VOILE : Groupe APICIL – Laurent BOURGUES : « Nous sommes des chanceux »
Le 29 octobre prochain, Damien Seguin – premier skipper handisport à avoir bouclé le dernier Vendée Globe (7e) – s’élancera aux côtés de Laurent Bourguès sur la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre à bord de son IMOCA Groupe APICIL désormais équipé de grands foils.
Ensemble, sur cette traversée de l’atlantique en double, ils continueront de porter haut et fort le message d’inclusion que défend le Groupe APICIL depuis de nombreuses années tout en essayant de le faire rimer avec performance.
Nous sommes des chanceux
« Certains veulent que cela se produise, d’autres souhaiteraient que cela se produise et quelques-uns font que cela se produise » Michael Jordan
Dans les premières années de leur vie, c’était un sport. Un de ceux qu’on essaie comme un autre quand on est gamins pour se défouler, pour s’amuser avec les copains, se faire plaisir … Mais très vite, pour Damien comme pour Laurent, la voile devient une passion. Un virus que l’on attrape et dont on ne peut plus se défaire. Une passion qui procure des émotions souvent indescriptibles tant elles sont fortes, développe sa force mentale, fait naître des expertises et génère des rêves. Alors, c’est à ce moment-là que la pratique s’intensifie, les entraînements s’enchaînent, les compétitions se multiplient et avec elles viennent les envies d’exploits et de haut niveau. Mais ils sont nombreux à le dire, devenir sportif professionnel n’est pas donné à tout le monde. Le travail pour y parvenir est long, parfois semé d’embûches et souvent le fruit de nombreux sacrifices. Bien qu’ayant tous les deux choisi des chemins de carrière totalement différents, Damien et Laurent sont parvenus aujourd’hui à faire de leur passion leur métier. Nous les avons rencontrés pour leur poser quelques questions sur ce sport qu’ils aiment tant, ses particularités, son évolution. Entretien sans filtre et sans complexe avec deux passionnés.
Damien, Laurent, vous considérez-vous comme des privilégiés d’exercer ce métier ?
Damien Seguin : « Ah, alors c’est vrai que nous pouvons être perçus comme des chanceux et je suis le premier à penser que nous avons une chance énorme de faire le métier que nous faisons. En revanche, ça ne se fait pas tout seul. Cela demande beaucoup de boulot avant mais aussi des sacrifices. Les gens ne voient pas souvent ça. Pour être skipper d’un IMOCA au départ des grandes courses, il faut avoir construit les choses depuis longtemps. Alors, oui il y a toujours quelques exceptions comme il y en a partout mais très souvent pour réussir il faut s’investir à fond, être persévérant et faire preuve d’abnégation. Il faut se battre à la sueur de son front. »
Laurent Bourgues : « Nous sommes des chanceux mais c’est de la chance qui se provoque en fait, au prix de beaucoup de sueur et de sacrifices ! »
Qu’est-ce que vous attire le plus dans votre sport ?
Laurent Bourgues : « J’aime bien le côté « panel très large ». Je m’explique. Ce que j’entends par là, c’est que c’est un sport avec plein de facettes et différentes pratiques possibles. En ce qui nous concerne, nous faisons de la course large mais la compétition est multiple. Ça peut être du double, du solitaire, du large, du parcours banane, un petit catamaran ou un gros bateau à une, deux voire trois coques avec ou sans foils. Et puis on peut aussi faire comme Damien, de la course au large et des préparations olympiques. C’est très enrichissant intellectuellement car nous avons l’impression qu’on ne peut jamais arrêter de se nourrir, d’avoir une nouvelle envie. Je ne dis pas que ça n’existe pas dans d’autres sports mais j’ai quand même l’impression que quelqu’un qui fait du foot aura toujours un ballon à mettre dans une cage. Après, il y a le côté humain qui est intéressant dans le sport en équipe, mais dans la voile bien souvent l’équipe dépend de la taille du projet. Et puis il y a ce côté où on ne lâche jamais. Si on ne peut pas faire un Vendée Globe ou autre, on peut faire autre chose et être un marin tout autant accompli. Certains skippers célèbres n’ont jamais fait le Vendée Globe et ont pourtant une très belle carrière. »
Damien Seguin : « Ce que je préfère c’est la mixité qu’il y a dans ce sport. C’est vrai qu’il y a moulte façons de pratiquer notre sport, que ce soient les supports, les formats, les tailles de bateaux, etc. C’est quand même assez unique je crois. Mais quand j’évoque la mixité, c’est au sens propre du mot. Evidemment, il y a la mixité visible sur les départs parce qu’il n’y a pas de catégories d’âge ni de catégories hommes / femmes. Mais il y a également une autre mixité que l’on côtoie tous, notamment avec nos partenaires. C’est quand même bien souvent la rencontre de deux mondes à l’origine très différents. Finalement, on se retrouve sur des projets communs et ça se passe bien. »
Que pensez-vous de votre sport aujourd’hui ?
Laurent Bourgues : « Personnellement ce qui me fait un petit peu peur pour la suite, c’est justement ce qui nous attire tous c’est-à-dire le niveau technologique des bateaux qui augmente de plus en plus. Je crains que l’humain ait petit à petit de moins en moins de place. Alors heureusement ce n’est pas encore le cas mais je pense que dans dix ans si on continue à ce rythme, on pourra mettre un peu n’importe qui à bord. Ça sera du e-sport. Encore une fois, nous n’y sommes pas encore mais c’est la projection que je fais aujourd’hui. Et ça, ça me fait dire, sans tomber dans un discours passéiste, que si c’est ce qui se passe, je pourrais dire « c’était mieux avant ». C’est-à-dire le temps où le bonhomme n’était pas constamment assisté par des ordinateurs, des pilotes automatiques et par tout l’électronique qui se développe. Certes, aujourd’hui tous ces aménagements permettent d’augmenter les vitesses mais je pense qu’il faut veiller à ce que nous ne devenions pas plus des ingénieurs pilotes que des marins. »
Damien Seguin : « C’est un peu la dérive technique et technologique actuelle. Je ne dirais pas que c’était mieux avant. Peut-être sur certains trucs c’était mieux, mais pour ma part, je suis très à l’aise avec la façon dont je vis mon sport aujourd’hui. Nous ne sommes pas des stars mais nous ne sommes pas des anonymes non plus, ce qui nous permet aussi d’avoir des voix qui portent sur certains sujets. Et je trouve que c’est un sport qui évolue bien du moins assez lentement pour que tout le monde ait le temps de prendre ses marques. On voit même un gros coup de boost sur le sponsoring. Il y a beaucoup de marques qui sont arrivées dans la voile et qui y restent. C’est quelque chose dont il faut se rendre compte car on peut véhiculer des valeurs qui sont en dehors de la voile mais de manière complètement naturelle et assez facile. Nous avons un beau sport, un sport qui se veut propre. Alors oui tout n’est pas parfait mais nous faisons des efforts. Nous avons des leviers pour faire mieux que ce que l’on fait aujourd’hui. Et je crois sincèrement que tous les sports ne peuvent pas en dire ou en faire autant. »
Quelle est aujourd’hui la course / compétition que vous aimeriez faire ou refaire ?
Damien Seguin : « J’aimerais bien faire un championnat du monde de Hobie Cat 16 avec mon fils. »
Laurent Bourgues : « La Route du Rhum car je ne l’ai jamais faite. » Si on vous proposait le bateau de vos rêves, comment serait-il ?
Laurent Bourgues : « Pour moi ce serait un bateau à trois coques »
Damien Seguin : « Un bateau rouge avec des grand foils et un petit cochon à l’arrière »

















