RUGBY : Entretien avec Éric HANNEZO et Matthieu VOLLAIRE – Réalisateurs
Sur combien de temps avez-vous suivi l’équipe ?
M.V : On a suivi l’équipe sur 7 mois de compétition, de décembre 2020 à juin 2021.
Quelles ont été les contraintes techniques ?
M.V : Pour l’image, la difficulté première a été de tourner en qualité cinématographique tout en étant léger et mobile, deux paramètres antinomiques que j’ai pourtant dû faire concilier. J’ai fait en sorte de trouver cet équilibre en choisissant avec soin le matériel de tournage. La deuxième contrainte a été le son, faire en sorte de toujours laisser traîner un micro pour ne rien rater des discussions. Vu le nombre de personnages, entre les joueurs, le staff, le président, c’était un vrai défi !
Quelle ligne de conduite vous êtes-vous fixé au moment du tournage ?
M.V : Une seule : me fondre dans l’équipe. Me faire oublier au maximum, être le plus discret possible pour ne rien rater et surtout ne rien dénaturer. Le Stade Toulousain, c’est une véritable famille et je crois pouvoir dire aujourd’hui que j’en fais partie.
Y avait-il des moments que vous étiez particulièrement impatients de tourner ?
M.V : Les discours d’avant-match du coach avec cette atmosphère incroyable de concentration, de tension et de communion avec les joueurs et le staff. C’était un moment fort que j’attendais à chaque fois impatiemment. Et puis bien sûr les finales. Étant seul avec eux, j’avais très peur de rater des moments d’exception car ces scènes-là, ils ne les recommenceraint pas pour moi.
Comment avez-vous manœuvré pour que la présence des caméras assure une totale immersion et ne dénature pas le comportement de l’entraîneur et des joueurs ?
M.V : J’avais deux leitmotiv au début du projet : être le plus discret tout en étant le plus présent. Il fallait que l’équipe et le staff s’habituent à ma présence pour finir par m’oublier. Pour arriver à un tel résultat, il faut passer du temps, partager des moments sincères avec eux. J’ai beaucoup tourné, parfois des séquences qui se sont révélées inutiles pour le film mais elles ont sur le moment servi à gagner leur confiance, leur respect et les habituer à ma présence.
Le montage a duré 9 semaines. Quels ont été les challenges ?
M.V : Pour moi il y a eu deux immenses challenges en montage. Le premier c’est de revisionner les centaines d’heures de rushes que j’ai enregistrées. C’est 7 mois de tournage à ingurgiter cela représente un travail colossal pour toute l’équipe de post-production. Ensuite la grande difficulté, c’est de retranscrire au plus près toutes les émotions que l’équipe a traversées lors de cette saison historique. Cette année passée avec eux a été une succession de montagnes russes émotionnelles. À nous de les partager, les faire vivre aux spectateurs. E.H : Il fallait absolument s’en tenir à une vision et ne pas s’éparpiller. Raconter une immersion au cœur d’un club, presque un huis-clos, du moins dans sa première partie. Le montage est un exercice aussi excitant qu’anxiogène, tant on peut s’y perdre. Or, il était clair que «Le Stade» proposerait une immersion au cœur de «la machine» Stade Toulousain. Qu’est-ce qui conduit à l’excellence ?
Le travail, la répétition dans le travail, le rapport à la douleur et, au-dessus de tout, le management. Un club, c’est une direction, un langage… Et un grand entraîneur… Devant ses discours, son emphase et son humanité, il était évident que la structure du film reposerait sur ses prises de paroles. C’est un film qui profite de l’expérience de la salle de cinéma, là-dessus aussi le montage devait intégrer cette expérience. Rendre la vision singulière et immersive. D’où un immense travail de sound-design, une certaine radicalité dans nos choix et nos ellipses. Ainsi, le film est, dans sa première partie, très «fermé». On s’entraîne, on joue, on s’accroche. Progressivement, on respire avec cette équipe jusqu’aux joies finales. Et cela grâce au travail remarquable et l’œil des deux monteurs, Anne-Marie Le Solliec et Thierry Demay.
Pourquoi le choix du noir et blanc et du format scope ?
M.V : Avec Eric Hannezo nous avons opté pour le noir et blanc pour plusieurs raisons. Par esthétisme d’abord, nous trouvions que le noir et blanc et son côté brut, intransigeant, authentique collait parfaitement à ce sport. Ensuite c’est une question d’esthétique propre au rugby. Le rugby est peu présent en documentaires et c’est une façon de lui créer une identité visuelle qui lui est propre. Cela le démarque de ce qui a pu se faire pour d’autres sports. Enfin le Stade Toulousain est un club à part, il était logique qu’il ait un film différent, qui sorte du lot
E.H : C’est arrivé très naturellement, de manière presque intuitive. A titre personnel, nous adorons le noir et blanc, c’est presque l’aristocratie des couleurs. Cela donne au film un côté intemporel, une certaine élégance. Cela renvoie à nombre de grands classiques du cinéma. Et puis cela permet de créer un «regard» nouveau sur des images et des matchs que tous les spécialistes ou fans connaissent déjà. C’est aussi la volonté de traduire cette sensation d’enfermement, la covid, le travail, et des déplacements pour aller affronter les équipes concurrentes. Cela renvoie également à la photographie, et notre volonté de «regarder» les visages, les corps, les décors…
Que voudriez-vous que les spectateurs retiennent de votre film ?
E.H. : Tout d’abord, et avant tout, qu’ils aient vécu une expérience cinématographique la plus immersive possible. Qu’ils aient ressenti la tension, l’angoisse, la délivrance et la joie du parcours de cette équipe hors norme. Nous les emmenons au plus près des joueurs et de l’entraineur, sans filtres. Leurs relations mettent en lumière la force du travail acharné, de l’émulation, de la solidarité, de la cohésion, du collectif, de l’empathie et de l’humilité face à l’adversité. Autant de valeurs universelles qui peuvent s’appliquer dans tous les domaines de la vie en société et qui font qu’il ne s’adresse pas qu’aux fans de sport. Il serait ainsi intéressant de projeter le film dans toutes les écoles de management.
















