MONTAGNE : Guillaume PELLET BOURGEOIS : « La qualité d’une décision dépend de notre état physiologique »
Une étude scientifique menée par un spécialiste en neurosciences révèle que l’intelligence émotionnelle et le rythme cardiaque sont clés pour décider sous pression.
La prise de décision en situation de crise ou d’incertitude ne relève pas uniquement des compétences techniques ou de l’expérience accumulée. Selon une étude scientifique internationale publiée dans la revue *Psychology of Sport and Exercise*, des facteurs physiologiques et émotionnels jouent un rôle tout aussi crucial. Menée par Guillaume Pellet-Bourgeois, chercheur en neuropsychologie et neurosciences cliniques, cette recherche bouscule les approches traditionnelles du management et du leadership en démontrant le lien direct entre le cœur, les émotions et la pertinence de nos choix.
D’un drame personnel à une quête scientifique
L’origine de cette recherche est profondément personnelle. En 2010, Guillaume Pellet-Bourgeois a été confronté à la perte de son mentor, un guide de haute montagne chevronné, emporté par une avalanche. Ce drame a servi de détonateur à une interrogation fondamentale : comment des experts, au sommet de leur art, peuvent-ils commettre des erreurs fatales ? Pour trouver des réponses, il a délaissé une carrière d’alpiniste pour se plonger dans les neurosciences, avec l’objectif de décrypter le « facteur humain » dans les décisions prises sous haute tension. Ce parcours l’a conduit à se spécialiser dans la psychophysiologie des émotions pour comprendre les mécanismes intimes qui régissent nos actions face au risque.
Le profil psychophysiologique au cœur de la décision
L’étude, publiée en août 2025 et menée auprès de 70 pratiquants de sports de montagne, met en lumière un concept central : le « profil psychophysiologique ». Celui-ci combine deux dimensions interdépendantes : d’une part, l’intelligence émotionnelle, c’est-à-dire la capacité à percevoir, comprendre et gérer ses propres émotions ; d’autre part, l’état physiologique de base du système nerveux, mesuré par la variabilité de la fréquence cardiaque au repos. Les résultats sont sans appel : sous la pression d’un danger potentiel, comme le risque d’avalanche, la qualité de la décision repose sur une interaction fine entre le cerveau et le cœur. Un individu doté d’une bonne régulation émotionnelle et d’une variabilité cardiaque saine est mieux à même d’ajuster son comportement et de faire des choix plus sûrs.
Le paradoxe de l’expert : quand l’expérience devient un piège
L’un des enseignements les plus contre-intuitifs de l’étude est le paradoxe de l’expertise. Loin d’être une garantie absolue de sécurité, une grande expérience peut, dans certains cas, augmenter la prise de risque. Le chercheur explique que la mémoire émotionnelle des succès passés peut créer un biais de perception, amenant l’expert à sous-estimer un danger présent. La compétence technique seule ne suffit donc pas. L’étude quantifie d’ailleurs précisément l’apport du facteur humain : la prise en compte du profil psychophysiologique améliore la prédiction de la gestion du risque de 11,8 % par rapport aux seuls critères de l’âge et de l’expérience.
Du sommet des montagnes au pilotage des entreprises
Si l’étude a été menée dans le contexte exigeant de la montagne, ses conclusions sont directement transposables au monde de l’entreprise. Le management, le leadership, la gestion de crise ou encore les processus d’innovation sont autant de domaines où les décisions se prennent dans des environnements complexes et incertains. La recherche de Guillaume Pellet-Bourgeois invite ainsi à repenser les programmes de formation des décideurs. Elle souligne la nécessité d’intégrer le développement de l’intelligence émotionnelle et des techniques de régulation physiologique pour renforcer la capacité à décider de manière juste et éclairée. Fort de ces résultats, il accompagne désormais dirigeants et athlètes de haut niveau pour les aider à optimiser leurs capacités cognitives sous pression.

















