VOILE : Transat Jacques Vabre – Le Trimaran SVR-Lazartigue toujours dans la course pour la victoire
À l’amorce de la remontée de l’Atlantique destination Martinique, le Trimaran SVR-Lazartigue pointe au deuxième rang d’une course des Ultims aux allures de régate, avec trois bateaux toujours très proches, à déjà plus de la moitié du parcours.
À son bord, François Gabart et Tom Laperche, deuxièmes de la précédente édition, peuvent légitimement croire en la victoire.
Dans leur playlist, les marins de la Transat Jacques Vabre pourraient passer en boucle la chanson populaire de Claude François « ça s’en va et ça revient, c’est fait de tout petits riens ». Depuis le départ donné au Havre le dimanche 29 octobre, le vent est d’abord venu puis s’en est allé avant de revenir obligeant les skippers à optimiser les « tout petits riens » pour aller chercher les quelques nœuds qui font souvent la différence au fil des milles.
Après une première partie de course effectuée pratiquement entièrement en tête, le Trimaran SVR-Lazartigue, à la hauteur de Madère, avait vu revenir tous les bateaux suite au passage de la dorsale anticyclonique et une zone sans vent. La flotte Ultim a ensuite réussi à toucher l’alizé pour reprendre des vitesses impressionnantes. Grisant mais pas toujours aussi simple que l’on pourrait imaginer. « On croit toujours que l’alizé c’est facile, mais parfois il y a des nuages, le vent change, il faut empanner et il faut gérer tout ça, expliquait Tom Laperche. C’est une belle course de vitesse, on se fait bien plaisir avec 30-35 nœuds de vitesse, on s’éclate. Les quarts* durent moins longtemps pour nous permettre de rester en alerte. C’est quand même du pilotage. Quand les risées rentrent, le bateau s’envole et il faut être là pour régler tout ça et même parfois choquer (détendre, donner du mou). »
Samedi matin, au large de Cap Vert et en direction de São Pedro e São Paulo, le Trimaran SVR-Lazartigue affichait néanmoins 165 milles de retard avant d’aborder le fameux et redouté pot-au-noir. « La configuration du parcours rend normalement son passage un peu moins compliqué, s’avançait Tom. Ce n’est pas le plus gros casse-tête car, généralement, plus on passe ouest, plus c’est facile. Le passage à São Pedro e São Paulo nous oblige justement à passer à l’ouest. Mais il faut toujours se méfier, c’est un endroit toujours incertain. » Tom avait raison de se méfier.
*période de veille pendant qu’un des deux skippers se repose

Banque Image Transat Jacques Vabre Trimaran SVR-LAZARIGUE
Abordé par le Trimaran SVR-Lazartigue samedi en fin d’après-midi, le pot-au-noir a considérablement freiné la flotte. « Les cavalcades endiablées à 35 nœuds de moyenne se finissent généralement dans la pétole, explique-t-on à la cellule de routage. Et ce fut encore le cas avec le retour des vitesses à 1 chiffre, accompagnées de manœuvres permettant de garder un minimum de maniabilité. »
Les leaders de la course ayant buté plus tôt dans la molle*, les écarts se sont automatiquement resserrés avec, au gré des bulles convectives qui fleurissaient sur la route, des bateaux qui repartaient, s’arrêtaient, tournaient et retournaient encore… Un vrai éloge de la patience. Une patience récompensée pour le Trimaran SVR-Lazartigue.
Le pot-au-noir a en effet considérablement réduit les écarts et a permis à François et Tom, entrés dans la zone avec 160 milles de retard, de revenir à moins de 50 milles. Mais premiers entrés dans la zone, premiers sortis. Les leaders reprenaient rapidement une confortable avance. Une avance une fois encore fragile et friable. « On commence à avoir du vent dans le bon sens et la mer de l’hémisphère sud arrive, expliquait Tom à la sortie du pot-au-noir. La nuit a été musclée pendant quelques heures après plusieurs heures de mou. On ne s’en sort pas trop mal. Maintenant, on règle le bateau au près. Nous sommes sur un bon rythme. On s’attaque à un passage au près face au vent jusqu’à l’Île de l’Ascension avant de remonter vers la Martinique au portant. Et on espère bien grappiller des milles ! »
*zone ou période de navigation sans vent
Des promesses et très vite un passage à l’acte. Alors que l’écart avec le leader Banque Populaire était remonté à plus de 110 milles au passage de la bouée de São Pedro e São Paulo, dimanche à 17 heures, il était déjà réduit à 40 milles, 24 heures plus tard et même à 12 milles, lundi au pointage de 21 heures. « Les conditions de navigation sont géniales avec une mer plate, se réjouissait François Gabart. Ça va vite. On vole bien ! On arrive à bien tourner avec Tom et bien nous reposer. Nous sommes aussi très contents car on a bien progressé sur les réglages du bateau et on a l’impression d’aller plus vite. On va s’approcher de l’anticyclone de Sainte-Hélène, il va falloir s’appliquer pour tenir le vol. »
Si l’empannage vers l’île de l’Ascension a remis le Trimaran SVR-Lazartigue à environ 35 milles de la tête mardi matin, la remontée vers la Martinique promet une lutte de tous les instants. « On est à fond, lâche enthousiaste François. On va continuer à tout faire pour gratter des milles et nous rapprocher de la tête. » Fin du suspense probablement entre samedi et dimanche.
Le parcours Ultim de la Transat Jacques Vabre
7500 milles théoriques (environ 13 900 km) entre Le Havre et Fort-de-France, en Martinique.
Après une traversée du Golfe de Gascogne et une descente de l’Atlantique le long des côtes portugaises puis marocaines, le parcours de la classe Ultim emmène les bateaux vers l’archipel São Pedro et São Paulo (à laisser à babord), après un premier passage de l’équateur et du pot-au-noir. Direction ensuite l’île de l’Ascension avec un way-point* susceptible d’être modifié par la direction de course. Cap au nord-ouest avec nouveau passage dans le pot-au-noir puis de l’équateur lors de la remontée vers l’arrivée, en Martinique.
*Point de la route à atteindre où doit avoir lieu un changement de cap. Il peut être matérialisé par des relèvements sur des amers particuliers, des balises radio, des relevés de position GPS…

















