VOILE : Concentration maximale à bord de Holcim-PRB pour une 6ème étape au format très particulier
À 18h15 aujourd’hui, la flotte des IMOCA de The Ocean Race quittera Aarhus pour rejoindre La Haye aux Pays-Bas via une bouée à virer devant Kiel en Allemagne.
Les cinq monocoques s’élancent pour l’étape la plus courte du tour du monde, celle qui pourrait par ailleurs être la plus épique ! Ces 800 milles disputés au plus près des côtes risquent d’être déterminants pour la victoire finale.
Alors qu’il n’est qu’à un point des leaders de 11th Hour Racing Team, l’équipage de Holcim-PRB aborde ce sixième rendez-vous avec détermination et beaucoup de concentration. Benjamin Schwartz qui endosse pour la première fois le rôle de skipper d’un IMOCA sait que cet état d’esprit ne devra pas les quitter durant les trois jours de course qui s’annoncent.
C’est donc une étape sous haute tension que s’apprête à disputer Holcim-PRB, une étape où la tactique prendra le pas sur la stratégie. La flotte devra d’abord descendre au sud pour aller virer une bouée au fond de la baie de Kiel en Allemagne avant de remettre cap au nord pour aller contourner le Danemark et entamer une descente vers les Pays-Bas. La course va se disputer dans des zones de navigation restreintes, parfois même dans des couloirs et la proximité constante de la côte va ajouter beaucoup d’incertitudes dans la progression des IMOCA.
Avec Yoann Richomme et Martin Le Pape, Benjamin Schwartz va veiller sur la navigation. Et ce ne sera pas une mince affaire. Ensemble, ils ont rentré plus de 150 points virtuels qui déterminent les zones d’exclusion à la navigation. Trafic maritime, champs d’éoliennes, bancs de sable… constituent des espaces interdits ou dangereux pour les 60 pieds.
Et sur cette route entre Aarhus et La Haye, ils sont incroyablement nombreux ! Ce sera l’un des gros points de vigilance car si une zone interdite est franchie, c’est la pénalité assurée. « J’ai l’impression que la moitié de la navigation sera faite avant le départ car il faut déjà ne pas faire d’erreurs dans la lecture du parcours et dans la saisie des waypoints, la localisation des bancs de sable, des îles et des zones interdites. Il faut être précis dans l’exercice donc on s’y est mis à trois » commente Yoann.
Il faudra donc non seulement se faufiler au milieu de ces pièges sans commettre la moindre erreur, mais aussi savoir tirer le meilleur des variations de vent attendues très nombreuses sur le parcours. Enchaîner les manœuvres et choisir les bonnes voiles sera aussi clé d’abord dans les petits airs, puis dans les conditions de vent de travers et de mer plate qui pourraient faciliter le vol du bateau. « Les options météo sont à la marge sur cette étape. Il va principalement être question de vitesse : faire les bons choix de voile, les bonnes manœuvres au bon moment » résume Benjamin Schwartz.
Pour cela les trois équipiers, tous issus de la filière FIGARO (exigeante filière de formation à la course au large en solitaire), s’appuieront sur l’expérience d’Abby Ehler qui embarque pour la 4è fois à bord de Holcim-PRB sur la course. La Britannique qui possède une grande expérience du tour du monde affiche une sérénité de sage et a en tête de poursuivre le travail de performance mené depuis le départ d’Alicante. À bord, pour cette sixième étape, elle apporte un peu plus de confiance à Benjamin, Martin et Yoann. Ce dernier la décrit d’ailleurs comme « la patronne » dans un grand éclat de rire témoignant de l’esprit d’équipe qui règne entre les quatre marins même s’ils se connaissent encore très peu.
« Avoir trois figaristes qui savent pousser très loin en termes de fatigue et qui sont toujours à fond sur la navigation, sur la performance ça va être un plus. En plus de ça, nous avons Abby, qui va avoir un rôle clé à bord. Elle connaît extrêmement bien le bateau, les manœuvres. Elle a tout l’historique sur certains réglages de Holcim-PRB, je pense que sans elle, on serait en bien moins bonne posture. Le fait de l’avoir à bord, c’est aussi une assurance pour nous » complète le skipper de Holcim-PRB.
Ensemble, ils relèvent donc le pari d’une étape pimentée, passage obligé pour reconquérir la première place du classement général. L’arrivée est prévue dimanche à La Haye. Georgia Schofield sera la reporter embarquée sur cette étape dont elle devrait partager une fabuleuse matière photo et vidéo.
