SANTE : La médiation, un cadeau pour retrouver la liberté intérieure
Leader visionnaire et conférencière internationale, Sister JAYANTI partage depuis plus de 50 ans une sagesse spirituelle fondée sur la paix intérieure, la clarté et la force des valeurs.
COMMENT DÉCRIRIEZ-VOUS VOTRE MISSION AU SEIN DES BRAHMA KUMARIS ?
« Nous n’utilisons jamais le mot « mission ». Ce terme suppose un objectif extérieur, presque militant. Ce n’est pas notre démarche. Nous avons simplement appris quelque chose d’inestimable, qui a transformé nos vies, et nous éprouvons un désir sincère de le partager. Si les gens souhaitent en savoir davantage, nous sommes là ; s’ils ne le souhaitent pas, c’est tout aussi bien. Aucune volonté de convaincre ou de convertir.
Car ce que nous vivons relève d’une expérience intime, presque d’une évidence née au fil des années. Nous avons rencontré une connaissance et une pratique, la méditation du Raja Yoga, qui ont apporté une paix intérieure durable et une clarté de conscience.
Lorsqu’on fait l’expérience de cette transformation, l’élan de partager vient naturellement, sans objectif, sans stratégie, sans idée de « recruter ».
C’est pour cela que je préfère parler de « vision » : celle d’un monde meilleur fondé sur un principe simple : « Lorsque je change, le monde change. C’est notre devise. Le véritable changement est toujours intérieur. Quand je transforme ma façon de penser, je transforme aussi ma manière d’agir, de me comporter avec les autres. Et si suffisamment de personnes entreprennent cette transformation intime, alors le monde pourra réellement évoluer ».
COMMENT LA DIMENSION PSYCHOLOGIQUE (ÉMOTIONS, PENSÉES, IDENTITÉ) S’INTÈGRE-T-ELLE DANS VOTRE APPROCHE ?
« Fermez les yeux un instant et posez votre attention au centre du front, juste derrière les yeux. Là, selon l’enseignement des Brahma Kumaris, réside l’âme : un point de lumière consciente, invisible et éternelle. Ce n’est pas une jolie image, mais une expérience directe rapportée par des millions de méditants. Ce point de lumière, c’est moi : mon identité véritable. Le corps, lui, n’est qu’un instrument, comme une voiture pour son conducteur : indispensable, mais distinct de celui qui tient le volant.
Tout ce que nous appelons « moi » dans la vie ordinaire — le genre, l’âge, la profession, la réputation, l’histoire personnelle — n’est en réalité qu’une garde-robe de rôles temporaires. Je les endosse, parfois avec facilité, parfois avec douleur, mais je ne suis pas ces costumes. Lorsque je dis « mon corps », « mon histoire » ou « mon passé », je marque déjà la juste distance : tout cela m’appartient, rien de cela n’est moi.
Le problème, c’est que nous faisons l’inverse. Nous confondons l’acteur avec le costume. Nous disons : « je suis une mère épuisée », « je suis un cadre licencié », « je suis malade », « je suis raté ». À chaque étiquette, on se rétrécit. On devient le costume. Et quand il se déchire, on croit mourir avec lui. La moindre craquelure dans ces identités devient une blessure profonde. Nous souffrons, nous nous défendons, nous nous perdons.
La première leçon du Raja Yoga est un arrachement doux et brutal à la fois : tu n’es aucun de ces rôles, tu es celui qui les porte. Retrouver cette identité originelle est une libération immédiate : je suis une âme paisible, lumineuse, aimante par nature, sans date de péremption. Les pensées, les émotions, les souvenirs ne sont pas ce que je suis, mais ce que je produis, comme des nuages traversant un ciel intact. Lorsque cette vérité passe de l’intellect au vécu, parfois en dix secondes, parfois en dix ans, quelque chose bascule : les tempêtes intérieures ne vous noient plus. Les peurs et les colères passent furtivement, sans pouvoir vous abîmer. Vous n’êtes plus la tempête : vous êtes le ciel.
C’est pourquoi, chez les Brahma Kumaris, psychologie et spiritualité sont indissociables. Comprendre qui je suis vraiment change instantanément ma manière de vivre mes émotions, mes relations, mes échecs comme mes succès. La paix n’est plus un objectif lointain, mais un retour naturel à ce que je suis depuis toujours : une âme paisible, lumineuse, aimante par essence ».
LES RELATIONS INTERPERSONNELLES (FAMILLE, COUPLES, AMIS) SONT SOUVENT AU CŒUR DES PROBLÈMES PSYCHOLOGIQUES :
QUELLES SONT LES CLÉS QUE VOUS PARTAGEZ POUR CULTIVER DES RELATIONS « SAINES » SELON VOTRE VISION ?
« Les relations interpersonnelles sont le terreau de notre transformation intérieure, parce qu’elles nous mettent à l’épreuve comme rien d’autre. Méditer face à l’océan, seul dans une grotte ou au milieu du désert, est facile ; c’est dans des interactions pleines de non-dits ou face à une parole qui nous pique que tout se joue. C’est là que nous découvrons qui nous sommes vraiment.
Une relation saine n’est pas une question de technique, mais de travail intérieur. Il s’agit d’apprendre à se détacher des autres pour pouvoir les aimer avec pureté et sérénité. Cela signifie ne plus faire dépendre notre paix intérieure de ce qu’ils font, disent ou pensent de nous. Apprendre à se gérer au sein d’une relation qui nous met à l’épreuve est un processus qui dure toute la vie : c’est comme apprendre à tenir la barre d’un bateau par mer agitée. Les vagues sont là — remarques, silences chargés, humeurs — mais je n’ai plus besoin de réagir à chaque mouvement. Peu à peu, je ne suis plus influencé ni affecté par les tempêtes autour de moi.
