MONTAGNE : La gestion de l’eau dans les refuges ne coule pas de source !
Isolés par nature, les refuges de montagne sont des lieux où les randonneurs, à pied ou à ski, et les alpinistes peuvent se reposer et se réfugier 365 jours par an.
En période de gardiennage, ils offrent la possibilité de bénéficier d’un accueil chaleureux et de différents services comme la restauration.
Ils sont dépendants des ressources locales disponibles autour du bâtiment pour leur approvisionnement en eau et en énergie et sont donc particulièrement vulnérables en cas de pénurie d’eau. Sans raccordement aux réseaux publics de distribution et de traitement de l’eau, la gestion de l’eau est un enjeu majeur pour permettre l’accueil des pratiquants tout au long des périodes de gardiennage tout en préservant des environnements remarquables et fragiles.
L’année dernière fut marquée par une situation particulièrement tendue, notamment dans les massifs alpins, suite à la concomitance d’un faible enneigement hivernal, d’un printemps très doux et d’une sécheresse estivale prolongée.
Si chaque refuge connaît un contexte particulier propre à sa localisation, son fonctionnement et ses ressources, on sait aujourd’hui que les tensions hydriques vont se multiplier ces prochaines années, même si le volume prélevé est infime par-rapport à la disponibilité de la ressource dans les bassins versants concernés.
L’augmentation de la fréquentation dans les refuges de montagne nous impose donc de maintenir une rusticité inhérente à la fonction première de ces bâtiments, proposer un abri aux montagnards, et de ne pas dériver vers des usages qui sont ceux d’une hôtellerie de vallée.
ZOOM SUR LES LEVIERS EXISTANTS POUR MAÎTRISER LA CONSOMMATION DE L’EAU EN REFUGE
1. MAÎTRISER LES BESOINS EN EAU
L’introduction des toilettes sèches et d’équipements hydro-économes (lave-vaisselle, douche minutée à débit limité) permet de réduire drastiquement la consommation d’eau, tout en répondant améliorant les conditions de travail des gardiens et les conditions d’hygiène pour les pratiquants.
A chaque refuge son équipement !
Au refuge du Parmelan (Haute-Savoie) la rénovation à venir prévoir de limiter très fortement les usages de l’eau pour le grand public : toilettes sèches uniquement, absence de douches pour les pratiquants, restrictions de l’accès aux sanitaires. Ce refuge annécien au coeur d’un site de lapiaz ne bénéficie en effet d’aucune source et dépend intégralement des fontes de neige au printemps et de l’eau de pluie. Sa situation hydrologique est donc particulièrement tendue.
Le refuge de la Croix du Bonhomme (Savoie), dont la rénovation est également prévue d’ici cinq ans, accueille exclusivement des randonneurs itinérants (tour du Mont Blanc, tour du Beaufortain). L’intégration de douches en nombre limité, minutées et à débit réduit, s’impose donc. Mais attention, leur disponibilité sera tributaire de la disponibilité de la ressource en eau et en énergie !
Au refuge du lac du Pavé (Ecrins), actuellement en cours de rénovation, l’intégration d’équipements économes en eau (toilettes sèches notamment), va permettre de diviser les consommations d’eau (de 8 000m 3 avant rénovation à 50m3 après) tout en permettant d’améliorer les conditions de travail en cuisine pour les gardiens.
2. OPTIMISER LE CAPTAGE DE L’EAU
En amont des travaux de rénovation d’un bâtiment ou des systèmes d’approvisionnement en eau, une étude hydrologique et ou hydraulique permet à la FFCAM de mieux connaître l’état et l’évolution possible des ressources hydrauliques et d’adapter les équipements techniques à installer.
L’eau peut être trouvée dans des sources souterraines ou par ruissellement des lacs, des névés, des cours d’eau… Mais aussi simplement en récupérant l’eau de pluie ou de la fonte de neige du toit.
A chaque refuge son installation de captage et de stockage d’eau !
Au refuge de la Pointe Percée (Haute-Savoie), rénové entre 2020 et 2022, l’eau provient d’une source située en amont du bâtiment ainsi que de la récupération des eaux de pluie. Les capacités de stockage ont été considérablement renforcées dans le cadre de la rénovation du refuge : 50 m3 de réserves permettent de garantir plusieurs semaines d’autonomie en cas de sécheresse prolongée.
Au refuge du Couvercle (Haute-Savoie), rénové entre 2020 et 2022, la majorité des ressources en eau du refuge provient de l’eau de fonte, un prélèvement qui reste négligeable sur son volume total. La mise en place d’une réserve d’au de 30 m3 permet d’éviter les risques de pénurie en fin d’été et d’assurer le gardiennage du refuge en période de ski de randonnée.
Au refuge de Vénasque (Haute-Garonne), rénové entre 2021 et 2022, les ressources en eau proviennent du lac supérieur de Vénasque, au-dessus du refuge. Un volume tampon de 1000 litres suffit à assurer l’approvisionnement du refuge en eau pendant la période de gardiennage estivale.
3. ANTICIPER ET PRIORISER LES BESOINS
Malheureusement, ces mesures ne permettront pas de garantir coûte que coûte un fonctionnement normal de l’ensemble des hébergements de la FFCAM sur les prochaines années compte tenu des difficultés croissantes d’approvisionnement en eau que nous allons certainement connaître.
Un travail est donc en cours pour évaluer la vulnérabilité de chacun des bâtiments (refuges et quelques chalets non raccordés aux réseaux d’eau) et mieux anticiper les risques de rupture d’approvisionnement. Cette cartographie des risques permet d’ajuster la consommation en eau des bâtiments confrontés à une pénurie d’eau et de prioriser les besoins à satisfaire.
Ce début d’été, deux bâtiments ont en effet connu des difficultés d’approvisionnement en eau très précoces : le chalet de la Maline (Alpes de Haute Provence) et le refuge des Cortalets (Pyrénées Orientales). Pour ces deux bâtiments, l’accès aux douches et aux toilettes à eau a été limité ce qui a permis de maintenir le gardiennage du bâtiment et les services prioritaires (hygiène gardiens, ravitaillement en eau, restauration).
LA FFCAM (Fédération française des clubs alpins de montagne) EN CHIFFRES
420 clubs et 53 comités territoriaux.
100 000 licences et 42% de femmes.
9 000 bénévoles assurant 18 200 fonctions.
34 collaborateurs, salariés ou cadres techniques sportifs détachés par le ministère chargé des sports.
110 refuges et chalets.
281 000 nuitées dans les refuges et chalets FFCAM.
5,4 millions d’euros d’investissement pour la rénovation du parc hébergements en 2022.
225 000 abonnés à nos réseaux sociaux en 2022 (soit une augmentation de 36%).
12 000 abonnements au magazine La Montagne et Alpinisme (avec un lectorat réel bien plus important).

















