VOILE : Vendée Globe 2020, Yannick BESTAVEN premier cap hornier !
J+55 : Entre le Sud-Ouest du Cap Leeuwin et le Cap Horn.
À retenir :
- Le skipper de Maître CoQ IV ouvre la voie au Cap Horn
- Charlie Dalin y est attendu aux premières heures du 3 janvier
Cet après-midi à 14h42 (heure française), Yannick Bestaven a franchi la longitude 67° 17’ 21’’ Ouest qui prolonge l’extrémité sud de l’île Horn. C’est la première fois que le skipper de Maître CoQ IV passe le cap mythique. Une performance d’autant plus belle qu’il mène la course depuis maintenant 17 jours.
« Passer le Cap Horn c’est déjà quelque chose pour un marin ! Sur un premier tour du monde en solitaire encore plus, alors en tête du Vendée Globe c’est dingue ! » s’exclame Yannick Bestaven contacté en début d’après-midi. Heureux, ému, fatigué et fasciné par les conditions dantesques qu’il endure depuis ce matin, il savoure, champagne à la main, son passage en tête du dernier des trois grands caps du Vendée Globe après 55 jours et 22 minutes de course.
Après un océan Indien mené en embuscade dans le top 5, « Besta » prend les commandes de la flotte le 16 décembre, aux portes du Pacifique. Depuis, l’arcachonnais (installé à la Rochelle) qui a fêté ses 48 ans le 28 décembre, a réussi à mener à la perfection son plan Verdier-VPLP équipé de petits foils. Un bateau fiable et éprouvé de génération 2016, qu’il pousse à 100% de ses capacités.
« Je suis têtu, c’est un de mes défauts mais aussi une des mes qualités » nous révélait le marin-ingénieur sur les pontons des Sables d’Olonne, quelques jours avant le départ. « J’ai aussi une grande capacité de résilience. Et j’ai un mental solide dans les conditions difficiles ». Il en a fait la preuve dans ces mers du Sud qu’il ne connaissait pas et qu’il a traversé avec vaillance, sans jamais faillir.
« Il a fallu croire en mes options et en ma route, sans me soucier de ce que pouvaient faire mes concurrents. Il fallait être têtu, notamment quand je suis resté le long de la zone des glaces. Mais je ne pensais pas qu’on pouvait aller chercher si loin dans le corps humain pour surmonter physiquement et moralement tout le stress, le froid, l’humidité, la solitude. Il y a eu des moments magiques et d’autres très durs comme quand le bateau s’est complètement couché et est parti au tas, en pleine nuit, j’étais sur le pont à me demander ce que je faisais là ».
Le vainqueur de la Mini Transat 2001 et double vainqueur de la Transat Jacques Vabre en Class40 prend une petite revanche sur l’édition 2008 du Vendée Globe qui s’était achevée dans le golfe de Gascogne (démâtage) quelques heures après son départ.
Après 55 jours de course, c’est lui qui ouvre la voie vers « la maison » !
Le Cap Horn dans son sillage, il devra encore serrer les dents plusieurs heures avant de connaître des conditions plus calmes qui lui permettront d’inspecter entièrement son bateau. Il faut encore parer l’île des Etats (à l’Est de la Terre de Feu, à la pointe de l’Argentine) avant de pouvoir mettre le clignotant à gauche, et attaquer la remontée de l’Atlantique Sud.
A 200 milles du Cap Horn, c’est au tour de Charlie Dalin d’expérimenter des conditions dantesques. Le skipper d’Apivia a mis la pédale douce et progresse vers la pointe de l’Amérique du Sud à 15 noeuds de moyenne. Il devrait passer le Cap Dur vers 2 ou 3 heures du matin dimanche.
Derrière, Thomas Ruyant (3e) au coude à coude avec Damien Seguin (4e) ont encore 36 heures minimum avant de doubler le fameux cailloux. Le vent qui va basculer à l’Ouest va bientôt obliger la meute des poursuivants à tirer des bords vent arrière pour progresser vers l’Est.
Tous devront prendre la garde à l’arrivée d’une nouvelle dépression qui va balayer une grande partie de la flotte dans les prochaines heures et qui se renforcera à mesure qu’elle se déplace vers l’Amérique du Sud.
