MONTAGNE : Les portraits des pionniers de Val Thorens
De cette station, personne ne voulait.
Personne ne voulait en financer la construction, y habiter, travailler.
Elle était trop haute, trop loin, trop froide, trop ventée, trop risquée. Un terrain hostile où aucun arbre ne pousse et où le vert est un souvenir plutôt qu’une couleur. Et pourtant, 50 ans plus tard, elle est l’une des stations les plus connues du monde.
En 1972, une petite ville se construit là-haut à 2 300 mètres d’altitude. Ici, dans cet ouest d’altitude, le mot d’ordre n’est pas « go west » mais « go high ». La conquête de l’ouest ? L’ouest du Parc de la Vanoise ! Val Thorens, c’est le projet fou de quelques pionniers : le lieu est propice, les Hommes fougueux et inventifs… Mais rien n’est facile. « En 71, nous avons par exemple reçu la visite à Paris d’un monsieur Héry, comptable, qui n’avait vu la montagne qu’au cinéma, ne faisait pas de ski, n’avait pas d’expérience dans le métier et voulait ouvrir un hôtel à Val Thorens. Le projet de station l’avait enthousiasmé. Il a donc construit et exploité l’hôtel Le Val Chavière, s’est lancé plein pot sans rien y connaître : voilà la typologie des Valthorinois du départ », raconte Pierre Josserand. Sur place, les commerces ouvrent : Marc est à la crêperie des Saints-Pères, Gérard au chalet de la Moutière, Chantal à la maison de la presse, Camille à l’ESF, Jean Béranger à l’Office du Tourisme, les soeurs Goitschel au magasin de sport… Des personnalités originales pour une station à la frontière.
Ainsi, on peut re-parcourir toute l’histoire de la station… Val Thorens est née d’une vision qu’elle poursuit avec la même énergie en tension vers l’avenir. La vision, c’est un regard qui traverse les possibles. Une idée à toute épreuve. Val Thorens l’a prouvé. La naissance d’une station nouvelle est jeu de probabilités impossibles – qui revient à gagner dix fois de suite à la roulette -, « Autant de si (…) qui sans réponse auraient conduit probablement à l’abandon du projet de Val Thorens », résume Pierre Josserand à la fin de son livre de souvenirs. L’avenir est une idée vieille de cinquante ans.
Val Thorens est la page blanche des histoires d’entrepreneurs, de skieurs, de rêveurs, d’inventeurs, d’ingénieurs, d’explorateurs. La page blanche qui, à mesure qu’elle se noircit du récit de hautes aventures laisse la place aux suivantes…. Mais revenons en arrière en plongeons-nous dans les portraits qui ont façonner Val Thorens, il y a 50 ans.
JEAN BÉRANGER
Jean Béranger, né le 20 juin 1937 à Allevard restera l’un des entraîneurs phares du ski alpin et une grande figure du ski français. Entraîneur en chef de l’équipe de France féminine de ski lors du fameux « double doublé » des soeurs Goitschel aux Jeux Olympiques d’hiver d’Innsbruck en 1964, il va connaître la consécration, qui reste encore aujourd’hui le succès majeur du ski féminin français ! Succès qu’il réitère en accompagnant Marielle Goitschel au sommet des podiums internationaux lors des Championnats du monde de 1966 à Portillo et des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968.
Ce lien avec les soeurs Goitschel se renforce d’autant plus quand, en 1966, il épouse Christine Goitschel. Tous les trois s’embarquent ensuite dans “l’aventure Val Tho” dès 1972 (Marielle les rejoindra plus tard, en 1975). Jean Béranger quitte l’équipe de France, “monte” à Val Thorens accompagné de sa femme et crée en 1972 la section de l’École du Ski Français de Val Thorens, le Club des sports local ainsi que l’Office du tourisme de la station, dont il assure la présidence jusqu’en 2010… Rien que ça ! Jean Béranger fait parti “des pionniers de Val Thorens”. Il va faire rayonner la station dès son ouverture et lui permet, aux côtés de ces autres “coreligionnaires”, de s’organiser quasi immédiatement comme les autres grandes stations françaises. Jean Béranger fut l’une des figures centrales du développement de l’apprentissage du ski français et son implication au sein du ski français fut importante. Vice-président du puissant Syndicat national des moniteurs du ski français de 1973 à 1989, il fut également président de la Fédération Française de Ski.