DÉCLARATIONS
Benjamin Schwartz (skipper)
« La spécificité de l’étape, c’est qu’elle est courte avec uniquement deux jours et demi de navigation sur un parcours côtier tout du long. Nous allons descendre à Kiel, on va être bloqués entre le Danemark d’un côté et l’Allemagne de l’autre. Ensuite en remontant, on retrouve un petit peu de champ, mais il y a beaucoup de zones interdites dans lesquelles on n’a pas le droit de mettre un orteil et où il va falloir être vigilant. C’est une zone où il y a peu d’eau, avec des bancs de sable. Il va falloir être extrêmement vigilant aussi au niveau de la navigation pour ne pas faire d’erreur. En termes de conditions de vent, nous allons être entre des brises thermiques au début. Ensuite, un flux d’est va s’installer. Sur cette étape, nous allons avoir une mer extrêmement plate puisque sur l’est du Danemark on a de la côte à peu près partout dans notre est, d’où viendra le vent. Sur la côte ouest, pour descendre vers les Pays-Bas, il y aura également très peu de mer. Comme ces conditions anticycloniques durent depuis assez longtemps maintenant sur l’Europe, on devrait rencontrer des conditions très plates qui seront très propices à un vol à peu près facile et stable sur le bateau. Les options météo sont à la marge sur cette étape, c’est principalement une course de vitesse : faire les bons choix de voile, les bonnes manœuvres au bon moment. »
Yoann Richomme
« On navigue dans une zone dans laquelle nous n’avons pas l’habitude de naviguer, donc c’est une des préparations de navigation les plus compliquées. Le parcours est rempli de champs d’éoliennes, de zones de trafic, de beaucoup de bouées et d’îles entre lesquelles passer. Donc nous avons tout préparer pour ne pas nous retrouver surpris ou perdus. Le parcours pour descendre et remonter de Kiel est très restreint, c’est vraiment un couloir, sans parler du passage dans le fjord de Kiel qui est tout petit, à peu près 8 milles de long, dans lequel on a le droit de rester uniquement dans le chenal. Dans cette zone, ils ont prévu près de 1 000 bateaux et 100 000 spectateurs, ça va être assez dingue, mais cool. Les conditions météo sont plutôt bonnes. Nous allons progresser vent de travers plus ou moins pour rentrer et sortir. Le départ va être très light, surtout dans la descente jusqu’à Kiel. Après Kiel on retrouve un peu de vent – une quinzaine de nœuds – pour remonter tout droit, rapide. Ensuite, la dernière partie est un petit peu plus ouverte mais encore très fermée par rapport à ce qu’on a l’habitude de faire. Stratégiquement, il n’y a pas grand-chose à jouer. Pour le début jusqu’à Kiel, c’est un peu de navigation dans le vent faible, il y aura sûrement des choix qui peuvent créer des écarts. Après, c’est surtout un concours de vitesse. »
Martin Le Pape
« J’estime que ça fait avancer de sortir de sa zone de confort. Donc c’est une opportunité en or pour moi de faire cette étape. Je suis hyper concentré parce que j’ai envie de bien faire. Je trouve que c’est une super équipe et j’ai vraiment envie de m’arracher aussi pour tout le monde. Je vais donner le maximum pour que l’on reprenne la tête du classement et que l’on aille gagner cette Ocean Race. Donc vraiment le sentiment qui prédomine, c’est la concentration. Nous avons engrangé beaucoup d’informations en peu de temps, mais nous restons focus. L’étape va être courte et hyper intense. Nous n’aurons pas le droit à l’erreur sur la navigation. Il faudra bien se poser, discuter. Nous sommes trois navigateurs à bord avec Yoann et Benjamin. Je dirais qu’on va fonctionner en mode « un navigateur et deux garde-fous ». Abby est le chef d’orchestre de tout cela. On l’écoute et souvent on va chercher Abby quand il y a des manœuvres pour se rassurer et avoir son approbation. »
Abby Ehler
« Je n’avais jamais rencontré Yoann et Martin avant leur arrivée à Aarhus. Et j’avais croisé brièvement Yoann à Lorient. C’est un équipage complètement nouveau mais ça signifie aussi une nouvelle énergie à bord, de nouvelles idées. C’est une étape importante. Il va falloir faire les choses simplement, revenir aux basiques. Mon champ de compétence est plutôt sur les choses mécaniques et les manœuvres. Je ne suis pas en charge de la navigation donc nous allons nous compléter. C’est ce que j’aime faire. Je vais faire mon maximum pour que l’on évite les erreurs sur cette partie que je maitrise plus, notamment les manœuvres. Ce que l’équipe a réalisé depuis le départ est fantastique. Il nous reste deux étapes à faire, nous sommes à un point seulement des leaders. Tout est possible. »

















