CYCLISME : Tour de France 2026 – Trois Français dans le Top 10, zéro victoire… et un prodige nommé Seixas
Le Tour de France 2026 s’est achevé dans un parfum étrange, mélange de satisfaction statistique et de frustration sportive.
Paris a vu triompher Mathieu van der Poel, impérial dans un final raccourci pour cause de mobilisation policière en Gironde. Une victoire au panache, arrachée dans un mano a mano avec Tadej Pogacar avant que le peloton ne revienne comme une vague mal contrôlée. Le Néerlandais a levé les bras, Pogacar a conservé le Maillot Jaune, et la France… a compté ses miettes. Car oui, trois Français dans le Top 10 :
Paul Seixas 4e, Lenny Martinez 5e, Jordan Jegat 10e. Sur le papier, c’est un frémissement, un signe que le cyclisme tricolore n’est pas mort. Mais aucune victoire d’étape. Pas une. Pas même un baroud, un exploit isolé, une échappée héroïque pour sauver l’honneur. Rien. Le désert. La troisième fois seulement en un siècle que la France termine son propre Tour sans lever les bras.
Et cette fois, pas d’excuse Festina, pas de peloton dopé jusqu’aux yeux pour justifier la disette :
Juste un manque de moyens, de densité, de puissance. Le contraste est violent avec la machine UAE Team Emirates – XRG, qui repart avec six victoires d’étapes, un Tour maîtrisé de bout en bout et 832 750 € de primes. Pogacar, lui, a signé un tour parfait : cinq victoires, deux records d’ascension, une domination clinique. Le Slovène a tenu la course comme un marionnettiste, offrant même une victoire à Isaac del Toro avant de le propulser sur le podium. Une démonstration qui laisse les Français dans le rôle des spectateurs appliqués. Et pourtant, au milieu de ce paysage déséquilibré, une lumière :
Paul Seixas, 19 ans, 4e du général. Du jamais vu depuis 1937. Le gamin a tenu la dragée haute aux cadors, porté le Maillot Blanc, multiplié les Top 10. Une maturité glaciale, un coup de pédale qui claque, une présence qui dérange déjà les hiérarchies. Le cyclisme français tient enfin un prodige, un vrai, pas un espoir médiatique monté en mayonnaise. Reste à savoir si les équipes hexagonales auront les moyens de l’accompagner. Mais l’euphorie naissante a été douchée par un autre parfum, plus âcre :
Les suspicions de dopage. Le chrono de l’Alpe d’Huez, où Pogacar a explosé le record de Pantani – pourtant reconnu dopé – a réveillé les vieux démons. Les comparaisons, les murmures, les sourcils levés. Le cyclisme n’en finit jamais de courir après sa crédibilité, et chaque performance hors norme rallume les braises. Les équipes jurent leur transparence, les fans veulent y croire, mais l’ombre plane toujours. Alors, que reste-t-il de ce Tour 2026 ? Une France qui progresse sans gagner, un prodige qui émerge, un peloton mondialisé où les budgets dictent les podiums, et une suspicion qui colle aux roues comme un goudron mal séché. Le cyclisme tricolore avance, mais à petits braquets.
Pour retrouver la victoire, il faudra plus que du courage :
Il faudra des moyens, de l’audace, et peut-être un peu de chance. Seixas pourrait être ce souffle nouveau.
À condition que la France sache le garder.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME (Presse Agence Sports), envoyé spécial à Paris.
















