TRAIL : Mile & Stone N°65 – Jim WALMSLEY : « Le trail long aux JO ? Je ne suis pas favorable »
Présent lors des Trail Running Awards à Annecy le 9 décembre, Jim Walmsley a été élu Athlète de l’année 2025.
Depuis Arêches, où il s’est installé pour l’hiver, l’Américain du team Hoka revient sur une saison contrastée : une blessure au genou, mais trois victoires majeures, dont une médaille d’or aux Mondiaux de trail long. Il partage aussi sa vision du trail actuel et ses réflexions sur l’avenir de la discipline.
A l’arrivée de l’OCC, tu as affiché une joie très démonstrative, au point que tu semblais presque plus heureux que quand tu as gagné l’UTMB en 2023, peux-tu nous dire ce que tu as ressenti ?
C’est parce que tout s’est joué sur la fin. Je pensais que la victoire allait m’échapper et que Cristian (Minoggio) allait gagner. Il y a eu des erreurs au ravitaillement, j’ai douté et j’ai chuté. Passer devant au tout dernier moment a généré beaucoup plus d’émotions. En ultra, il n’y a pas cette euphorie parce que tu as le temps d’analyser les situations. Faire une énorme célébration à l’arrivée de l’UTMB, ce serait jouer un rôle pour faire le show. Personnellement, une fois que c’est fini, c’est fini, je veux juste m’asseoir. Ce sont deux joies différentes : l’une est explosive, l’autre profonde. Mais les courses plus longues sont souvent plus satisfaisantes, parce que je me concentre davantage dessus.
Tu avais fait des Mondiaux de Canfranc un objectif à part entière. Ta victoire et celle de Katie Schide en trail long vont-elles crédibiliser un peu plus cet événement ?
Avant, c’était très confus : personne ne comprenait qui était le vrai champion du monde. Tout est devenu plus clair depuis que tous les formats ont été réunis lors des Mondiaux de Chiang Mai (Thaïlande) en 2022. Depuis, tout le monde reconnaît cet événement comme de vrais championnats du monde. Du coup, gagner ce titre en trail long est devenu un objectif dans ma carrière. J’aurais aimé y participer dès Innsbruck en 2023, mais j’étais blessé.
Penses-tu que le trail running devrait entrer au programme olympique ?
En format court, pourquoi pas ? Mais en ce qui concerne le trail long, je ne suis pas favorable. L’esprit de l’ultra-trail, c’est la pureté des grands espaces. Nous sommes encore dans une phase de développement avec des événements comme l’UTMB ou la Western States à consolider. Les Mondiaux tendent vers ce niveau. Mais il faut d’autres courses unanimement reconnues par les élites. Il n’y a aucune densité à la Hardrock, pas beaucoup non plus à la Diagonale des Fous, même si ce sont des courses magnifiques. Cette construction est plus importante que l’entrée aux JO.
Tu as déclaré dans L’Équipe que tu préférais porter le maillot de ta marque plutôt que celui des États-Unis. Est-ce difficile d’être américain aujourd’hui ?
Il y a plusieurs niveaux de réponse à cette question. D’abord, je suis extrêmement reconnaissant envers les marques qui me soutiennent, notamment Hoka, parce qu’elles me permettent de vivre de ce sport. USA Track & Field (la fédération américaine) est très impliquée mais elle est sponsorisée par Nike, qui exerce une énorme influence. Or, cette marque ne m’aide pas du tout et je préfère mettre en avant la marque qui me soutient. Ensuite, il y a le contexte politique mondial de plus en plus polarisé. Introduire le nationalisme dans le sport peut faire entrer des débats politiques que tout le monde ne partage pas. C’est contradictoire avec l’esprit du sport. Je pense qu’on pourrait autoriser davantage la visibilité des sponsors individuels. C’est une approche un peu radicale, mais on n’est pas un sport olympique, on n’est pas gouvernés par World Athletics, on peut choisir.
SOURCE : Mile & Stone N°65.


















