer. En septembre 2021, une première participation aux championnats de France se termine avec la deuxième place derrière Annouck Curzillat, toute récente médaillée de bronze aux Jeux paralympiques de Tokyo, avec Céline Bousrez. « Les filles se sont prises au jeu et tout s’est vite enchaîné avec la première Coupe du monde puis la première sélection aux Championnats d’Europe, se souvient Cyril. Ce qui paraissait irréel, à savoir se qualifier pour Paris 2024, est devenu plus concret. Ma femme s’est remise à fond à l’entraînement vers cet objectif. Avec même un niveau supérieur à celui qu’elle avait quand elle faisait de la D2-D1. Héloïse est partie d’une feuille blanche. Elle ne nageait pas, ne roulait pas du tout et courait peu. Ça laisse de belles perspectives avec une grosse marge de progression physiologique mais aussi technique. » Les résultats obtenus par le duo a confirmé tout le potentiel de cette association. Sixième des championnats du monde en novembre 2022 à Abu Dhabi, médaillée d’argent à la Coupe du monde de Besançon en juin 2023 à seulement 11 secondes de l’autre binôme tricolore, Héloïse et Anne se sont installées parmi les meilleures et ont assis leur statut avec des podiums sur des WTPS.
FAIRE DE PARIS 2024 UNE HISTOIRE DE FAMILLE
Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 sont bien évidemment dans tous les esprits. Triathlètes et paratriathlètes ne font pas exception. Un premier stage avec l’équipe de France au CREPS de Boulouris (Var) a permis à Thibaut, 33 ans, et Cyril, 41 ans, de lancer l’année 2024. Et tout va s’enchainer : stage à titre personnel à Lanzarote (Canaries) avant de filer à Majorque pour retrouver les Bleus et poursuivre la préparation dans les meilleures conditions. Les échéances vont se succéder jusqu’au grand jour, le fameux 2 septembre, date cochée en gros dans le calendrier, où les meilleur(e)s paratriathlètes de la catégorie PTVI se retrouveront sous le pont Alexandre-III, pour partir à la conquête de l’or.
Entamée en juillet dernier, la période de qualification pour les épreuves de paratriathlon des Jeux paralympiques s’achèvera le 1er juillet 2024. Les neuf meilleurs et meilleures athlètes classé(e)s au ranking de qualification paralympique à cette date au sein de chaque catégorie obtiendront un dossard, non nominatif, pour le compte de leur comité national paralympique (maximum de deux dossards par pays par catégorie).
En ce début d’année, Thibaut occupe la troisième place de cet « Olympic Ranking ». Mieux encore, en septembre dernier, le duo Rigaudeau-Viennot est revenu des Championnats du monde organisés à Pontevedra (Espagne) avec une superbe médaille d’argent, derrière les Britanniques Ellis-Pollard, stars de la catégorie. Cette deuxième place leur a permis de réaliser un « critère de sélection de premier rang » de la Fédération Française de Triathlon, qui leur ouvrira définitivement la porte des Jeux Paralympiques sous réserve d’une confirmation en 2024. Ils devront pour cela terminer dans les quatre premiers d’une étape de la WPTS ou terminer dans les deux premiers d’une World Triathlon Para Cup. A priori, une tache largement à la portée du duo.
Championnes de France en titre, Héloïse (26 ans) et Anne (42 ans) sont également bien positionnées à la 4e place. En octobre, Héloïse a même remporté sa première World Triathlon Para Cup à Taranto, en Italie (guidée par Aurélia Boulanger). Une superbe conclusion de sa saison notamment marquée par deux médailles de bronze décrochées l’été dernier sur les WTPS de Montréal (Canada) et Swansea (Pays de galles), avec Anne pour guide. Elles devront confirmer dans les prochains mois et convaincre la Direction Technique Nationale qu’elles peuvent jouer un rôle majeur à Paris dans une catégorie très concurrentielle. La saison internationale débutera pour les deux duos le 11 mai à Yokohama avec leur première WTPS. La Coupe du monde à Besançon (15-16 juin) puis probablement la WTPS de Montréal sur le circuit de Formule 1 Gilles Villeneuve (29-30 juin) constitueront les autres principaux repères du premier semestre. Des étapes vers Paris, vers le rêve absolu. « Paris, ce sera incroyable, se projette Cyril. Chez nous en France, devant nos familles, devant nos enfants. À quatre, ce serait fou ! »
À savoir
Les épreuves de para-triathlon se disputent sur un format S, à savoir 750 m de natation, 20 km de cyclisme et 5 km de course à pied. Dans la catégorie PTVI (ParaTriathlon Visual Impairment), malvoyants et non-voyants disputent la même épreuve mais les athlètes des catégories malvoyants (B2 et B3) partent avec un handicap sur les non-voyants (B1) (2’41’’ chez les hommes, 3’11’’ chez les femmes). Le paratriathlète et son guide sont reliés par une cordelette élastique de 80 cm. L’épreuve cycliste est réalisée sur un tandem. À pied, le binôme peut évoluer relié par une petite cordelette au poignet ce qui nécessite une grande coordination du haut du corps ou par un lien à la taille de 50 cm, système choisi par Thibaut et Cyril, c’est également le système utilisé par Heloïse et Anne. Le guide ne doit pas courir devant son paratriathlète.

















