VOILE : Vendée Globe 2020, tout en finesse et en subtilité !
J+66 : D’Auckland Island à la latitude de Caravelas au Brésil
À retenir :
- Dalin d’une courte tête devant Bestaven, Bureau Vallée 2 et LinkedOut
- Navigation avec doigté jusqu’à Recife
- Stéphane Le Diraison et Didac Costa au cap Horn
Cap au Nord, la route est droite jusqu’à la corne du Brésil… En théorie ! Car il va falloir naviguer avec doigté jusqu’à Recife, prendre en compte les lignes de grains, les nuages, les zones de courant, les petits décalages du vent entre le jour et la nuit et tout ça avec une grande lucidité. Le décalage Est (Dalin, Burton, Ruyant) et Ouest (Bestaven) aura toute son importance sur ce long bord tribord amures de plus 700 milles. Qui sortira devant vendredi au moment d’attaquer les alizés de sud-est puis l’équateur ? Mystère et boule de gomme.
Passé la zone de vents mous, le fameux front froid permanent au large d’Itajaì, qui a regroupé les 9 premiers au pointage, le flux d’alizés de l’hémisphère sud se reconstitue lentement mais sûrement. Les concurrents naviguent par 12-15 nœuds de vent d’Est-Nord-Est et entament une course de vitesse qui ne devrait plus jamais les arrêter jusqu’aux Sables d’Olonne. « Côté météo, c’est beaucoup mieux qu’hier, c’est stabilisé. Il y a encore quelques variations de force et en direction, il faut être ‘dessus’ pour ajuster le tir. On commence à avoir du vent, avec un alizé qui se cale tout doucement et qui va ouvrir à mesure qu’on va progresser par le Nord. » expliquait Thomas Ruyant ce matin à la vacation.
Placer son pion sur l’échiquier
Le jeu est stratégiquement très intéressant en tête de flotte et les micro-décalages sont des petits rien qui en fait signifient beaucoup. Dalin en tête de flotte au pointage de 15h et décalé dans l’Est a probablement plus d’opportunités pour jouer sur les angles, tirer la barre donc aller vite. Bestaven, dans l’Ouest est plus contraint, et se voit dans l’obligation de serrer le vent sous peine de se rapprocher trop près des piégeuses côtes brésiliennes. A 15h : Apivia cavalait à 16 nœuds, Bestaven à 12,5 nœuds. Autre paramètre de taille : le vent devrait adonner, c’est-à-dire tourner vers l’Est, avantage donc aux décalés dans l’Est. Mais les nuages pourraient aussi redistribuer les cartes, et c’est ce que les marins surveillent avec attention car coincé 6h durant à 4 nœuds sous une masse sans air, c’est dire adieu à la victoire… Le match entre les 4 IMOCA de tête est tout simplement dingue ! Les skippers savent que cela ne se joue pas à grand-chose. « Je suis dessus, aux réglages, à l’attaque » annonce Burton. Le mental, la lucidité et l’état des bateaux feront sans aucun doute la différence.
Vers un Atlantique Nord rapide
Les quatre premiers groupés en 34 milles (Apivia, Maître CoQ IV, Bureau Vallée 2 et LinkedOut) naviguent au grand large de Caravelas au Brésil. Mer d’un bleu profond, soleil, chaleur, des conditions idéales pour naviguer « C’est un peu les mêmes conditions de navigation que quand on s’entraîne à Port-La-Forêt. La mer est plate, le vent est léger, j’ai l’impression d’être en Bretagne » décrivait l’Allemand Boris Herrmann en visio ce matin, dans le deuxième groupe en chasse aux côtés de Damien Seguin, Giancarlo Pedote, Benjamin Dutreux et Jean Le Cam. Le skipper du foiler SeaExplorer – Yacht Club de Monaco affichait un moral au beau fixe : « Depuis hier, mon routage avec le GFS (modèle météo américain, ndlr) arrive aux Sables d’Olonne dans 13 jours. C’est bien pour le moral. Évidemment, une prévision à plus de dix jours dans l’Atlantique Nord n’a pas beaucoup de sens, mais ça donne une petite idée de comment ça pourrait se passer. » D’après Christian Dumard, consultant météo auprès de la Direction de course, l’Atlantique Nord devrait se dérouler comme dans les livres : « Un long bord tribord amures dans les alizés de Nord-Est jusqu’aux Canaries, une dépression à accrocher et un bon flux de sud-ouest pour rejoindre les Sables d’Olonne. Cela pourrait être rapide… ».
