VTT : Les collectivités du Vercors pour un meilleur partage de l’espace naturel
Non, la forêt du Vercors comme celle des autres massifs n’est pas qu’un « terrain de jeux » public comme on le lit souvent sur les sites des pratiquants et réseaux sociaux : elle est d’abord un espace naturel riche de biodiversité, de préservation de l’eau et un espace de production économique d’une filière qui représente aujourd’hui en France 60 Mlds € de chiffre d’affaires et 400.000 emplois directs.
La forêt privée qui représente 75% de sa surface totale en France, n’est pas non plus « un bien commun » comme semblent l’affirmer les collectivités dans leur communiqué du 8 mars. Les propriétaires paient seuls leur taxe foncière et ne la partagent pas avec l’ensemble des autres utilisateurs « gratuits », alors même qu’ils doivent en supporter intégralement et à leurs frais les dégradations possibles et la responsabilité civile en cas d’accident, même en cas de « sentiers sauvages » de VTT aménagés sur leurs parcelles, sans aucune autorisation de passage.
Cette situation devient intolérable avec la déferlante des sports outdoor sur nos massifs depuis le « déconfinement » pour certains pratiquants sans accord des propriétaires, et le projet de plan « Vélo-Forêt » (initié en novembre 2023) présenté par la CCMV ne répond pas en son état actuel aux contraintes écologiques, notamment de préservation de la ressource en eau et règlementaires pourtant bien connues de la forêt, pas plus qu’aux questions posées et aux attentes principales déjà exprimées des premiers acteurs concernés : tous les acteurs de la forêt, des propriétaires, des gestionnaires jusqu’aux entreprises d’exploitation.
De même, il n’est pas admissible qu’un certain nombre d’itinéraires de courses ou randonnées de VTT prévues dès le printemps 2024 utilisant des forêts privées et sites naturels pour près de 2.000 participants prévus, sans autorisation ni même information préalable des propriétaires concernés, soient d’ores et déjà publiés sur internet par le site privé d’un organisateur avec le tracé précis des itinéraires IGN et proposés comme tels à l’inscription et sans doute à l’essai.
L’étude complète citée par le communiqué des collectivités, telle qu’approuvée par le bureau du Parc du Vercors le 1er juin 2022 et cofinancée à moitié par le Département de l’Isère, avait pour objet non seulement d’identifier les 40 itinéraires « sauvages » recensés mais aussi la mise en place d’un plan d’actions concrètes et une structuration de l’Offre VTT en vue de l’officialisation de tout ou partie de ces pistes sauvages après une « concertation et échanges » notamment avec les forestiers, limitée à seulement 4 jours. L’une des conclusions écrites du rédacteur de l’étude, organisateur de courses et manifestations de VTT est pourtant claire : « L’offre est déjà existante et ne demande qu’à être officialisée » !
Une déclaration commune avec cinq propositions concrètes, signée par l’ensemble des structures et acteurs forestiers du Vercors, rejointes par FRANSYLVA 38 et avec le soutien très récent de la FDSEA Isère a donc été adressée aux trois collectivités concernées le 2 septembre 2023. Elle est, quant-à-elle, restée à ce jour sans réponse…
La stratégie de pression ou celle de passer en force ne peut être le gage d’une concertation apaisée et de l’acceptation par les forestiers de partager l’espace. Nous prônons une solution durable et d’avenir pour une cohabitation harmonieuse des pratiques en forêt qui ne sera évidemment possible qu’avec le respect de la forêt de montagne dans toutes ses dimensions de gestion durable, mais aussi du droit de propriété, ainsi que de l’accord préalable et obligatoire des propriétaires, premiers concernés par le « plan vélo » promu par les collectivités et les vététistes, sportifs, moniteurs, réparateurs et commerçants.
Les forestiers et leurs organisations y veilleront quant-à-eux avec résolution.
















