VOILE : Martin Keruzoré, reporter embarqué sur Sodebo Ultim 3
Pour cette Brest Atlantiques, ils ne seront pas deux sur Sodebo Ultim 3, mais trois.
Thomas Coville et Jean-Luc Nélias seront accompagnés par Martin Keruzoré, le reporter embarqué. A tout juste 30 ans, il fait déjà partie des meilleurs et des plus expérimentés dans son domaine. Médiaman sur la dernière Volvo Ocean Race – le tour du monde en équipage avec escales – il a parcouru plus de 45 000 milles autour du globe en 18 mois (soit plus de 83 000 km). Pendant les 25 à 30 jours de course à bord de Sodebo Ultim 3, le rôle de Martin sera de témoigner et de raconter la course de l’intérieur en images. Portrait de l’intéressé qui s’élancera de Brest le 3 novembre…
Des débuts iodés
Martin Keruzoré découvre la voile dès son plus jeune âge. « J’ai tiré mes premiers bords avec Pierre Le Coq (futur champion du monde et médaillé olympique en planche à voile) car nos parents respectifs régataient beaucoup en planche », raconte ce Breton pur souche. Rares sont les week-ends et les vacances où il n’est pas sur l’eau, soit à surfer dans les vagues, soit sur le catamaran familial.
Vocation et transmission
Son père Jean-René surnommé dans le milieu « Kéru », pionnier de la vidéo embarquée, tourne sur tous les voiliers de course et avec les grands skippeurs. « Initialement, je voulais devenir architecte naval ou ingénieur, et si parfois je faisais la petite main pour mon père je ne m’intéressais pas plus que ça à son métier. » Pourtant, Bac scientifique en poche, Martin intègre l’ESRA à Rennes qui forme au cinéma et à l’audiovisuel. « Avec deux copains, nous avons commencé à tourner en mer de nuit, au grand dam du directeur qui trouvait que nous étions un peu trop casse-cou… ». Diplôme en poche, il travaille dans le cinéma à Paris, fait des piges comme mannequin, et commence à proposer des clips qu’il réalise à bord de voiliers de régate.
La Volvo Ocean Race, premier tour du monde en équipage.
« Je ne compte pas les heures que j’ai pu passer à regarder en boucle les images envoyées par les reporters embarqués durant l’édition remportée par Groupama IV en 2012, et sur lequel officiait Thomas Coville comme chef de quart. Ça a été une véritable révélation pour moi ! » Après s’être fait la main à bord des bateaux du Vendée Globe, Martin postule comme OBR (On board Reporter). Il est logiquement sélectionné et embarque notamment sur le voilier franco-chinois Dongfeng, vainqueur de l’épreuve et skippé par Charles Caudrelier. « J’en garde un souvenir fabuleux ! J’ai été confronté à un cadre nouveau et un environnement parfois hostile. J’ai vécu des moments inoubliables, et j’ai beaucoup mûri. » Humble, Martin oublie de dire que sa discrétion, son œil et sens créatif ont fait l’unanimité et pas seulement à bord.
Brest Atlantiques, la première course sur un trimaran de 32 mètres de long par 23 mètres de large.
C’est par hasard qu’il découvre sur Instagram que la Brest Atlantiques se disputera avec un mediaman. « J’ai alors contacté le team Sodebo pour proposer ma candidature. Thomas Coville m’a très vite rappelé, et j’ai été accueilli comme dans ma propre famille. Sodebo Ultim 3 est un engin extraordinaire, mais quand tu vas à 45 nœuds (plus de 80 km/h), c’est une main pour la caméra et une pour le bateau. Je me suis préparé physiquement en effectuant beaucoup de sport et notamment du gainage, car la vie à bord est violente ! Tu ne peux pas sortir n’importe quand sur le pont. Les conditions peuvent vite devenir extrêmes, il faut s’adapter tout en essayant de garder de la créativité. »
La course en bonne compagnie.
« J’ai une confiance aveugle en Thomas et Jean-Luc. Ce sont de grands marins. Mon appréhension, c’est de naviguer aussi longtemps, ce qui ne m’est jamais arrivé. Je vais aussi me retrouver seul avec un « couple », devoir raconter la course sans les perturber tout en vivant dans un endroit confiné sans guère d’intimité. C’est un vrai challenge, mais j’ai hâte d’y être ! »
Chaque jour, Martin devra envoyer à terre cinq photos, deux minutes de vidéo, des podcasts et des interviews de Thomas et Jean-Luc. Il pourra aussi faire le récit de la course si les conditions lui permettent de taper sur son clavier d’ordinateur. Et puis dans le cadre des règles imposées par la course, il pourra aider l’équipage de Sodebo Ultim 3 pour la cuisine mais sans jamais intervenir dans les manœuvres, ni agir pour la performance du bateau.
« Un Ultim va deux fois plus vite qu’un bateau de la Volvo et on doit s’adapter quand tu marches entre 30 et 40 nœuds – soit environ 80 km/h. Il y a des moments où je n’arrive même pas à voir l’écran ou taper sur le clavier. »
« Je pars avec deux boitiers dont un plus spécialisé pour la vidéo, trois objectifs à grande ouverture pour filmer la nuit, un caisson étanche, deux drones et un ordinateur portable. L’ensemble pèse entre 25 et 30 kilos. On peut faire décoller le drone quand on marche à 35 nœuds. Le décollage est relativement simple. En revanche, l’atterrissage en course sans que le bateau ralentisse, c’est une autre paire de manches. Thomas ou Jean-Luc portant casque et gants m’aide à le réceptionner.»
Un matériel de pro
Le regard de Thomas Coville : « Pour accepter de naviguer en Ultim, il ne faut pas avoir froid aux yeux. Martin a l’enthousiasme de cette nouvelle génération qui m’inspire tellement. Comme il est jeune, il s’adapte et s’intègre facilement. Ce garçon a des compétences uniques et une forte personnalité. Il a un caractère espiègle, de l’humour et pas d’état d’âme. Il va être un des éléments clés de cette course. On attend de lui un regard neuf, style poil à gratter. Il va faire partie de notre intimité. Mais attention, ce n’est pas le loft ! »
Le regard de Jean-Luc Nélias : « La relation à deux en course sur ces bateaux, c’est déjà compliqué et très spécial. Quand tu ajoutes une personne dans un espace confiné, ça devient une course à trois. C’est une nouvelle règle de course. On ne sait pas comment ça va se passer, mais il y aura forcément une incidence et un impact sur notre fonctionnement. Son rôle sera de témoigner de notre activité de coureurs au large et de faire de belles images. »


















