CYCLISME : Sami décrypte les fortes chaleurs du Tour de France
L’adaptation aux vagues de chaleur extrêmes va devenir essentielle.
Si le Tour de France émet 3 fois moins de CO2e que la Coupe du Monde de Rugby qui aura lieu deux mois plus tard en France, il fait face à d’autres difficultés comme les vagues de chaleur, de plus en plus extrêmes, auxquelles il devra s’adapter.
Le samedi 1er juillet, les coureurs du Tour de France s’élanceront de Bilbao en Espagne. Au programme, 21 étapes jusqu’à l’arrivée le 23 juillet sur les Champs-Elysées à Paris. A cette occasion, Sami, cabinet en stratégie climat qui permet aux entreprises de mesurer et réduire leur empreinte carbone, a analysé les risques climatiques auxquels le Tour de France est et sera confronté. La Grande Boucle ne pourra pas faire l’économie de mesures d’adaptation ambitieuses.
Le Tour de France est très exposé à l’augmentation attendue de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur et des canicules. Parce qu’il se court en plein été et parce que c’est une compétition en plein air.
Peut-on laisser se dérouler des étapes de plus de 200 ou 250 kilomètres de long sous des températures dépassant 35 voire 40 degrés, pendant plusieurs jours de suite, sans mettre en danger la santé des cyclistes ?
La fréquence des vagues de chaleur pourrait doubler d’ici 2050 et dans le scénario climatique où les émissions de CO2 continuent à augmenter fortement, des vagues de chaleur ininterrompues durant plus de deux mois deviendraient même possibles d’ici la fin du siècle.
Le 17 juillet dernier, la 15eme étape du Tour de France 2022 s’est courue avec des pics à plus de 40 degrés entre Rodez et Carcassonne. “On ne va pas pouvoir réitérer des journées comme aujourd’hui” reconnaissait par exemple Marc Madiot, le manager de l’équipe française Groupama-FDJ. Autre illustration, pas plus tard que ce dimanche 25 juin, les championnats de France de cyclisme se sont déroulés sous une chaleur étouffante. Seuls 23 coureurs ont franchi la ligne d’arrivée. Le favori Julian Alaphilippe a même dû abandonner, victime d’un coup de chaud et de plusieurs vomissements.
Il est intéressant de noter par ailleurs que l’an dernier, lors des journées de fortes chaleurs, plusieurs tronçons de route ont dû être arrosés pour refroidir le bitume, déclenchant une polémique en période de sécheresse historique et de restrictions d’usages de l’eau en France. Selon ASO, l’organisateur du Tour de France, les quantités d’eau utilisées ont été très faibles mais cela illustre bien aussi le risque de maladaptation et le défi d’acceptabilité de certaines mesures.
SAMI a identifié plusieurs mesures d’adaptation sur lesquelles les organisateurs vont devoir se pencher.
Décaler les dates du Tour de France. La Grande Boucle au début des vacances d’été, les juilletistes qui attendent le passage de la caravane, les victoires de Laurent Jalabert ou Richard Virenque le 14 juillet, tout cela fait partie du patrimoine du Tour de France et du patrimoine français. Mais le Tour pourra-t-il toujours se courir en plein été dans quelques années ou quelques décennies ? L’intensification des vagues de chaleur permet d’en douter.
Une première solution, c’est d’organiser le Tour de France à un autre moment, au mois de mai, de septembre ou d’octobre par exemple. Cela nécessite de réorganiser le calendrier international des courses cyclistes. Mais cela ne résout pas tout non plus car le problème, c’est que les mois de juin et de septembre seront également de moins en moins épargnés par les vagues de chaleur. D’autres grandes compétitions sportives ont déjà fait ce choix. On pense évidemment à la Coupe du Monde de Football qui s’est déroulée l’an dernier au Qatar en novembre/décembre et non en juin/juillet comme d’habitude.
Décaler le départ des étapes tôt le matin. L’enjeu, c’est d’éviter aux coureurs de fournir leurs efforts durant le pic de chaleur. Cette solution est plus simple à mettre en place que de décaler le Tour en entier. Cela ne remet pas en cause l’organisation de la compétition au mois de juillet et les spectateurs seront là. A noter néanmoins qu’une contrainte importante réside dans le fait que les audiences télévisuelles sont habituellement bien plus élevées l’après-midi que le matin.
Raccourcir les étapes. C’est une mesure qui peut être complémentaire à un départ plus tôt le matin. Lors des épisodes de canicule, le mercure grimpe très vite au cours de la journée. Partir plus tôt ne suffira peut-être pas pour épargner les coureurs. Dans ce cas, organiser des étapes de 150 km au lieu de 200 ou 220 est une option intéressante.
Cela pose néanmoins la question du tracé final du Tour de France. Moins de kilomètres sur plusieurs étapes, c’est un Tour qui sillonne moins la France.
On le voit, chacune de ces solutions présente des contraintes, parfois importantes. Elles viennent remettre en cause pour certaines ce qui a permis au Tour de France de devenir l’une des compétitions les plus populaires en France et dans le monde. La meilleure adaptation reste bien de réduire au plus vite les émissions de CO2e afin de limiter les impacts du réchauffement climatique à venir. Néanmoins, on le sait, ces impacts sont déjà présents et ils vont s’intensifier. Ils sont en train de devenir des contraintes majeures pour la tenue non seulement du Tour de France mais aussi de nombreuses autres compétitions sportives : course à pied, football ou encore sports d’hiver seront touchés. Il faut s’y adapter et cela nécessite de faire des choix. Et c’est parce que les solutions ne sont pas simples qu’il faut y travailler maintenant pour anticiper et trouver les meilleurs ajustements.

















