Cette enquête révèle combien l’exposition médiatique récente, les disciplines pratiquées et le genre continuent de structurer profondément nos critères d’attractivité sportive, tout en mettant en lumière une asymétrie persistante entre la reconnaissance du sport masculin et féminin.
Alors que les stars établies du football dominaient traditionnellement les classements d’attractivité sportive, l’édition 2025 met en exergue la domination des nageurs olympiques qui s’imposent désormais comme les athlètes masculins les plus sexy.
Léon Marchand (14%) et Florent Manaudou (14%) arrivent ex-aequo en tête du classement masculin, devançant largement les footballeurs qui dominaient traditionnellement cette catégorie.

Cette performance s’explique par une triple convergence :
– Un capital médiatique exceptionnel : les performances de Léon Marchand aux JO 2024 (4 médailles d’or) ont généré une exposition médiatique massive.
– Un capital physique valorisé : le corps du nageur (épaules développées, torse en V, muscles longs) correspond aux canons contemporains de la masculinité sportive.
– Un capital symbolique : représentants de l’excellence française lors d’un événement national, ils incarnent une forme de fierté collective qui amplifie leur attractivité.
2 – Le football conserve néanmoins une base solide : la force de la médiatisation quotidienne
Olivier Giroud (13%) arrive en troisième position, suivi d’Antoine Griezmann (11%) et Kylian Mbappé (9%), attestant que le football conserve un capital de visibilité structurel lié à sa médiatisation quotidienne (championnats, coupes d’Europe, équipe de France).
Cette trilogie footballistique bénéficie d’un avantage comparatif : contrairement aux nageurs dont l’exposition est cyclique (JO tous les 4 ans), les footballeurs maintiennent une présence médiatique continue qui alimente leur attractivité.
Toutefois, Kylian Mbappé (9%), pourtant star mondiale du football, n’arrive qu’en sixième position. Ce score relativement modeste peut s’expliquer par des controverses récentes ou une image publique moins maîtrisée que celle de Griezmann ou Giroud.
3 – Les disciplines « minoritaires » peinent à émerger malgré les succès olympiques
Antoine Dupont (rugby, 8%), Teddy Riner (judo, 8%), Kevin Mayer (décathlon, 9%) et Charles Leclerc (F1, 10%) obtiennent des scores intermédiaires, révélant une asymétrie médiatique :
– Charles Leclerc bénéficie d’une médiatisation continue (20 Grands Prix par an) qui maintient sa visibilité, même sans titre mondial récent.
– Antoine Dupont et Teddy Riner, malgré leurs palmarès exceptionnels, souffrent d’une visibilité moindre en dehors des temps forts (Coupe du Monde, JO).
– Kevin Mayer, vice-champion olympique en 2016 et 2020 et recordman du monde du décathlon, pâtit d’une discipline peu télévisée en dehors des JO, limitant son exposition grand public.
– Quant à Victor Wembanyama (basket, 1%) et Jimmy Gressier pourtant champion du Monde du 10 000 m (athlétisme, 1%), l’absence de médiatisation hexagonale massive les maintient en marge du désir collectif.
Le point de vue sur l’étude : Cette hiérarchie révèle que le sex-appeal sportif dépend beaucoup de la visibilité médiatique. Les JO 2024 ont créé un moment de saturation médiatique qui a propulsé les nageurs au sommet, mais cette position reste fragile : sans nouvelle exposition olympique, leur capital érotique risque de décliner au profit des sportifs bénéficiant d’une médiatisation structurelle.

B – Des hiérarchies sportives genrées : quand le « male gaze » et le « female gaze » dessinent des attractivités différenciées
L’analyse différenciée selon le genre des répondants révèle des divergences significatives dans l’appréciation de l’attractivité sportive, attestant de la persistance de normes genrées mais aussi de l’émergence de nouvelles masculinités valorisées par le regard féminin.
1 – Le « male gaze » : valorisation de la performance physique brute chez les hommes, de la grâce et de l’esthétique chez les femmes
Pour les athlètes masculins :
· Le regard masculin privilégie les disciplines valorisant la force, la puissance et la domination physique : Teddy Riner (judo, 8%) et Antoine Dupont (rugby, 8%) bénéficient d’une reconnaissance par identification à une masculinité hégémonique.