Il nous a quittés le 17 août 2012, à l’âge de 75 ans, comme il avait vécu, en action :alors qu’il effectue la montée du collet d’Allevard à vélo, en compagnie d’un groupe d’amis, il fait un arrêt cardiaque.
Sa fille Virginie est directrice de l’école de ski Évolution 2, son autre fille Stéphanie est l’une des fondatrices de Goitschel Sport…
Où ça ? À Val Thorens, bien-sûr !
PIERRE JOSSERAND
À 80 ans, Pierre Josserand conserve toujours son âme de pionnier. Il est l’un des fondateurs de Val Thorens. Il évoque encore avec enthousiasme de futurs projets et « l’innovation du transport du câble, propre, vertueux… ». Le Président de la SETAM est un Gadz’Art, diplômé ingénieur des Arts et Métiers, tout comme Pierre Schnebelen, l’un des célèbres promoteurs privés de l’époque du plan neige, lui aussi à l’origine de Val Thorens.
Pierre Josserand était chargé dès 1968, du projet de “cette station inédite” en haut de la vallée des Belleville, à plus de 2200 m d’altitude.
Contre vents et marées, méfiances et bras de fer politiques, il parvint à ouvrir la station en décembre 1971, avec quelques familles de pionniers installées dans ce bout du monde pour proposer du ski « 365 jours par an ».
À la tête de la SETAM (société de remontées mécaniques), il a positionné cette nouvelle station parmi les plus prestigieuses du monde en concevant et construisant avec ses équipes des remontées mécaniques innovantes, comme le téléphérique de la Cime Caron en 1982, qui a propulsé Val Thorens dans une autre dimension. Avec son équipe d’ingénieurs, il a inventé et breveté de nouveaux mécanismes et concepts de remontées mécaniques, tels que le FUNITEL, le premier télésiège à double-embarquement, le double-monocâble pour permettre aux cabines de mieux résister au vent, la première remontée sans opérateur… Val Thorens est la station qui détient le plus de brevets dans le transport par câble !
La dernière innovation en date de la SETAM : la liaison “pieds au sec” entre Orelle (en Maurienne) et Val Thorens par une chaîne de télécabines. Cet ensemble constitue un lien entre le transport ferroviaire, Orelle et Val Thorens, et permet déjà de venir skier sans prendre la voiture !
AURÉLIE REY
Aurélie est une fée qui mélange l’art et la gastronomie ! Elle incarne tout simplement la “1ère génération des enfants de Val Thorens”. À aujourd’hui 48 ans, elle se remémore le chemin parcouru comme une belle victoire sur les pronostics et l’enfance “à la dure” qu’elle a connu.
À Val Thorens, les débuts sont rudes, mais la culture “du travail en famille” demeure. Entre époux, on se serre les coudes, tout le monde participe au développement des commerces, des restaurants…. La femme joue un rôle important d’exploitante et l’histoire s’écrit au pluriel.
Aurélie se souvient que « rien n’était inscrit, les moyens techniques étaient moindres (pas de déneigement, ni de livraison…), c’était un modèle entier à créer et il fallait se battre pour gagner son pain ».
Elle voit alors son père, Camille, originaire de Saint-Martin-de-Belleville, se retrousser les manches et développer Val Thorens avec ce qu’il sait faire de mieux : skier !
Formé au monitorat de ski dans les rangs du Club Med, il rejoint Jean Béranger pour créer l’ESF de Val Thorens. Il y officiera quelques années en tant que directeur et créera ensuite le premier bureau des Guides de Haute-Montagne de la vallée (il connaissait par coeur le territoire, pour y avoir gardé les vaches), avec l’envie farouche de partager sa passion et de faire découvrir son pays, Val Thorens !
Quelques années plus tard, alors que la station s’installe tranquillement dans le paysage alpin français, il reprend avec Nicole, son épouse et la maman d’Aurélie, le restaurant “Les Aiguilles de Péclet” perché à 3000 mètres d’altitude. C’est là qu’Aurélie, leur fille, en les aidant au restaurant, prend goût à la cuisine et la restauration.
