OMNISPORTS : Le sport, axe de développement majeur pour l’Arabie Saoudite
L’Arabie saoudite investit tous azimuts ces dernières années pour diversifier son économie et accroître sa présence sur la scène internationale.
Inscrite dans le plan Vision 2030, cette stratégie cible notamment le sport, levier de développement du royaume et catalyseur de son attractivité.
Le Dakar a encore bon nombre de déserts saoudiens à explorer. C’est en tout cas l’argument avancé par les organisateurs du rallye-raid pour justifier leur décision de ne pas changer de destination : les cinq prochaines éditions du Paris-Dakar se dérouleront en Arabie saoudite. Une nouvelle victoire pour le royaume, parti bien après ses voisins d’Abou Dhabi ou du Qatar dans la course à l’investissement dans le sport, mais qui est en train de rattraper son retard.
La vitesse avec laquelle l’Arabie saoudite fond sur les disciplines les plus médiatisées est sans précédent. Pour exister, le pays alimente à coups de millions de dollars et de compétitions la chronique sportive.
F1, catch, MMA, golf… L’Arabie saoudite se démultiplie
Depuis trois ans, un grand prix de formule 1 parcourt les avenues de Djeddah la nuit. La WWE (World Wrestling Entertainment) de catch s’est engagée à monter deux événements chaque année dans le pays jusqu’en 2034.
L’Arabie saoudite a également acquis une participation dans la ligue américaine de MMA, discipline d’arts martiaux mixtes qui rencontre une popularité fulgurante, via SRJ Sports Investments. Le bras financier du royaume est une émanation de son PIF (Public Investment Fund), un fonds souverain doté de plus de 540 milliards de dollars. Le PIF a lancé le SRJ Sports Investments en août dernier pour accélérer le développement du secteur du sport en Arabie saoudite et dans la région.
Côté équitation, Ryad accueille déjà un jumping cinq étoiles parmi les plus dotés de la planète. La mise en place d’un tournoi de l’ATP (Association du Tennis Pro) est en prévision, et, en attendant, la fédération saoudienne de tennis vient de nommer Rafael Nadal comme ambassadeur.
Concernant le golf, l’Arabie saoudite a créé le LIV GOLF, un circuit rival de celui de la PGA (Professional Golfers’ Association), organisatrice des plus grands tournois de golf du monde, et à recruter au passage plusieurs de ses stars. Un projet de fusion des opérations commerciales des deux concurrents est d’ailleurs annoncé.
Le football, sport numéro un
Si l’Arabie saoudite s’attaque autant au sport, c’est parce qu’elle a de grandes ambitions dépassant largement les limites des terrains. Remontons dans le temps.
Il y a sept ans, Arabie saoudite a lancé son grand plan de développement : le plan « Vision 2030 ». Ce vaste programme de réformes entend diversifier l’économie nationale pour qu’elle ne dépende plus du pétrole, moderniser une société jusqu’ici une des plus traditionnelles du globe, et enfin faire de l’Arabie saoudite un acteur influent au Moyen-Orient et dans le monde.
Le sport à un rôle important pour mener à bien ces trois objectifs, et tout particulièrement le sport roi, le football, qui permet à l’Arabie saoudite d’étendre son influence. Le Qatar et les Emirats arabes unis ont tous les deux investi dans le ballon rond au début des années 2010, en achetant des clubs emblématiques, comme le Paris Saint-Germain ou Manchester City, et en organisant des compétitions, à l’image de la coupe du monde 2022 au Qatar.
Grâce à cette stratégie, les deux pays voisins se sont fait un nom. Alors l’Arabie saoudite a commencé à faire de même en rachetant le club anglais de Newcastle en 2021, puis en investissant massivement dans son championnat, la Saudi Pro League.
Le PIF a pris le contrôle des quatre principaux clubs saoudiens – Al-Nassr, Al-Ittihad, Al-Hilal, Al-Ahli – et a recruté de grands joueurs comme Cristiano Ronaldo (Al-Nassr), Neymar (Al-Hilal), Karim Benzema (Al-Ittihad) ou encore Riyad Mahrez (Al-Ahli). Depuis 2019, l’Arabie saoudite se classe parmi les pays les plus dépensiers en matière de transferts
La deuxième étape du plan saoudien consiste à organiser des compétitions sur son sol. Le pays a accueilli la Coupe du monde des clubs fin 2023 et organisera la Coupe d’Asie en 2027. Elle devrait être l’hôte de la Coupe du monde de football 2034 à la suite du retrait des autres candidats. Au-delà du foot, le pays va organiser en 2029 les Jeux asiatiques d’hiver.
Transformer le pays par le sport
A long terme, tous ces investissements dans différents sports servent également les autres objectifs du plan Vision 2030 : les volets économiques et sociaux. Le rayonnement international de l’Arabie saoudite via le sport et les compétitions organisées doivent aider au développement du tourisme dans le pays, l’un des secteurs choisis pour diversifier l’économie saoudienne.
Le gouvernement saoudien voit aussi le sport comme un moyen de moderniser un pays dont les deux tiers des habitants ont moins de 35 ans. « Les Saoudiens utilisent le sport pour refonder le modèle de société, en créant une culture de l’effort et un esprit de dépassement de soi », explique Raphaël Le Magoariec, chercheur spécialiste de la géopolitique du sport.
L’Arabie saoudite mise aussi sur le développement du sport pour augmenter le niveau d’activité physique des Saoudiens de 40% d’ici à 2030. L’idée étant de faire évoluer le royaume vers une société plus saine.
La politique sportive du pays, et les transformations associées, intègre pleinement les femmes. Alors qu’avant 2018, elles n’avaient pas le droit d’assister à un match de foot dans un stade, un championnat saoudien féminin et une équipe nationale a vu le jour il y a quatre ans. Cela vaut également pour le basket, la boxe, ou encore l’athlétisme. L’Arabie saoudite ouvre également des académies sportives pour les femmes et place des Saoudiennes à des postes clés dans plusieurs fédérations.















