EQUITATION : Jumping International de Bordeaux – Première journée à Bordeaux, le sport s’installe, Bosty se confie
À un âge où beaucoup se battent pour leur retraite, Roger-Yves Bost, notre Bosty national, lui, continue de se battre pour garder un premier rôle au plus haut niveau du saut d’obstacles mondial.
Quarante-quatre ans (176 trimestres !) de carrière internationale, des générations de chevaux formés et aimés, des victoires sur les plus grandes pistes du monde, des médailles, beaucoup en or, olympique, mondiale et européenne, vainqueur des plus prestigieux Grands Prix et… Chevalier de la Légion d’honneur après la médaille d’or de Rio : une légende vivante du sport français.
Et pourtant, ce qui frappe toujours chez Bosty, c’est sa simplicité, son accessibilité, sa gentillesse avec les hommes comme avec les chevaux. À Bordeaux, où il a écrit quelques-unes des plus belles pages de sa carrière, il arrive aujourd’hui en forme… et ambitieux.
ROGER-YVES BOST : LA PASSION COMME MOTEUR
44 ans après vos premiers succès internationaux, 36 ans après votre première victoire ici à Bordeaux avec Norton de Rhuys, vous êtes toujours là… et vous arrivez même avec une victoire dans le Grand Prix 5* de Hong Kong dimanche dernier. Qu’est-ce qui vous anime encore aujourd’hui ?
RYB : C’est avant tout la passion des chevaux. Le plaisir de reconstruire des chevaux, de les faire progresser, de continuer à venir à la rencontre du public, notamment ici à Bordeaux, et de prendre du plaisir en concours. Tant que j’ai de bons chevaux et cette envie intacte, je continue.
Comment expliquez-vous cette extraordinaire longévité ? Comment entretenez-vous cette envie ?
RYB : En montant à cheval, en allant en concours et en étant au contact des miens. La passion pour mes chevaux est cruciale ici. J’observe comment ils sont, comment ils se comportent et quand ils sont vraiment en forme, et là, je sais quand je peux avoir des résultats. Ma famille m’aide beaucoup également. Quand j’ai des petits coups de mou – rassurez-vous, ce n’est pas souvent – , ils sont là, ils me poussent. Cela m’aide à rester jeune. Et aussi, aujourd’hui, avec les réseaux, je suis en contact permanent avec des cavaliers entre 25 et 40 ans. On se parle beaucoup en concours. J’ai cette envie d’être avec eux, mais surtout avec mes chevaux. Et puis… je ne sais rien faire d’autre (rires).
Un mode de vie sain, indispensable à la longévité
Comment vous entretenez-vous physiquement aujourd’hui, après tant d’années au plus haut niveau ?
RYB : J’ai un coach pour l’entretien physique. Je fais un peu de Pilates, du gainage, je cours un peu. Et surtout, je monte au minimum six chevaux par jour. Je ne bois pas, je ne fume pas… Mais la passion des chevaux compense largement ce genre d’addiction. Bon… je suis gourmand, donc je dois faire attention en permanence.
Visez-vous une carrière à la Hugo Simon, premier vainqueur de la Coupe du monde, qui, à 73 ans, remportait son dernier Grand Prix international ?
RYB : Je crois que Michel Robert a fait encore mieux en remportant un Grand Prix 3* à 76 ans. Mais mon objectif, ce n’est pas de durer à tout prix. Tant que je suis dans l’équipe de France et que j’ai des chevaux de ce niveau, je continue. Sinon, je préférerais arrêter.
Pour quoi faire ?
RYB : Coacher, préparer les chevaux, les confier à mes enfants… Peut-être faire les choses autrement. Mais pour l’instant, je suis toujours motivé.
Les chevaux d’une vie
Les sommets… et les regrets
Quel aura été le plus beau moment de votre carrière ?
RYB : Champion olympique, forcément. Rio, en équipe, c’est unique. Et le titre de champion d’Europe à Herning avec Myrtille, un week-end complètement fou. Je n’aurais jamais parié sur cette victoire avant le championnat.
Et quel aura été le moment le plus dur de cette carrière ?
RYB : Les Jeux d’Atlanta en 1996. Nous étions quatrièmes par équipes, et le lendemain mon cheval boitait. Je n’ai pas pu faire l’individuel où j’avais une bonne chance. Quand tu sais que ton cheval en était capable… c’est un vrai regret. Mais le sport est ainsi, il reste une école d’humilité. On perd plus souvent qu’on ne gagne. Quand on gagne, on en profite, parce que ce n’est pas tous les week-ends.
Pendant ces 40 ans de carrière, vous aurez été le cavalier français le plus populaire, chacune de vos entrées en piste soulève un réel enthousiasme, comment expliquez-vous cet amour du public, notamment à Bordeaux d’ailleurs ?
RYB : Je ne sais pas. Je viens chaque année, ici, à Bordeaux, c’est peut-être ça. Les gens savent que quand je rentre en piste, il va se passer quelque chose. Je me bats toujours pour faire le mieux possible, et je reste le même. Je ne change pas.
Quel(s) conseil(s) vous voudriez donner à un cavalier qui débute sa carrière internationale ?
RYB : Il faut y croire, croire en ses rêves, mais surtout faire attention à ses chevaux. S’ils sont bien choyés et se sentent bien, à la fin il y a des résultats. Il faut travailler, rester passionné, et faire les bonnes rencontres, avec les bonnes personnes et les bons propriétaires. C’est ça qui fait la différence.
DRESSAGE : PREMIERS REPÈRES PROMETTEURS À BORDEAUX
Débuts encourageants pour le dressage au Jumping International de Bordeaux, discipline découverte par un nouveau public visiblement curieux et déjà nombreux notamment lors du passage des trois cavaliers français.
La victoire revient toutefois à l’Australienne Simone Pearce, compagne de Martin Fuchs, qui s’impose avec Will Marqgrâce à un score de 71,130 %. Elle devance de peu la Française Pauline Basquin, associée à Sertorius de Rima Z*IFCE, créditée de 71,065 %, à seulement quelques dixièmes de points.
Le public devrait être encore plus nombreux demain pour le Grand Prix Freestyle, où les prouesses techniques et les airs de haute école sont sublimés par la mise en musique et en lumière. Un exercice dans lequel Pauline Basquin fera figure de favorite, le freestyle constituant l’un de ses points forts. Pour Bordeaux en particulier, Pauline dévoilera un nouveau programme avec une chorégraphie inédite et une musique originale.
Une chose est d’ores et déjà acquise : Bordeaux est techniquement prêt pour accueillir le meilleur du dressage mondial.


