C’est seulement en 1980, soit 7 ans après l’ouverture de la station que l’école ouvre à son tour à Val Thorens. C’est ici qu’Aurélie se fera des amis, eux aussi, “enfants de Val Thorens” qu’elle côtoie encore aujourd’hui et qui sont sa propre famille.
Après s’être occupée des affaires de ses parents pendant 10 ans, elle a parcouru le monde dans le cadre des compétitions internationales de ski et de ses études. Aurélie gère actuellement l’Alpen Art, le restaurant branché et raffiné au centre de la station, où se mêle cuisine gourmande et oeuvres d’art. Impossible pour elle de quitter Val Thorens. « Ici, nous sommes une vraie fratrie, tous les enfants de cette génération ont vécu ensemble, à l’école comme au ski ».
Elle cherche donc à développer l’art et la culture dans la station et à créer une véritable identité à Val Thorens grâce à ses nombreuses expositions à l’Alpen Art :« l’objectif est de faire transpirer l’énergie qui émane de Val Thorens ». Si on lui demande son projet sur le long terme, elle répond du tac au tac : « Continuer de développer ce restaurant comme un vrai lieu à vivre, pas uniquement à destination des touristes mais perpétuer l’esprit pionnier en facilitant la vie à l’année, en donnant l’accès à des services, comme la restauration par exemple, existants 365 jours par an ». L’essentiel pour elle, c’est d’agrémenter la vie locale, et pouvoir perpétuer cet esprit si cosmopolite propre à Val Thorens.
THIBAULT COMBRE
Issu de la 2ème génération de Val Thorinois, Thibault Combre fait partie des premiers enfants de la station à être né à Val Thorens. Son père arrive en 1973 au chalet de la Moutière comme restaurateur où il tient le bar de “La Taverne” pendant quelques années. Il rencontre sa compagne à Val Thorens avec qui il crée le “Chalet du Plein Sud” (l’actuelle Folie Douce) en 1982. Thibault est né en 1990 et jusqu’à ses 19 ans, ils vivront là-haut tous les quatre au Chalet du Plein sud, Thibault, son frère aîné et leurs parents.
Tous les déplacements entre l’école et le chalet se faisaient en motoneige… Une vraie vie de montagnard et d’aventure !
Il fait ses “premiers pas” sur des skis à deux ans puis entre au ski club, et plus tard en ski étude, dès la 6ème, à Bourg-Saint-Maurice et à Moûtiers. Il enchaîne 3 ans de compétitions internationales en ski alpin : 3 Coupes d’Europe de Skicross et 3 départs en Coupe du Monde.
À 23 ans seulement, il arrête la compétition et devient entraîneur du ski club de Val Thorens et de la fédération française de Skicross. Il est maintenant directeur du Club des Sports de Val Thorens, depuis 4 ans. Son but : « faire perdurer la formation des jeunes sur la station et la découverte des métiers de la montagne. J’aime faire partager ma passion aux nouvelles générations et leur inculquer le goût de la compétition dans un bon esprit et une bonne hygiène de vie ».
Il participe activement au développement de l’événementiel sportif et a la volonté d’innover et de favoriser l’émergence de nouvelles disciplines sportives. Il est notamment très fier d’accueillir pour la première fois cette année la Coupe du Monde de ski alpinisme.
Mais ce n’est pas tout, Val Thorens est une terre de champions et il souhaite les valoriser et les accompagner dans leurs carrières. Il a grandi auprès de la plupart d’entre eux, suivi leurs évolutions, et considère cet accompagnement comme la suite logique ! Alors qu’il s’apprête à devenir papa fin octobre, il est fier d’enclencher « la 3ème génération d’enfants de Val Thorens » et a à coeur « de faire grandir ses propres enfants ici ».
MARIELLE GOITSCHEL
Marielle et Christine sont indissociables depuis que les deux soeurs ont illuminé le ski français, avec leurs doublés aux Jeux Olympiques d’Innsbruck en 1964. Une aisance sans pareille. D’autres titres mondiaux suivront pour Marielle, des exploits que la France suivra avec passion ! Ces enfants de Val d’Isère ont contribué à la mode du “ski loisir” et au développement du tourisme de montagne.
