AUTOMOBILE : Sécurité routière – Un think tank plaide pour une Organisation Internationale de la Route
L’International Road Institute propose la création d’une agence mondiale pour la route afin de réduire la mortalité et la pollution.
Chaque année, plus d’un million de personnes perdent la vie sur les routes du monde et entre 20 et 50 millions sont blessées. Le transport routier est également responsable de 17 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Face à ce bilan alarmant, l’International Road Institute (IRI), un think tank à but non lucratif, a publié en janvier 2026 un ouvrage plaidant pour la création d’une Organisation Internationale de la Route (IRO). L’objectif est de doter ce secteur, vital pour l’économie mondiale, d’une structure de gouvernance intergouvernementale, à l’instar de ce qui existe pour les transports aérien, maritime et ferroviaire.
Un constat alarmant et un vide institutionnel
Selon l’analyse de l’IRI, la cause profonde des défis persistants du secteur routier réside dans l’absence d’une organisation mondiale dédiée. Alors que l’aviation est régulée par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) et le transport maritime par l’Organisation Maritime Internationale (OMI), le transport routier, qui assure le déplacement quotidien de milliards de personnes et de la majorité des marchandises, reste un domaine fragmenté au niveau international.
« Il est inexcusable que, parmi tous les modes de transport, le secteur routier soit le seul laissé pour compte en matière de soutien international par une organisation intergouvernementale dédiée », souligne le rapport de l’IRI. Cette lacune freine l’harmonisation des réglementations, la diffusion des meilleures pratiques et la mise en place de stratégies coordonnées pour améliorer la sécurité et la durabilité environnementale.
Une feuille de route pour la création de l’IRO
Le nouvel ouvrage, intitulé *The International Road Organization (IRO)©*, se présente comme un outil complet destiné aux décideurs politiques. Il vient compléter une étude fondatrice publiée en 2016 par la Commission Économique et Sociale des Nations Unies pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), qui avait déjà conclu à la nécessité urgente de créer une telle agence. L’étude de 2016, intitulée *Making the Road Sector a Key Vehicle for Sustainable Development*, est accessible publiquement (https://www.unescap.org/sites/default/files/Study%20report%20on%20making%20the%20road%20sector%20a%20key%20vehicle%20for%20sustainable%20development.pdf).
Le livre de 2026 détaille les différentes approches viables pour établir l’IRO, en s’inspirant des processus de création d’autres agences spécialisées des Nations Unies. L’International Road Institute, composé d’experts techniques, juridiques et managériaux, met à disposition une copie gratuite de cette publication sur simple demande par courriel à info@irird.org.
Des tentatives passées et des appels renouvelés
L’idée d’une IRO n’est pas nouvelle. Depuis deux décennies, des appels en ce sens se font entendre dans de nombreuses conférences internationales, de Genève à Bangkok. Le rapport de l’IRI rappelle que des alternatives ont été explorées sans succès. La Commission Économique pour l’Europe des Nations Unies (CEE-ONU) a tenté d’élargir le rôle de son comité des transports intérieurs, mais cette initiative n’a pas permis de créer le cadre mondial, doté des ressources et des fonctions nécessaires.
Plus récemment, en octobre 2023, la Turquie a formellement proposé à un groupe de travail de la CEE-ONU de lancer une initiative pour établir l’IRO, en collaboration avec la CESAP et d’autres organisations pertinentes, comme en témoigne un document officiel (https://unece.org/sites/default/files/2023-10/Informal%20document%20SC.1%20%282023%29%20No10e-.pdf).
Un rôle complémentaire aux organisations existantes
Le rapport insiste sur le fait que l’IRO ne viserait pas à remplacer les acteurs existants, mais à combler un vide. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), par exemple, joue un rôle de coordination essentiel sur les questions de sécurité routière depuis 2004, notamment en sensibilisant et en mobilisant le soutien politique. Cependant, son mandat se concentre sur les aspects sanitaires.
Une IRO aurait des compétences plus larges, couvrant les cadres réglementaires, les normes techniques pour les véhicules et les infrastructures, la facilitation du transport international, les systèmes de transport intelligents et la transition vers une mobilité durable. Elle fournirait une plateforme de coopération technique et de renforcement des capacités pour tous les États membres, avec pour ambition de sauver des millions de vies et de contribuer significativement aux objectifs de développement durable.


















