AUTOMOBILE : Sécurité routière – Une innovation française pour dépister le gaz hilarant au volant
L’entreprise aixoise Olythe dévoile à EnforceTac une solution inédite pour détecter le protoxyde d’azote dans l’air expiré des conducteurs.
C’est une avancée majeure dans la lutte contre l’insécurité routière. Alors que la consommation détournée de protoxyde d’azote, surnommé « gaz hilarant », explose en Europe, les forces de l’ordre se heurtaient jusqu’ici à un obstacle technique de taille : l’absence d’outil de dépistage rapide et fiable. Olythe, spécialiste de l’analyse de l’air expiré basé à Aix-en-Provence, apporte une réponse concrète avec son nouveau dispositif, l’OCIN2O.
Cet appareil sera présenté officiellement lors du salon EnforceTac, qui se tiendra du 23 au 25 février 2026 à Nuremberg (Allemagne). Contrairement aux méthodes sanguines complexes, ce détecteur fonctionne sur le principe de l’éthylotest. Grâce à une technologie infrarouge non dispersive (NDIR), il repère les traces de gaz hilarant dans l’haleine jusqu’à cinq heures après l’inhalation. « Le protoxyde d’azote étant rapidement éliminé par l’organisme, sa détection reste difficile. OCIN2O propose une approche non invasive, basée sur l’analyse de l’air expiré », explique Guillaume Nesa, fondateur et CEO d’Olythe.
Une explosion des comportements à risque
L’arrivée de ce dispositif répond à une urgence sanitaire et sécuritaire. En Allemagne, les incidents liés à cette substance ont quadruplé en deux ans. En France, le bilan est tout aussi sombre. L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) recense 3 260 morts sur les routes en 2025, une hausse de 2,1 % par rapport à l’année précédente, pointant directement la responsabilité du protoxyde d’azote dans cette détérioration. Aux Pays-Bas, les décès routiers liés à ce gaz ont bondi de 80 % entre 2019 et 2021.
L’effrayante réalité de la conduite sous influence
La dangerosité du produit est corroborée par une étude édifiante menée fin 2025 par l’association « 40 millions d’automobilistes » (https://www.40millionsdautomobilistes.com/protoxyde-d-azote-au-volant-les-risques-de-la-conduite-sous-gaz-hilarant). L’expérience, réalisée sur simulateur de conduite, met en lumière l’incompatibilité totale entre la prise de ce gaz et la conduite.
Les résultats observés sur les participants, nommés Jade et Pierre pour l’exercice, illustrent concrètement la perte de contrôle. Lors d’exercices de maintien de trajectoire, Jade est passée de 3 à 18 quilles renversées en ligne droite, soit une augmentation des erreurs de 500 %. Pierre, dont la conduite était initialement parfaite sans aucune quille renversée, en a renversé 7 en ligne droite et 13 en courbe après inhalation.
Plus inquiétant encore, l’étude révèle un effondrement des temps de réaction, qui doublent ou triplent sous influence. À 50 km/h, chaque seconde de perdue équivaut à 15 mètres parcourus sans freinage. La conclusion de l’expérience est sans appel : alors qu’aucun accident n’avait été recensé à l’état normal, les deux conducteurs ont provoqué trois accidents chacun sous l’emprise du gaz, avec des vitesses d’impact allant jusqu’à 68 km/h.
Vers une généralisation des contrôles
Face à ce constat, la technologie développée par Olythe (https://www.olythe.io/) pourrait changer la donne législative et policière. Le dispositif a déjà été testé avec succès par des agences de maintien de l’ordre en Belgique et au Danemark. « Nous espérons que la disponibilité d’OCIN2O incitera les pays à renforcer leur législation en matière de sécurité routière et à réduire les accidents liés à l’usage de protoxyde d’azote », souligne Guillaume Nesa.
Fondée en 2013, la société Olythe conçoit et fabrique ses capteurs en France. Elle entend désormais équiper les polices européennes pour endiguer ce phénomène qui, banaliosé par son image festive, s’avère meurtrier sur le bitume.


















