ALPINISME : Charles DUBOULOZ s’offre la Gamma dans les Ecrins pour clore 2025
Charles Dubouloz poursuit sa Trilogie hivernale et s’offre la « Gamma », en face Sud-Est de la Barre des Écrins, accompagné d’Antoine Bouqueret.
La montagne a ceci de beau qu’elle réserve souvent des surprises, surtout en hiver. Saisir l’opportunité du créneau météo et des conditions que la nature nous dicte, fait partie de la beauté des aventures hivernales.
Lorsque Charles Dubouloz se retrouve sur le Glacier Noir, dans le massif des Écrins, il décide de saisir l’opportunité. Son objectif initial est la face nord du « Pic Sans Nom » en solo, mais les conditions sont défavorables. Même constat sur l’un de ses plans de repli à « l’Ailefroide Orientale » : toutes les faces nord sont remplies de neige.
Déçu et proche de l’échec, il tourne son regard du côté de la Barre des Écrins et de son ami Antoine Bouqueret, qui l’aide alors au portage des sacs. Cette entreprise ambitieuse vient immédiatement les motiver : la Gamma.
Cette voie mythique du massif, dont Sylvain Cambon écrivait dans son topo : « Grimpeurs, n’allaient pas à la Gamma ! », a été ouverte en 1992 par une cordée italienne. Même si de très grandes figures de l’alpinisme ont inscrit leurs noms au tableau des premières répétitions, bien peu de cordées s’y engagent, en raison des chutes de pierre. Et en hiver, on ne trouve pas trace de répétitions de cet itinéraire. Une première hivernale de la Gamma ? Très certainement. Mais les Hauts-Alpins sont discrets : Charles et Antoine préfèrent juste se dire qu’ils n’ont croisé personne.
Infos techniques
– 28 au 31 décembre 2025
– 4 jours et 3 nuits / bivouacs dans la face
– 1 100 m de voie cotée ED (Extrêmement Difficile) / 6b+ / V (engagement) / X4 (risques objectifs) / P4 (qualité de l’équipement)
– 4 102 m au sommet
– 36 longueurs
– 100g de purée
– Quelques bonbons Haribo
Lancé comme une boutade, le projet se concrétise en un instant. Seul, cette entreprise n’est pas envisageable en l’état, sans matériel adéquat ni préparation. Et Antoine Bouqueret, qui était déjà présent au départ de Divine Providence la semaine précédente dans le Massif du Mont-Blanc, ne se fait pas prier trop longtemps. 1 100 m de paroi verticale au caillou souvent douteux, en face Sud-Est, qui sort au sommet de la Barre des Ecrins à 4 102 m. La cordée se crée et se sourit. L’entreprise est engagée. Mais qui résisterait à l’appel des sommets ? 4 jours et 3 nuits dans les Écrins avec le soleil rasant de l’hiver qui chauffe doucement les corps avant les 14h de nuit où les températures avoisinent les – 10c.
La « Gamma » est une voie engagée. L’ascension sera forcément belle, même si quelques glaçons fusent ça et là autour des grimpeurs.
Optimiste sur le timing, la cordée mettra finalement 4 jours, au lieu des 2 envisagés, pour atteindre le sommet. C’est donc le ventre vide qu’ils ont vu le dernier lever de soleil de l’année 2025 depuis le troisième et dernier bivouac de leur ascension, à plus de 4 000 m d’altitude, sous le sommet de la Barre des Écrins.
Pour Charles, ce mois de décembre répond à ses attentes : des solos qui éprouvent le corps et l’esprit, des cordées qui élèvent le moral et renforcent des liens.
Bilan du mois de décembre, huit nuits en bivouac dans les faces verticales et en tout plus d’une quinzaine de nuits dehors. On peut aussi ajouter les presque 8 jours de vélo à arpenter les Alpes, de la Haute-Savoie aux Hautes-Alpes.