Je commence à voir chacun jouer son rôle, comme il le doit, en fonction de son propre karma : son histoire, ses blessures, ses leçons. L’autre suit son scénario, moi, je suis responsable du mien. À ce moment-là, la question change : quelle est la meilleure manière de réagir ? Quelle leçon ai-je à apprendre ici pour m’épanouir dans cette dynamique ? Lorsque nous ne sommes plus affectés par ce que les autres font, disent ou pensent de nous, une liberté intérieure apparaît. Une liberté qui ne dépend plus des circonstances ».
Quelques principes simples permettent d’y parvenir :
Distinguer la personne de son comportement : Derrière une phrase dure ou un silence froid, il y a souvent une blessure ou une peur. Voir cela désamorce la réaction immédiate.
Identifier ses propres « boutons » : Chaque irritation indique un chantier intérieur. Plutôt que vouloir changer l’autre, se demander : qu’est-ce que cela touche en moi ?
Pratiquer la non-réaction choisie : Prendre deux secondes avant de répondre, c’est reprendre la main. Ce petit délai est un espace de liberté.
Poser des limites sans fermer le cœur : Dire non calmement protège la relation autant que le soi.
Au fond, l’autre est un miroir, pas une menace. Une relation saine n’est pas une relation parfaite, mais un espace où chacun assume la responsabilité de son monde intérieur. C’est aimer sans posséder, être ensemble sans s’encombrer : une liberté à deux.
QUELLES VALEURS GUIDENT VOS DÉCISIONS AU QUOTIDIEN ?
« Les valeurs sont au cœur de la vie d’une personne qui pratique la méditation. Elles deviennent les principes directeurs qui guident ma vie. C’est un peu comme avoir une boussole intérieure : une fois que je connais mes valeurs, je n’ai plus à hésiter à chaque carrefour. Il devient facile de prendre des décisions, car nous décidons en fonction de ce qui correspond à nos propres valeurs et principes directeurs. Pureté, simplicité, honnêteté, sagesse, compassion, gentillesse, amour, authenticité… la liste est longue.
Lorsque je dois décider, je me demande : est-ce que cela respecte ce qui m’est essentiel ? Est-ce que cela élève ou rabaisse ?
Ce qui change tout, c’est la cohérence. On peut tromper les autres, mais on ne trompe jamais longtemps sa propre conscience. Les valeurs agissent comme un garde-fou discret ».
LE CONCEPT DE « VALEURS SPIRITUELLES » EST AU CŒUR DE VOTRE MESSAGE :
COMMENT POUVONS-NOUS AIDER QUELQU’UN À IDENTIFIER SES PROPRES VALEURS, ET COMMENT CELA PEUT-IL CONTRIBUER À SA SANTÉ MENTALE ET À SON BIEN-ÊTRE ?
« Mes valeurs sont tout ce qui donne du sens et une direction à ma vie : tout ce qui contribue au bien commun, tout ce qui apporte du réconfort ou de la paix à mon cœur et au cœur des autres. Pour aider quelqu’un à identifier ses valeurs, on peut partir de questions simples : Qu’est-ce qui me touche ? Qu’est-ce que je veux protéger ? Qu’est-ce qui m’apaise ?
Les valeurs ne font pas de bruit, mais elles éclairent ce qui compte vraiment. Dans mon cœur, je sais bien celles que je défends.
Le défi, ensuite, c’est la force de les vivre. Cette force se construit en m’asseyant en silence, en me connectant à mon moi profond, loin du bruit des opinions et des attentes.
Quand je commence à vivre selon mes valeurs jour après jour, mois après mois, année après année, quelque chose change. Le respect de soi augmente à chaque décision alignée. Peu à peu, mes valeurs spirituelles ne sont plus des idées que je revendique, mais une identité que j’incarne.
Vivre selon ses valeurs, c’est aligner le cœur, la pensée et l’action ».
VOUS PARLEZ D’« AUTONOMISATION / EMPUISSANCEMENT PERSONNELLE » :
COMMENT DÉFINISSEZ-VOUS CE CONCEPT D’UN POINT DE VUE PSYCHOLOGIQUE, ET COMMENT AIDEZ-VOUS LES GENS À L’ATTEINDRE ?
« L’autonomisation, ou l’empuissancement personnel, commence lorsque je me fixe un objectif et que je le réalise. C’est un processus psychologique simple et puissant : chaque petite victoire crée un effet d’entraînement. L’action alimente l’estime de soi, et l’estime de soi rend l’action possible.
J’utilise la discipline spirituelle comme un entraînement intérieur. Pas pour devenir “parfait”, mais pour bâtir, jour après jour, une force personnelle durable. Chaque sentiment d’accomplissement, même modeste, renforce ma détermination à poursuivre. Le succès n’est pas un endroit où l’on arrive un jour, « là-bas » ; c’est un état de conscience que l’on cultive lentement au fil du temps.
Le respect de soi, l’estime de soi et la confiance en soi sont les fondations d’un sentiment d’autonomisation. On devient libre le jour où l’on arrête d’attendre une permission pour avancer.
Je peux accomplir plus que je ne l’aurais jamais cru possible lorsque ma force intérieure provient du pouvoir du silence et du pouvoir du Divin. Ce n’est pas la taille des objectifs qui compte, mais la qualité de l’énergie avec laquelle on les poursuit ».

