Stéphane Le Diraison au Cap Horn
A 14h03 très exactement, le skipper de Time for Oceans doublait le Horn. Enfin ! Lui qui a vécu l’enfer dans le Pacifique Sud. Prochains à doubler le caillou mythique : Didac Costa dans une poignée d’heures, puis le Japonais Kojiro Shirashi cette nuit. Il ne restera plus que 6 concurrents dans le plus grand océan du monde. Manu Cousin a passé la distance symbolique des 500 milles avant le Horn : « J’y serais jeudi soir ! » claironnait-il dans une vidéo envoyée du bord, bonnet vissé sur la tête, tandis qu’en tête de flotte, on crève de chaud…
ILS ONT DIT…
« Ça fait drôle quand tu regardes la carto et que tu vois tous ces bateaux collés-serrés après deux mois de course. C’est assez incroyable, c’est dingue : ça ne partira jamais devant sur ce Vendée Globe ! La situation météo fait qu’on recolle comme ça, systématiquement. Cela fera un finish haletant jusqu’au bout, il va se passer plein de choses, on va tous arriver la même journée, voire en 48 heures. La configuration météo a provoqué ces regroupements, qu’on ait des foils ou pas. Car même si on a la capacité à aller vite, quand on a de la pétole, tout le monde s’arrête. Il n’y a pas grand-chose à faire. Du coup, il y a plein de bateaux différents, dotés de capacités de vitesse différentes ; il y a des bateaux à 100% de leur potentiel, d’autres amoindris. J’ai d’autres foilers autour de moi, qui me font un peu peur, parce qu’on est en tribord amures jusqu’aux Canaries. Le tribord amures, ce n’est pas mon côté de prédilection. Je savais que ce serait le scénario pour cette remontée. Mais ça recolle, il y aura du jeu jusqu’au bout. »
Thomas Ruyant, LinkedOut
« D’après ce que le docteur Chauve m’a dit, j’ai dû heurter la 5 et 6ème côte. Mais ça va, il m’a donné un médicament qui fonctionne bien. Ça me fait mal quand je suis à la colonne, surtout en marche arrière. Ça a duré quasiment 24 heures et j’avais 30-35 nœuds. J’étais sous J3 avec 3 ris. J’attendais le front vers 16h, je savais qu’il était assez brutal. Il y avait du vent, au près, on sentait que le bateau souffrait et même si c’est des conditions que l’on connaît, on a toujours peur de casser quelque chose, surtout quand on se rapproche du but. Juste avant le front, il y a eu presque 50 nœuds, le bateau s’est couché, je suis sorti en catastrophe, mais je ne pouvais même pas abattre pour rouler le J3. Je suis sorti pour tout choquer et en sortant j’ai glissé sur un winch. Je me suis assis, j’ai commencé à tomber dans les pommes et le front est passé à ce moment-là, heureusement. J’ai repris connaissance, j’essayais de respirer à fond et à chaque fois j’avais la tête qui tournait. Je suis rentré à l’intérieur, c’est repasser en vent arrière et le bateau s’est remis à plat. Donc tout s’est calmé d’un coup et je me demandais ce que j’avais. C’était assez irréaliste comme scène. »
Romain Attanasio, Pure – Best Western Hotels & Resort
« Je ne vais rien lâcher jusqu’aux Canaries. J’attends que ça tourne un petit peu plus à droite, et je pourrai faire s’exprimer mon bateau. Je pense que j’ai navigué sagement dans le grand Sud car je voulais vraiment me donner la chance de régater dans l’Atlantique. Là tout va bien, dans les phases du reaching, je sais que je vais vite et ça m’a permis de revenir. Il faut juste avoir de bonnes conditions pour pouvoir se battre. Mon objectif sur ce Vendée Globe, choisi en concertation avec mon sponsor, était de finir. Je pense que j’aurais souvent pu faire plus, mais j’aurais aussi pris le risque de casser plus de choses. Là, on sait qu’on se rapproche de la maison. On vient de passer Cabo Frio, on entre dans un régime d’anticyclone qu’on connait, le vent est de plus en plus stable, l’air est moins agressif que dans le Sud, donc là il faut appuyer sur la pédale et foncer ! »
Giancarlo Pedote, Prysmian Group
« D’après les derniers fichiers, même si je ne leur fais plus trop confiance depuis trois jours, la zone devant moi à l’air un petit peu plus clair que ce que les autres ont eu. On va quand même se méfier. En tout cas j’ai mis mon temps à profit pour réparer mes voiles hier. J’ai affalé ma grand-voile et j’ai réparé la chute. Puis, j’ai affalé mon J3 que j’avais abîmé au cap Horn. On va embrayer sur l’autoroute des alizés, ça va être de la vitesse pure, quasiment tout droit jusqu’aux Canaries. Donc c’est sûr qu’il vaut mieux avoir son bateau à 100%. Je pense que nous, les bateaux à dérives droites, on ne va pas aller vite à ces allures, les foilers vont par contre-pouvoir se faire un peu plaisir sur les vitesses. J’ai hâte de passer tout ça et d’arriver en Atlantique Nord. J’espère qu’on aura des conditions un peu plus clémentes, mais vu l’édition du Vendée Globe qu’on a là, ça m’étonnerait ! (rires) Il me tarde d’arriver. »
Maxime Sorel, V and B – Mayenne
CLASSEMENT
15:00 (heure française)
- Charlie Dalin, Apivia, à 4388.02 milles de l’arrivée
- Yannick Bestaven, Maître CoQ IV, à 10.88 milles du leader
- Louis Burton, Bureau Vallée 2, à 23.63 milles du leader
- Thomas Ruyant, LinkedOut, à 34.54 milles du leader
- Damien Seguin, Groupe APICIL, à 49.31 milles du leader
















