VOILE : Un tour du monde qui débute au mieux pour le Trimaran SVR Lazartigue
Après cinq jours en mer, le Trimaran SVR-Lazartigue, skippé par Tom Laperche, pointe aux avant-postes de l’ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, première course autour du monde en solitaire pour les Ultims, les géants des mers.
Le jeune marin de seulement 26 ans se réjouit de ce bon départ mais reste bien conscient que le chemin est encore très long.
Encore un peu plus d’une journée de navigation et Tom Laperche, à bord du Trimaran SVR-Lazartigue, devrait franchir l’équateur. Un passage symbolique dans l’hémisphère sud et la perspective de bientôt pénétrer dans ces mers tant redoutées. Après cinq jours de course, le jeune skipper peut se montrer très satisfait de son départ puisqu’il anime la tête de course, au coude à coude avec le Maxi Edmond de Rothschild de Charles Caudrelier (ce vendredi à 17h le Trimaran SVR-Lazartigue était en tête de la flotte, 6 miles devant le Maxi Edmond de Rothschild, les deux bateaux comptant près de 200 miles d’avance sur la suite de la flotte – environ 370km).

24_05528 © Thierry Martinez. BREST, FRANCE; 07 Janvier 2024.
Départ de l’ARKEA ULTIM CHALLENGE -Brest . 1er tour du monde en solitaire à la voile sur maxi trimaran (Ultim).
Les premières heures ont d’abord pris des allures de régate avec cinq bateaux très proches les uns des autres. Mardi, à 20 heures, soit un peu plus de 48 heures après le départ, les cinq premiers bateaux, emmenés par le Trimaran SVR-Lazartigue, se tenaient encore en… 5,2 milles (9,6 km) au large de Madère. Ahurissant. « Le début de course a été agréable avec pas trop de vent et des conditions clémentes, commentait alors Tom. Je suis content d’être bien parti et d’être avec les premiers. On a croisé le cap Finisterre tous ensemble à 40 nœuds et c’était génial. On se croise, on se décroise au gré des risées car le vent est assez instable. Je réussis à bien dormir. J’ai bien rangé, j’ai mes marques. Je suis bien sur le bateau, je suis heureux. J’ai fait le tour du trimaran et tout va bien avant d’aller affronter du vent plus costaud. Pour l’instant, on écoute de la musique, on essaie de bien manger et on se repose en attendant la suite pour partir à fond vers une belle dépression. Il faudra trouver le bon compromis et la bonne trajectoire entre prise de risque et prudence. C’est toujours complexe. »
La nuit de mercredi à jeudi fut en effet bien plus agitée avec du vent à parfois près de 50 nœuds (environ 100 km/h). « C’était bien costaud. Je n’avais jamais vu ça avec ce bateau. Il y avait des grosses vagues, de la pluie des éclairs, ce n’est pas fréquent de rencontrer des fronts comme ça. On va attendre qu’il y ait un peu moins de vent pour faire le tour du bateau. Il n’y a que quelques bricoles mais vraiment quasiment rien. C’est de bon augure pour la suite. Je suis très heureux de ce début de course. Nous allons toucher les alizés dans les heures à venir et devront ensuite prendre la bonne décision pour les prochains jours et la descente dans l’Atlantique sud. La route est encore très longue mais elle promet d’être belle et intense. »
L’ARKEA ULTIM CHALLENGE autorisant le routage, une cellule a été mise en place pour étudier les différents schémas météorologiques et établir avec le skipper la stratégie à suivre. Routeur de François Gabart depuis de nombreuses années, Jean-Yves Bernot, accompagné par Corentin Douguet et Pep Costa, mais aussi par François Gabart qui découvre un nouveau rôle ou encore Charlie Dalin, est à nouveau à la tête de cette cellule du Trimaran SVR-Lazartigue. Un système de quart rythme les journées avec des durées variables selon la situation.
Le fonctionnement
« Nous recevons de nombreuses données météorologiques assez élaborées mais aussi des données océanographiques avec les vagues et les courants. Nous disposons aussi des données de performances des bateaux. L’analyse de tous ces facteurs nous aide à trouver les meilleures options. Il faut regarder assez lointain car ces bateaux vont très vite et font beaucoup de milles en peu de temps. Tom nous apporte ce qu’il ressent du bateau. C’est une discussion et c’est toujours le skipper qui valide car l’état de la mer est essentiel avec ces bateaux-volants et leurs foils. Dans cette cellule à terre, nous avons aussi les techniciens de MerConcept. Ils connaissent très bien le bateau et sont précieux sur les questions liées au matériel. »
Les jours à venir
« Après le front froid assez actif et des creux de 5 ou 6 m la nuit de mercredi à jeudi où ce n’était pas simple de savoir où mettre le curseur entre avancer fort et ne pas casser le bateau, on attaque une période plus simple pour les bateaux mais pas vraiment pour la stratégie. Il y a une zone sans vent qui barre tout l’Atlantique. Il faut voir par où passer et décider si on la contourne par l’ouest au prix d’un long détour ou est-ce qu’on la traverse en espérant qu’il y ait encore un peu de vent dedans. C’est le sujet des prochains jours. Ensuite il y aura le pot-au-noir qui est toujours une zone intéressante. En hiver, il est moins hargneux qu’en novembre mais il faudra quand même le passer. On enchainera avec une descente le long du Brésil tout droit pendant un jour ou deux avec du vent sud-est. Il faudra guetter l’anticyclone. Il faudra voir s’il nous barre la route, auquel cas il faudra encore descendre plein sud pendant trois jours ou si une dépression qui nous viendrait d’Argentine ou du Brésil peut nous permettre de couper le fromage. »
Les mers du sud
« Ça fait 30 ans que je route et navigue autour du monde donc je connais. Tom a eu la bonne idée de faire l’étape du sud de l’Ocean Race et a pu avoir une idée de ces mers du sud. On connait bien la zone mais ça reste une zone difficile. Le pilotage n’est pas facile. Il faut encore une fois trouver un équilibre entre l’état de la mer et la vitesse du bateau. Contrairement à une tentative de record où nous décidons où nous allons, la zone d’exclusion des glaces décidée par l’organisation nous retire une problématique. »
















