VOILE : Elodie BONAFOUS sur Association Petits Princes – Quéguiner face à l’appel du Grand Nord
Ce dimanche 7 juin à 13h02, Elodie Bonafous prendra le départ de la Vendée Arctique à bord d’Association Petits Princes – Quéguiner.
Cap sur le cercle polaire et la latitude de 66° Nord, au terme d’un parcours aussi ouvert qu’exigeant. Pour la Finistérienne, l’enjeu dépasse largement le simple cadre d’une course : jamais elle n’aura passé autant de temps seule en mer, jamais elle n’aura navigué aussi au nord, jamais elle n’aura disposé d’un terrain de jeu aussi vaste pour explorer les limites de son bateau comme les siennes. Quelques semaines après sa découverte du solitaire en IMOCA à l’occasion de la 1000 Race, elle s’apprête à ouvrir un chapitre entièrement nouveau de son parcours. Une expérience appelée à compter dans la construction de son projet Vendée Globe, dont elle perçoit déjà toute la richesse.
L’inconnu pour horizon Sur le papier, la Vendée Arctique a de quoi faire rêver. Ou impressionner. « Franchement, c’est assez fou », sourit Elodie. « Je crois que personne n’est déjà allé aussi au nord en IMOCA. » Le point de retournement de la flotte se situe à 66°33′ Nord, soit plus au nord que la latitude du cap Horn reportée dans l’hémisphère sud. Une donnée qui résume à elle seule le caractère singulier de cette édition. Mais pour la skipper d’Association Petits Princes – Quéguiner, le défi ne se mesure pas seulement en degrés de latitude. « Je n’ai jamais navigué aussi longtemps seule. Le plus long que j’ai fait, c’était cinq ou six jours. Là, on part pour une dizaine de jours. » Après la 1000 Race disputée le mois dernier – sa première expérience en solo en IMOCA – la marche est réelle. Un engagement dans la durée inédit à cette échelle, davantage d’autonomie, des systèmes météo inhabituels et un terrain de jeu où les repères traditionnels risquent rapidement de disparaître. « On part dans un endroit qu’on ne connaît pas. La manière dont la course va se courir, les systèmes météo que l’on va rencontrer… tout ça sort vraiment de l’ordinaire. » Loin de l’intimider, cette perspective nourrit son envie. « C’est une super aventure. Un sacré challenge. Sur le papier, c’est absolument génial. »
Construire ses propres repères Au-delà du résultat brut, Elodie Bonafous voit surtout dans cette Vendée Arctique une formidable occasion de grandir dans sa pratique du solitaire. Habituée à évoluer dans des flottes compactes où chacun observe les trajectoires de ses voisins, elle reconnaît avoir longtemps bâti sa réflexion en se comparant aux autres concurrents. « Je suis très formatée Figaro Beneteau. On passe son temps à regarder ce que font les adversaires. » Cette fois, le scénario promet d’être différent. Avec seulement neuf IMOCA engagés et une grande liberté stratégique, chacun devrait rapidement se retrouver seul face à ses choix. « Chaque marin va vraiment faire sa route. » Une configuration qui l’obligera à s’appuyer sur son propre jugement. « Je pense que c’est un excellent moyen de me conforter dans mes options et d’oser davantage m’appuyer sur mes propres convictions. Lorsque tu débutes dans une classe, c’est toujours rassurant d’aller chercher un point de comparaison quand tu as un doute. Là, il faudra surtout savoir pourquoi on fait les choses et assumer ses décisions jusqu’au bout. » Cette dimension compte presque autant que la performance sportive. « Si je suis capable de gérer mon bateau pendant toute la durée de l’épreuve, dans des conditions parfois compliquées, tout en restant lucide sur mes choix, ce sera déjà un énorme pas en avant. »
Un laboratoire grandeur nature
S’il y a une expression qui revient régulièrement dans la bouche d’Elodie, c’est celle de « validation ». Validation du bateau. Des procédures. Des réglages. Et aussi de sa capacité à gérer seule un IMOCA pendant une longue période. « Quand cette course sera terminée, on aura validé un sacré nombre de points. » Depuis plusieurs semaines, toute l’équipe travaille dans cet état d’esprit. Optimisation du bateau, réflexion sur les performances, préparation aux réparations éventuelles : rien n’a été laissé de côté. « J’ai découvert plein de petits réglages que je n’utilisais pas forcément en début de saison. Et ce genre de course permet justement de prendre le temps de tester, comparer, comprendre. C’est souvent en course qu’on apprend le plus sur son bateau. » La préparation a même pris une dimension très concrète. Formation à la plongée, tests de combinaisons adaptées aux eaux froides, exercices sous la coque jusqu’au bulbe, révision des procédures de montée en tête de mât : chaque scénario susceptible de survenir loin de toute assistance a été passé en revue.
« L’objectif, c’était de savoir réagir seule dans le plus de situations possibles », résume la Bretonne. Une démarche qui en dit long sur l’importance qu’elle accorde à ce rendez-vous. « Je pense sincèrement que c’est l’une des courses les plus intéressantes que l’on puisse faire dans la perspective d’un Vendée Globe. » Mais avant de penser à demain, il y a d’abord ce Grand Nord à apprivoiser. « Je sens qu’on va vivre des trucs incroyables. Même les moments difficiles feront partie de ces histoires qu’on aura envie de raconter en rentrant. Dans ces situations, j’aurai une pensée pour les enfants malades suivis par l’Association Petits Princes et leur courage face aux épreuves ».
Dans quelques jours, le cercle polaire ne sera plus un point sur une carte. Pour Elodie Bonafous, il deviendra une étape supplémentaire sur le long chemin qui mène vers le Vendée Globe.
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