TRAIL : Mile & Stone N°64 – Ruth Croft : « On parle parfois plus de la course féminine, c’est un vrai changement »
« On parle parfois plus de la course féminine, c’est un vrai changement ».
Quel bilan fais-tu de ta saison?
Même si l’UTMB a été un très bon résultat, en termes de performance pure et de chrono, je n’étais pas à mon meilleur niveau. Ce dont je suis la plus fière, c’est la manière dont j’ai géré la déception à la Transvulcania [abandon pour hypothermie, NDLR]. J’ai accepté et j’ai tiré les leçons. C’est fou parce que j’ai énormément appris. Je cours depuis très longtemps, mais je n’avais jamais couru dans des conditions aussi difficiles.
Qu’est-ce qui t’a le plus marquée?Personnellement, la première chose, c’est le soutien de Martin (Gaffuri), mon compagnon. Il a joué un rôle décisif. Et sportivement, je trouve que le niveau chez les femmes devient de plus en plus élevé. On arrive à un point où il faut vraiment cibler ses courses. A la CCC, la fin de course entre Martyna Mlynarczyk et Sylvia Nordskar était extrêmement serrée (18 secondes), c’est quelque chose qu’on va voir de plus en plus.
Après l’UTMB, tu es partie comme chaque année en retraite Vipassana à Mumbai. Qu’est-ce que cela t’apporte ?Dix heures de méditation par jour pendant dix jours. Réveil à 4h, méditation dès 4h30, et on termine vers 21h. Cette année, j’en avais plus que jamais besoin. Après l’UTMB, il y a eu énormément de sollicitations. Les ultra-traileurs — en tout cas moi — sont très obsessionnels et structurés. Quand une course comme l’UTMB se termine, j’ai besoin d’un reset. La Vipassana me permet de m’éloigner du sport, c’est aussi un entraînement mental, un temps d’introspection profonde, de réflexion. Dans un monde où tout est immédiat, c’est précieux de pouvoir couper.
Adidas Terrex finit l’année au troisième rang des teams internationaux, comment analyses-tu l’évolution des équipes des majors ?Adidas a eu une très bonne année. Abby (Hall) a gagné la Western States, Dan Jones était tout près du podium et on a eu quatre femmes dans le top 10. Les grosses marques investissent : psychologues du sport, nutritionnistes, équipes de performance… Toutes vont dans cette direction. Pour obtenir des résultats, il faut une approche globale. Le PDG d’Adidas était présent à Chamonix, c’était sa première fois à l’UTMB. C’est un signal très fort.
Est-ce que gagner l’UTMB a changé ta vie?Cela aide pour les contrats avec les sponsors et les partenaires. Il y a plus de demandes et ça m’a appris à mieux gérer ça… et parfois à dire non. Mais personnellement, je n’ai pas changé.
Alors que trail féminin vit une sorte d’âge d’or, penses-tu que les athlètes femmes ont la reconnaissance qu’elles méritent ?J’ai clairement remarqué un changement, surtout ces deux dernières années. Avec des athlètes comme Katie ou Courtney, qui ont réalisé des performances énormes sur certaines courses — par exemple aux Canyons by UTMB 2024 pour Katie — on parle parfois plus de la course féminine. Et ça, c’est un vrai changement. La victoire de Blandine (L’Hirondel) à la Diagonale des Fous a aussi eu un impact fort. J’espère que ça va continuer dans ce sens. Il y a encore de la marge, mais c’est une évolution énorme.
SOURCE : Mile & Stone N°64 Ruth Croft.

















