VOILE : Vendée Globe – Semaine 10, filer dans les alizés
De retour dans l’hémisphère Nord depuis mercredi 15 janvier et son passage de l’équateur « retour » à 07h21’16’’ TU, Clarisse Crémer bénéficie enfin de vents plus réguliers, lui permettant de continuer d’allonger la foulée en direction des Sables d’Olonne.
Bien ancrée en tête de son groupe, en 12e position, la skipper de L’Occitane en Provence compte bien jouer toutes les cartes en sa possession pour terminer son deuxième tour du monde de la meilleure des façons.
Les alizés, enfin ! Après une dizaine de jours à composer avec les caprices d’Eole et de Neptune, s’efforçant de traverser un Atlantique Sud aux conditions particulièrement instables, Clarisse Crémer peut enfin se réjouir de retrouver des vents plus favorables. Depuis le passage du front froid stationnaire de Cabo Frio, au large de Rio, la skipper de L’Occitane en Provence n’avait en effet pas été épargnée par les humeurs de Dame Nature. « Souhaitez-moi bonne chance… le front se déplace vers le nord en même temps que moi ! » déclarait-elle alors qu’elle n’en finissait plus de tricoter le long des côtes brésiliennes, attendant une dépression qui semblait finalement ne jamais arriver. Une situation des plus difficiles à gérer mentalement, ne sachant à quel fichier se vouer ni à quel moment se reposer.
Mais la skipper, tout autant éprouvée physiquement par les changements de caps et de voiles incessants, tenait bon, profitant de l’occasion pour une première bonne douche bien méritée après 52 jours à s’en priver, et faisant preuve de toute son ingéniosité afin de (littéralement) déplacer des montagnes de tissus détrempés à la force de ses bras. « Je n’ai pas réussi à dormir beaucoup la nuit dernière… À ce stade, je ne sais pas comment je vais survivre aux prochaines 48 heures… je sais que je vais le faire, mais je ne sais pas encore comment ! » écrivait-elle ainsi, consciente qu’une fois le front passé, rien n’assurait que les conditions s’amélioreraient.
Danse avec les grains
Car quelque 48 heures plus tard en effet, vents erratiques et chaleurs écrasantes faisaient place à de violents orages, laissant à Clarisse « l’impression très désagréable de jouer ma vie à la roulette russe ». À bord d’un bolide des mers truffé d’électronique, dont elle avait déjà fait l’amer expérience d’être privée, elle avouait ainsi que « ce côté aléatoire de l’éclair qui tombe sur ton mât et qui vient tout griller à bord me retourne le bide ». Quel ne fut donc pas son soulagement de laisser cette zone perturbée derrière elle, lorsqu’elle retrouvait les grains si caractéristiques de la zone inter-tropicale marquant la fin de l’hémisphère Sud !
Une joie paradoxale, tant le Pot-au-Noir peut lui aussi se montrer impitoyable et sembler si loin, alors que les premiers franchissaient la ligne d’arrivée. Mais une joie véritable alors que Clarisse, parvenue à rattraper plus de 1000 milles à ses concurrents de devant, se réjouissait « par procuration » de l’incroyable performance de Charlie Dalin et Yoann Richomme, grand vainqueur et somptueux dauphin de cette 10e édition du Vendée Globe : « C’est une joie à la fois profondément empathique, je suis juste heureuse d’imaginer leurs émotions, et un peu intéressée. S’ils y sont arrivés, alors moi aussi je peux le faire. Un jour mon tour viendra, voilà la promesse derrière ces magnifiques moments d’arrivée. Mais c’est une promesse fragile, car à presque deux semaines du but, je sais que tout peut encore arriver… »
À qui le tour ?
Attendue sur la ligne d’arrivée autour du 26 ou 27 janvier, Clarisse sait en effet que rien n’est jamais terminé tant que la ligne n’est pas franchie. Victime d’une grosse frayeur ce mercredi, ayant frôlé de peu un risque de collision avec un cargo, la navigatrice ne le sait que trop bien. Et ce ne sont pas, non plus, ceux qui la devancent encore sur le terrain de jeu de l’Atlantique Nord qui diront le contraire, tous victimes tour à tour d’avaries plus ou moins handicapantes. Les occasions de grimper encore au classement seront donc nombreuses, avec une concurrence à l’arrière toujours à l’affut, et une « Clacla » qui donnera toujours tout pour profiter de chaque opportunité !

















