AUTOMOBILE : Patrick BURK : « Clôturer un chapitre mémorable à Molsheim »
Alors que le développement du Tourbillon se poursuit et que Bugatti entre dans une nouvelle ère, le premier employé de Molsheim, celui qui était là dès le retour de Bugatti à Molsheim, a quitté l’entreprise.
Patrick Burk était présent dès les débuts et y est resté fidèle depuis : à travers la reconstruction du site de Molsheim, la construction de l’Atelier, la naissance de la Veyron, les années Chiron et la gestion d’un château devenu, à tous égards, sa maison. Aujourd’hui, à l’aube d’un nouveau chapitre de sa vie, Burk se remémore son parcours.
Lorsque Bugatti revint en Alsace à l’aube du millénaire, la marque se retrouva face à une page blanche. Le château, intact, portait les stigmates du temps, tandis qu’au-delà de ses murs s’étendaient des champs à perte de vue. Il était tel qu’Ettore Bugatti l’avait laissé. Sans véritable équipe, il ne restait que le poids d’une marque légendaire et la tâche de bâtir un édifice digne de ce nom.
Patrick Burk était seul sur place. Ce responsable des installations, originaire de Saverne, avait répondu à une offre d’emploi si discrète qu’elle ne mentionnait ni le nom de l’entreprise ni le lieu. Lorsqu’il arriva pour son entretien et franchit les portes du château, il sut immédiatement que l’endroit était unique en son genre.
Burk vivait sur place, derrière le château et la Remise Nord, veillant sur le domaine de 23 hectares sept jours sur sept. Il devint l’unique interlocuteur de Bugatti avec le monde extérieur, son représentant à Molsheim, le lien humain entre une marque renaissante et sa maison mère, le groupe Volkswagen, à Wolfsburg, en Allemagne. Dès qu’il y avait quelque chose à faire, c’est toujours à Burk qu’on faisait appel.
Karl-Heinz Neumann fut, selon les termes de Burk, son premier président et son mentor. C’est sous sa direction que la Veyron fut conçue, ses prototypes construits et ses premiers essais routiers réalisés.
La confiance entre les deux hommes était directe et personnelle, exprimée de façon mémorable par un simple geste : Neumann a placé le tout premier modèle miniature de la Veyron directement entre les mains de Burk – une pièce unique, offerte en reconnaissance de tout ce qu’il avait fait pour la rendre possible.
On lui a immédiatement accordé la confiance qu’il méritait, et que Burk n’oubliera jamais. « Bugatti était la priorité », explique Burk, responsable des installations chez Bugatti. « 24 heures sur 24, week-ends compris. Le travail ne s’arrêtait jamais. » Ses enfants ont grandi chez Bugatti, leur vie de famille s’articulant autour de ce lieu qui était autant sa maison que sa carrière. « J’ai sacrifié du temps avec ma famille pour la marque », confie-t-il. « Mais j’étais prêt à le faire. J’étais extrêmement fier de travailler pour Bugatti, d’être le premier et le seul sur place, chargé de l’entretien du Château et de la tâche de faire renaître une légende ».
Pendant plus de 25 ans, Patrick a occupé de nombreux postes : chef de chantier, responsable des relations clients et concierge. Lorsqu’on lui demande de citer ses souvenirs les plus marquants, un souvenir lui vient immédiatement à l’esprit : la cérémonie officielle de pose de la première pierre de l’Atelier.
À cette époque, il n’y avait pas grand-chose à présenter, et pourtant, Burk s’est vu confier la tâche ardue d’organiser une cérémonie pour plus de 300 invités afin de marquer le début d’une nouvelle ère pour Bugatti. Cumulant les rôles d’organisateur, d’hôte et de coordinateur de projet, il a supervisé chaque détail de l’événement.
Lorsque Karl-Heinz Neumann arriva accompagné des autorités locales, dont le maire de Dorlisheim, tout était prêt. Ce qui n’était autrefois qu’un champ vide était devenu le théâtre où la renaissance de Bugatti allait officiellement se mettre en marche.
En coulisses, Burk veillait au bon déroulement de chaque événement, visite et célébration. S’appuyant sur son réseau de contacts et de fournisseurs locaux, il œuvrait sans relâche pour créer des expériences dignes du nom Bugatti.
Cet instinct s’est parfaitement révélé lors des célébrations du centenaire de Bugatti. Près de 300 personnes s’étaient rassemblées devant le château : des employés de Molsheim et de Wolfsburg, entourés d’une incroyable exposition de voitures disposées dans le parc. Ce que personne ne savait, c’est que Burk avait secrètement organisé un feu d’artifice de sa propre initiative. À 23 heures, le ciel d’Alsace s’est soudainement illuminé. Une fois le spectacle terminé, les applaudissements ont fusé et se sont prolongés. Les invités se sont frayé un chemin à travers la foule pour trouver l’organisateur.
« J’étais un peu ému », commente-t-il. « C’était une soirée inoubliable, et on m’en parle encore quand je croise des gens. » C’était l’expression parfaite de tout ce que Burk avait toujours apporté à son rôle : une préparation minutieuse, un dévouement aux autres et à la marque.
Au-delà des chantiers, des cérémonies et des festivités, Burk est également devenu l’un des visages emblématiques de Bugatti à Molsheim. Il accueillait les propriétaires et leurs invités à la manière d’un concierge d’hôtel de luxe, veillant à ce qu’ils découvrent non seulement les voitures, mais aussi l’âme du lieu.
À leur arrivée, les visiteurs étaient naturellement attirés d’abord par les voitures. Tout le reste, comme le rappelle Burk, « passait au second plan ». Pourtant, en coulisses, il contribuait à façonner l’atmosphère de chaque visite.
Au fil des ans, il accueillait personnellement les clients à l’aéroport, leur faisait visiter le domaine et la ville de Molsheim, et partageait avec eux l’histoire et les anecdotes accumulées pendant plus de dix ans au service de la marque. Des liens se sont tissés lors de ces rencontres. « J’ai vécu plusieurs vies chez Bugatti », confie-t-il. « J’y ai rencontré des gens formidables. Les clients de Bugatti sont des êtres humains qui apprécient les moments simples. J’ai toujours fait en sorte qu’ils se sentent comme chez eux à Molsheim. »
Alors que le Tourbillon entre en production et que Bugatti entame un nouveau chapitre de son histoire, Burk laisse derrière lui plus de vingt ans de souvenirs intimement liés à la vie du Château et à l’histoire de la marque. Il était là lorsque Bugatti est revenu à Molsheim, lorsque l’Atelier a surgi de champs déserts et lorsqu’une nouvelle ère a commencé à se dessiner.
« J’ai passé un séjour merveilleux », ajoute-t-il. « J’ai vu de magnifiques choses, rencontré de nombreuses personnes et consacré beaucoup de temps et d’énergie à Bugatti. En retour, je me suis toujours senti comme chez moi au château. »
Patrick Burk entame désormais un nouveau chapitre de sa vie en Corse, où il profitera de moments précieux avec sa femme, ses enfants et ses petits-enfants.

