Pour l’heure, il est tant de recharger les batteries avant de s’élancer vers les Pyrénées à vélo pour la troisième ascension de cette Trilogie hivernale : une face par massif, Mont-Blanc, Ecrins et Pyrénées.
LA TRILOGIE : TROIS SOMMETS. TROIS FACES MYTHIQUES. TROIS MASSIFS FRANÇAIS. MONT-BLANC, ÉCRINS, PYRÉNÉES
POURQUOI ?
Alpiniste parmi les plus doués de sa génération, entré dans la légende avec son ascension hivernale des Grandes Jorasses, Charles Dubouloz surprend toujours par sa simplicité.
Une trilogie hivernale, à la manière Dubouloz : en style alpin et en hiver. Pure, engagée, sans compromis, c’est la recette qui a fait sa renommée dans le monde entier. Recette à laquelle il ajoute aujourd’hui quelques nouveaux ingrédients, et pas des moindres : non pas une face en plein hiver, mais trois ; non pas un massif, mais trois (Mont-Blanc, Écrins, puis Pyrénées) ; reliés à la seule force de ses jambes sur les pédales de son vélo.
« Ce projet va à rebours du moment, où l’alpinisme joue la montre et les records. J’ai envie de voyage, d’errance, de temps long. De labeur aussi », explique Charles avant de poursuivre : « Ce n’est pas simplement grimper une voie dure en hiver. D’habitude, tu attends le créneau, tu grimpes, tu rentres chez toi. Là, je propose autre chose. L’engagement prend une nouvelle dimension : le solo, l’hiver, l’enchaînement, le vélo, le bivouac ». Des conditions plutôt rustiques et pas des plus favorables. À noter, les hivernales de décembre sont bien plus exigeantes que celles de février… les journées sont bien plus courtes et le froid bien plus rude…(-20° !)
Bien-sûr, on n’arrive pas à ce niveau d’engagement par hasard. Ce projet, c’est le fruit de quinze ans de montagne, de solos, de « mauvais bivouacs », de lignes engagées. « Un bon alpiniste, pour moi, c’est quelqu’un qui arrive à donner le meilleur de lui-même quand tout est difficile, quand il est très entamé ».
C’est le voyage d’une vie, que Charles se voit raconter dans son carnet : « J’aimerais profiter de ce temps pour écrire, réfléchir, dans une forme d’introspection, loin du quotidien ».
Ecrire cette alchimie rare, à mi-chemin entre excellence technique, goût de l’aventure et désir de se laisser surprendre par l’Inconnu. C’est l’esprit dans lequel Charles est pour cette aventure artistique et humaine : comme un peintre termine son tableau, il veut achever ce chapitre pour laisser place à ce qui vient.
Principales réalisations de Charles Dubouloz ses dernières années :
Mai 2024 : Première, aux côtés de Symon Welfringer, sur la face ouest vierge du Hungchi (7 029 m), à la frontière du Népal et du Tibet, une ascension exploratoire audacieuse.
Février 2023 : Première hivernale dans lla face nord des Grandes Jorasses,
Juillet 2022 : Réalisation d’une boucle ambitieuse dans le massif des Écrins, gravissant dix sommets majeurs en treize jours, seul et en cordée.
Janvier 2022 : Première ascension en solitaire et en hivernale de la voie Rolling Stones sur la face nord des Grandes Jorasses (massif du mont-Blanc), une performance inédite qui le propulse sur le devant de la scène alpinistique internationale.
2021 : Ascension en solitaire et en hivernale de la face nord des Drus, une réalisation qui souligne son audace et sa capacité à évoluer seul dans des conditions extrêmes.
2021 : Ouverture alpine d’une nouvelle voie sur la face nord du Chamlang (7 319 m) au Népal, en compagnie de Benjamin Védrines.
2016 : Descente à ski du Linceul aux Grandes Jorasses (cotation 5.5), une performance notable dans le domaine du ski extrême.

