Elles se lancent toutes deux dans l’aventure Val Thorens dès 1972 pour Christine, en 1975 pour Marielle. Après quelques années, elle ouvre en 1987, les portes de la première “Académie des Neiges”, qui a pour vocation d’apprendre aux plus jeunes les plaisirs de la glisse, mais avec un tout nouveau mode de fonctionnement !
Elle a créé à Val Thorens un nouveau concept d’enseignement du ski à destination des enfants, à la fois ludique, performant et pédagogique. La plupart des grandes écoles de ski de France et d’Europe s’en sont inspirées pour créer ce que sont devenus les actuels “clubs piou-piou” et autres clubs juniors dans les écoles de ski les plus performantes.
Aujourd’hui, le bâtiment qui a accueilli la première Académie des Neiges s’est transformé en hôtel 4 étoiles, sportif et moderne, il s’appelle logiquement Le Marielle !À 78 ans, Marielle revient très régulièrement sur Val Thorens, car elle l’assure : « J’ai pratiqué toutes les pistes du monde entier mais Val Tho rien ne la vaut ! ».
JOSEPH FONTANET
Le soutien de Joseph Fontanet, maire des Belleville de 1965 à 1977, sera déterminant dans la réussite de la construction de Val Thorens. Plusieurs fois ministre de 1972 et 1974, son statut permettra notamment la création d’une école et des services essentiels pour une vie à l’année à 2 300 mètres d’altitude, seuls garants de la fixation et du maintien des forces vives de la station.
Il soutiendra efficacement Pierre Schnebelen, développeur de la vallée qui construira une importante partie de Val Thorens en 10 ans.
GEORGES CUMIN
Georges CUMIN maire des Belleville de 1977 à 2001, a mis en avant l’altitude de la station, sommet des 3 Vallées et plus haute station d’Europe. Il est à l’origine de la configuration originelle de la station et décide, avec les parties prenantes du plan d’urbanisme, de créer un front de neige et un centre, la Place Caron. « Cette place de Caron devint ainsi, comme je le souhaitais, la dominante de la vie de la station : elle sert l’hiver de grenouillère enneigée, bordée à l’est par les beaux hôtels (Le Val Thorens et Le Fitz Roy), et au nord par la maison de Val Thorens (office de tourisme, ESF). Elle est ouverte plein sud vers le soleil avec une superbe vue libérée de la présence des « bagnoles », animée par le rassemblement des skieurs, la circulation des piétons et la présence en périphérie des terrasses des restaurants. C’est une réussite qui me réjouit… ».
ANDRÉ PLAISANCE
André PLAISANCE maire de 2001 à 2020, succède logiquement à Georges Cumin, dont il fût le premier adjoint pendant dix-huit ans. Influent et dynamique, il est parfaitement au fait de la gestion et du développement des Belleville et stabilise ce site en perpétuel mouvement.
Il sera notamment le maire de l’accession de Val Thorens au titre de meilleure station du monde, de France et d’Europe. Il solidifie les relations avec la SETAM, l’exploitant des remontées mécaniques, et ancre Val Thorens dans le plus grand domaine skiable du monde, en favorisant la création, le dynamisme et la pérennité de l’association des 3 Vallées. Il insuffle un nouvel esprit et favorise le dynamisme de l’office du tourisme et son interaction avec l’ensemble des interlocuteurs de la station et des 3 Vallées.
CLAUDE JAY
Claude JAY maire depuis 2020, est de la même veine et développe la fréquentation estivale d’une station initialement peu tournée vers l’été.
Sous son impulsion, Val Thorens développe son offre estivale avec la création de la piste cyclable, la Via 3 Vallées. Depuis le 1er Juillet 2022, la Via 3 Vallées relie les quatre stations du plus grand domaine skiable du monde : Courchevel, Méribel, Les Menuires et Val Thorens. Elle offrira rapidement la perspective d’un domaine cyclable exclusif acteur de l’élargissement des saisons.
Le dernier projet d’importance, porté par Claude Jay et la SOGEVAB, est le centre sportif qui remplacera cette année son historique prédécesseur dont l’ouverture en 1981, à une telle altitude, avait été une innovation. Le nouveau centre sportif et culturel de Val Thorens, appelé « Le Board », accueillera les clients pour des sessions de tourisme d’affaires, de jeu, de sport, de bien-être et de découverte en tout genre !
