· Les footballeurs (Giroud 13%, Griezmann 11%, Mbappé 9%) sont perçus à travers un prisme de réussite sociale et de performance collective, incarnant un idéal masculin combinant physique, richesse et gloire médiatique.
Pour les athlètes féminines :
· Le regard masculin valorise davantage les disciplines « gracieuses » : la gymnastique (Mélanie de Jesus dos Santos 11%), le tennis (Caroline Garcia 13%, Alizé Cornet 7%), le ski acrobatique (Perrine Laffont 8%).
· Les footballeuses, malgré leur médiatisation, sont moins plébiscitées par les hommes que par les femmes, révélant une dissonance : le football féminin ne correspond pas aux codes traditionnels de la féminité valorisés par le male gaze.
Le point de vue : Le regard masculin reste marqué par une sexualisation différenciée des corps sportifs selon leur conformité aux normes de genre : force et domination pour les hommes, grâce et esthétique pour les femmes. Cette asymétrie explique pourquoi les basketteuses (3%) ou les rugbyeuses (absentes du panel) peinent à émerger dans l’imaginaire érotique masculin.
2 – Le « female gaze » : valorisation du charisme, de l’élégance et d’une masculinité moins stéréotypée
Pour les athlètes masculins :
- Le regard féminin privilégie des profils incarnant une masculinité plus nuancée : Antoine Griezmann (11%) et Olivier Giroud (13%) bénéficient de leur image publique soignée, de leur élégance vestimentaire et de leur charisme médiatique.
- Les nageurs (Léon Marchand 14%, Florent Manaudou 14%) séduisent particulièrement les femmes par leur physique harmonieux (moins imposant que les rugbymen) et leur image de « gentils garçons » construite pendant les JO.
- Charles Leclerc (F1, 10%) bénéficie d’un capital glamour lié à la F1 (jet-set, Monaco, richesse) qui compense une visibilité médiatique moindre que le football.
Pour les athlètes féminines :
- Le regard féminin valorise davantage les sportives incarnant une réussite professionnelle et une affirmation de soi : les footballeuses (Henry 13%, Karchaoui 11%, Renard 8%) sont perçues comme des modèles d’émancipation.
- Les femmes manifestent une moindre sensibilité aux critères esthétiques purs : les basketteuses, bien que peu médiatisées, obtiennent des scores comparables auprès des répondantes féminines et masculines (3%).
- Les disciplines individuelles exigeantes (triathlon, cyclisme) sont particulièrement valorisées par les femmes, qui y voient une forme de dépassement de soi et de force mentale admirables.
Le point de vue : Le regard féminin sur le sport témoigne d’une conception plus multifactorielle de l’attractivité, où charisme, élégance et réussite priment sur la performance physique brute. Le regard féminin sur les sportives privilégie l’affirmation de soi et la réussite professionnelle plutôt que la stricte conformité aux canons esthétiques.
3 – Des consensus trans-genre : les personnalités qui transcendent les clivages
Certaines personnalités bénéficient d’une reconnaissance équilibrée entre hommes et femmes :
- Florent Manaudou et Léon Marchand (14% chacun) suscitent un consensus remarquable, attestant d’une attractivité universelle fondée sur la triple convergence : performances olympiques + physique harmonieux + image médiatique positive.
- Caroline Garcia (13%) et Amandine Henry (13%) incarnent également cet idéal trans-genre, combinant succès sportif, visibilité médiatique et capital symbolique (porte-drapeaux de leurs disciplines respectives).
Ce consensus révèle que certaines personnalités parviennent à cumuler les capitaux (physique, médiatique, symbolique) de manière suffisamment équilibrée pour transcender les filtres genrés traditionnels.
Le point de vue sur l’étude : Cette asymétrie entre sport masculin et féminin révèle que le sex-appeal sportif reste profondément conditionné par l’économie médiatique genrée : les athlètes féminines doivent cumuler performance sportive ET conformité aux normes de féminité (grâce, esthétique, corps non-imposant) pour émerger dans l’imaginaire collectif. Malgré les progrès récents (football féminin, JO paritaires), la sous-médiatisation structurelle du sport féminin continue de limiter la construction du capital érotique des sportives, créant une prophétie auto-réalisatrice : moins visibles, elles sont moins reconnues ; moins reconnues, elles sont moins médiatisées.