VOILE : Élodie BONAFOUS poursuit son ascension vers le Grand Nord sur Association Petits Princes – Quéguiner
Plus les milles défilent, plus Élodie Bonafous confirme sa capacité à performer dans tous les registres.
Après plus de deux jours de course, la skipper d’Association Petits Princes – Quéguiner signe un début de Vendée Arctique particulièrement solide. Deuxième du classement, à une cinquantaine de milles de Sam Goodchild, la Finistérienne poursuit son ascension vers les hautes latitudes. Au large de Lewis et Harris, dans l’archipel des Hébrides extérieures écossaises, elle se rapproche désormais du cercle polaire arctique, qu’elle devrait franchir la nuit prochaine ou très tôt demain matin avant d’amorcer le long chemin du retour vers Les Sables d’Olonne.
Pour en arriver là, la navigatrice a dû traverser une séquence particulièrement exigeante. Pendant plus de vingt-quatre heures, elle – et les autres – ont composé avec une mer formée et un vent soutenu qui ont transformé la vie à bord en véritable parcours d’obstacles.
« Le vent fort et la mer, c’était compliqué. Mais c’est surtout le cumul des deux qui rendait les choses difficiles », a-t-elle raconté. « À bord, tout bougeait, tout tapait. Les déplacements étaient délicats. À chaque gros choc, il fallait faire attention à ne pas se blesser. Tout ce qui n’était pas parfaitement rangé valdinguait dans le bateau. Tu passais ton temps à ramper pour récupérer tes affaires. C’était usant, physiquement et mentalement ».
Des conditions inconfortables que la Bretonne a pourtant traversées avec une remarquable maîtrise. « Je suis plutôt contente de ce que j’ai donné pendant cette phase-là. J’aime bien le vent fort. Le bateau allait vite et on était sur de belles performances. Cela m’a permis de creuser un peu l’écart avec le groupe derrière ». Une séquence qui a une nouvelle fois confirmé la capacité d’Élodie à maintenir un niveau de performance élevé lorsque les conditions deviennent engagées.
Depuis quelques heures, le décor a radicalement changé. La mer s’est rangée, le vent a molli et les IMOCA glissent désormais dans des conditions beaucoup plus maniables. Un changement accueilli avec un certain soulagement. « On navigue dans 13 nœuds de vent et le bateau glisse avec une douceur incroyable. » Après les chocs, les vibrations et les déplacements en équilibre permanent, l’heure est à la récupération. « Cela permet enfin de dormir et de récupérer des points de vie », a-t-elle commenté. Une image qui résume parfaitement l’état d’esprit du moment. Les organismes reprennent des couleurs, les siestes deviennent plus réparatrices et les marins peuvent enfin souffler un peu. Mais si les corps récupèrent, les cerveaux, eux, continuent de tourner à plein régime.
Car à l’approche du cercle polaire, la dimension stratégique de la course prend chaque heure davantage d’importance. Derrière la simple obligation d’atteindre 66° Nord se cache déjà toute la complexité du retour. « L’option à l’ouest de l’Islande appartient désormais au passé », a analysé Élodie. « Les zones de protection des baleines ont déjà largement orienté nos trajectoires. Désormais, tout dépendra du positionnement d’une petite dépression qui circule près du cercle polaire et du point de passage qu’elle rendra le plus intéressant. » Plusieurs scénarios envisagent actuellement une descente vers l’est de l’Angleterre et la mer du Nord. Une perspective qui ne l’enthousiasme guère. « J’espère que les prochains fichiers météo nous permettront de revenir par une route plus classique à l’ouest de l’Irlande. Mais on est là pour faire au mieux. Si la meilleure option passe ailleurs, on l’acceptera. » La navigatrice garde toutefois ses options ouvertes. « Je me laisse encore une belle marge de manœuvre. J’ai le temps de regarder avant d’y arriver ».
Avant cela, il reste encore un cercle polaire à franchir. Et une deuxième place à défendre. À ce jeu-là, Élodie Bonafous confirme depuis le départ qu’elle possède les qualités des navigatrices capables de regarder devant autant que derrière : rapide lorsque les conditions se durcissent, lucide dans ses choix stratégiques et toujours en mesure d’exploiter pleinement le potentiel de son monocoque de 60 pieds.
À l’approche du Grand Nord, la suite de son aventure s’annonce plus ouverte que jamais.
Pour suivre la progression d’Elodie sur la cartographie, c’est ici.

















