FOOTBALL : Coupe du monde 2026 – Un modèle à l’épreuve des contraintes énergétiques et climatiques
Le principal impact climatique des grandes compétitions : le transport des spectateurs.
Lors des grandes compétitions internationales, le transport des spectateurs représente plus de 80 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre, constat documenté dans notre rapport « Décarbonons le sport » publié en 2025. Cette part prépondérante s’explique par trois facteurs : le recours massif à l’avion, mode de transport dépendant du pétrole ; les longues distances parcourues ; et les millions de personnes qui se déplacent, les spectateurs concentrant la majorité des émissions.
Or, le modèle retenu pour la Coupe du monde 2026 risque d’accentuer fortement ces émissions par rapport aux éditions précédentes. La compétition passera de 32 à 48 équipes, augmentant mécaniquement le nombre de matchs et de déplacements. Elle sera organisée dans trois pays, avec parfois plusieurs milliers de kilomètres séparant les villes hôtes. Cette configuration va entraîner un recours accru à l’avion pour les équipes, les médias, les organisateurs et surtout, les supporters.
Une étude britannique a ainsi estimé l’empreinte carbone de l’événement à près de 9 millions de tonnes de CO₂e, soit quatre fois les émissions de gaz à effet de serre des Jeux olympiques de Paris 2024 et près de deux fois celles de la Coupe du monde 2022.
Cette dynamique pourrait se poursuivre lors de l’édition 2030. L’augmentation du nombre d’équipes participantes, combinée à une organisation répartie entre plusieurs continents, risque d’accroître encore les distances parcourues et la dépendance du football international au transport aérien.
Un enjeu qui concerne l’avenir du football lui-même
Au-delà de son impact climatique, cette trajectoire interroge la résilience du modèle économique du football. En reposant toujours davantage sur des déplacements aériens de longue distance, le sport se rend structurellement dépendant d’une ressource : le pétrole. Or, l’accès à cette ressource est soumis à des tensions croissantes, qu’elles soient géopolitiques, économiques ou liées à sa disponibilité. En multipliant les déplacements, ces modèles accroissent à la fois la vulnérabilité économique du football aux fluctuations du prix du pétrole, et le coût supporté par les supporters souhaitant assister aux matchs.
Par ailleurs, le football est déjà exposé aux conséquences du changement climatique. Hausse des températures, vagues de chaleur, sécheresses ou événements météorologiques extrêmes perturbent déjà l’organisation des compétitions et les conditions de pratique. La littérature scientifique montre qu’un réchauffement de quelques degrés pourrait entraîner une réduction significative des périodes favorables à la pratique du sport. L’épisode de chaleur observé lors de Roland-Garros en plein mois de mai montre que les effets du changement climatique impactent déjà le sport professionnel comme amateur.

Des solutions existent
S’il va falloir repenser à terme le format des événements internationaux, notre rapport « Décarbonons le Sport » montre que l’essentiel des leviers permettant de renforcer la résilience du sport face aux chocs climatiques et énergétiques se joue au niveau local et national.
Les principaux leviers sont connus : développement des mobilités actives et des transports collectifs, électrification des véhicules, limitation du recours à l’avion lorsque des alternatives existent, rénovation énergétique des équipements sportifs, allongement de la durée de vie du matériel, recours accru au réemploi et à la réparation, ou encore évolution de l’offre alimentaire proposée lors des événements.
Notre consultation menée en 2025 avec les Shifters auprès de 12 000 répondants montre d’ailleurs que neuf responsables de clubs sur dix souhaitent agir, mais attendent un accompagnement des fédérations, des collectivités et de l’État.
À plus long terme, les instances internationales devront interroger la dépendance structurelle de leurs compétitions au transport aérien et au pétrole. Les perspectives d’une généralisation d’avions bas-carbone restent très incertaines. L’organisation géographique des compétitions et les distances parcourues par les spectateurs constituent donc un enjeu central pour la soutenabilité et l’accessibilité des événements internationaux au XXIᵉ siècle. Parce que nous sommes profondément attachés à ces compétitions, la question n’est pas de savoir s’il faut les conserver, mais comment les faire évoluer dans un monde soumis à des contraintes climatiques et énergétiques croissantes.
















