FOOTBALL : 110 ans du Stade BAUER, l’antre mythique du RED STAR
Enceinte sportive et politique habituée aux coups d’éclats.
Laurent-David Samama & Richard Bouigue pour la Fondation Jean-Jaurès
L’antre mythique du Red Star fête ses 110 ans ! Un siècle d’engagement, de coups d’éclats et de coups de sang… Venue assister à un match du Red Star, la ministre des Sports Roxana Maracineanu en a fait, vendredi 13 décembre soir, l’amère expérience. Cette dernière, chahutée par un groupe de supporters, a été contrainte de quitter Bauer aux cris de « Macron démission » et « Tout le monde déteste la ministre ».
Une expérience regrettable, largement éloignée de la ligne d’ouverture défendue par la direction du club audanien. Une étape de plus dans la vie tumultueuse et très politique d’un stade à la sociologie complexe. L’occasion d’un détour historique et d’un point global sur son présent et son avenir…Saint-Ouen, à deux pas des Puces bohèmes et des antiquités bourgeoises du marché Paul Bert Serpette. Dans cet ancien bastion historique de la banlieue rouge, un petit club de football résiste, tant bien que mal, aux coups de boutoir du foot business. Si, contrairement à l’idée reçue, son appellation « Red Star » ne doit rien à au folklore communiste, il se pourrait néanmoins que la formation audanienne témoigne d’une indéniable fibre sociale, ne serait-ce que par les affinités politiques de ses supporters et le projet de son charismatique président, Patrice Haddad. A n’en pas douter, le Red Star constitue en 2019 une survivance. Comme une curiosité charmante, esthétisée, alternative et un brin suranné dans un univers sportif largement standardisé.
Saison après saison, seule contre tous ou presque, l’étoile rouge s’échine. A grands coups de communication rodée et de système D, elle impose son projet humaniste, mettant l’accent sur la formation de citoyens-joueurs avec son « Lab plutôt que sur des pépites monnayées à prix d’or sur le marché des transferts. Il y a là comme un contre-modèle, peut-être même les contours esquissés d’un football qui joue résolument sur son couloir gauche. « On peut assimiler le club à l’image du village d’irréductibles Gaulois des aventures d’Astérix. En venant à Bauer, on affirme un positionnement social, des valeurs de cœur que l’on ne trouve pas, ou plus, ailleurs… » nous explique un supporter. Wilfried Debaise, figure mythique du kop audanien, renchérit : « En termes de jeu, l’équipe n’a jamais été très flamboyante. Mais peu importe ! Ce n’est pas ce qu’on vient chercher en allant au stade. On va à Bauer pour vivre une expérience sportive et humaine ». L’utopie animant les supporters et la direction n’a ainsi rien d’une fiction.
Bien réelle, « l’expérience Red Star » se vit une semaine sur deux dans une enceinte, le stade Bauer (dont la capacité a été réduite à 3 000 places du fait de son délabrement), qui semble toute droit sortie des pages jaunies d’un livre d’histoire. Avec son toit en tôle, ses lignes droites tracées à la serpe et ses poteaux de soutènement qui bouchent parfois la vue des spectateurs, « Bauer », aussi imparfait soit-il, occupe incontestablement une place unique dans le paysage footballistique français. « Vestige » pour les uns, « trésor architectural » pour les autres, le stade de l’Etoile Rouge fête, cette année, ses cent dix années d’activité. Soit plus d’un siècle de ferveur, de buts, de triomphes, de défaites et de renaissances. Bien avant la construction du Parc des Princes, arène futuriste préfigurant la mutation du sport moderne en divertissement, le tout-Paris se ruait extra-muros pour vibrer au gré des exploits des verts et blancs. Plus d’un siècle plus tard, la même passion anime les supporters du Red Star. Reste la question épineuse du devenir d’un stade qui a tout vécu, jusqu’à la détérioration…

