ILS ONT DIT…
« Ça fait plaisir dans ce monde cruel parce que là, les conditions sont compliquées depuis 12 heures et ça va continuer encore un peu, donc ce n’est pas encore la délivrance, mais ça sent la remontée vers la maison et la fin des mers du Sud. J’aurais aimé le voir (le Cap Horn), malheureusement je suis passé 80 milles au Sud donc il va falloir que je revienne ! (…) Le décor est magnifique. C’est Nazaré en continu, ce matin, je me croyais en surf tracté. C’est énorme, je pense qu’il y avait bien 8 mètres, parfois 10 mètres de vague, c’était des montagnes d’eau. Là, ça s’est un peu calmé, c’est tout gris, blanc d’écume partout, il n’y a que les albatros que ça fait marrer apparemment. C’est une mer que l’on ne voit qu’ici. Dans une dizaine d’heures, on va pouvoir remonter un petit peu à gauche. Le vent va mollir et ça ne fera pas de mal car il y a une inspection générale du bateau à faire. Avant de repartir pied au plancher, il va falloir tout vérifier et réparer quelques trucs. La remontée semble un peu compliquée car il y a des zones d’anticyclones qui bloquent bien la route donc on verra bien, on prendra ce qu’il y a à prendre. »
Yannick Bestaven, Maître CoQ IV
« La nuit a été longue pour moi. Hier j’ai perdu mon aérien, le dernier qui marchait est tombé en panne donc le bateau a fait demi-tour tout seul alors qu’il y avait 30 nœuds et une mer pas possible : ça a été difficile de récupérer ça. Depuis, je n’ai plus d’aérien donc je n’ai plus aucun instrument qui indique le vent. Et comme je navigue au vent arrière, c’est hyper compliqué, je dois toujours surveiller la marche, la vitesse et le cap du bateau pour ne pas qu’il sorte de ses rails. J’ai passé la nuit là-dessus et maintenant les conditions sont un petit peu plus stables. Je suis toujours au portant VMG mais j’ai pris un ris dans la grand-voile donc ça me permet d’assurer mes arrières. Je passe tout mon temps à surveiller la marche du bateau, la vitesse, le cap, l’assiette, sentir s’il est sur son bon cap, s’il accélère trop, et quand je dors, je dors avec ma main gauche dans un gant de ski et ma main droite sur la télécommande avec le pouce sur le bouton du pilote pour ajuster la trajectoire dès que je sens que le bateau part en sucette.
C’est une situation qui n’est pas confortable car je sais que j’ai encore un gros mois de navigation et ça ne va plus du tout être le même tempo, le même confort, ça va être plus difficile d’aller vite, j’aurais souvent besoin de lever le pied, le bateau sera souvent moins rapide donc ça sera frustrant. De plus, je vais moins dormir et je vais être très sollicitée par la marche du bateau. Et à côté de ça le Cap Horn arrive et ça me réjouit car j’avoue que j’ai hâte de sortir des mers du Sud, ça commence à faire long, je souffre du froid et malgré la beauté des paysages, j’ai vraiment besoin de changer de climat, de mettre le cap au Nord. Le passage va être dur car ce n’est que du vent arrière donc sans aérien ça risque d’être compliqué. Mais c’est vrai que je me réjouis de passer à une autre séquence. Et il y a autre chose aussi, le Cap Horn figurait dans mes gros objectifs de ce Vendée Globe. Il y avait les mers du Sud, finir la course et passer le Cap Horn. Ça serait une grande satisfaction. Moralement ça va car je sais que le Cap Horn est à moins de 600 milles devant moi et qu’après ça je vais pouvoir mettre le clignotant à gauche et commencer à remonter. C’est ce qui me fait tenir en ce moment car les conditions ne sont pas des plus faciles à vivre, il fait froid, c’est humide, il y a du vent, la mer est démontée donc en termes de navigation on a connu mieux. »
Isabelle Joschke, MACSF
« J’ai un peu hâte que ça se termine parce que c’est long et je ne suis pas un grand fan du froid et de l’humidité. Me dire que dans quelques jours je serai le long du Brésil en short et t-shirt, ça me fait tenir dans les moments compliqués. C’est pour ça que je mets du charbon dans la locomotive pour me retrouver vite au chaud. Je n’ai pas un bateau à 100%, comme bien d’autres j’ai eu pas mal de petits soucis qui m’handicapent à certains moments de la course. Je ne me bats pas pour faire 5e du Vendée Globe aujourd’hui, il y a des bateaux largement meilleurs et qui méritent d’être devant. Je me bats avec les armes que j’ai, avec mon mental, mon physique et je sais que c’est une de mes qualités de ne rien lâcher, d’être toujours à fond et de choisir les bonnes trajectoires. Pour l’instant ça paye bien. »
Damien Seguin, Groupe APICIL
« Le vent n’est pas encore très fort, ça va monter dans la journée donc c’est plutôt des conditions agréables encore. J’ai pas mal manœuvré aujourd’hui. On essaye d’avancer en VMG, au portant, on fait souvent des empannages, on n’est pas très rapides, mais dans les prochaines heures on devrait commencer à avoir des vents plus soutenus pendant une semaine, ça va être pas mal. On n’est plus trop groupé, Pip (Hare) a été plus vite que nous, elle allait très vite au portant. On devrait rester tous les trois ensemble, et derrière, je m’attends à ce que Charal revienne fort, ça nous met aussi du piment, ça permet de se bouger et d’aller le plus vite possible. Je regarde le Cap Horn à plusieurs niveaux, déjà parce que Yannick (Bestaven) est dans le dur en ce moment donc je lui ai écrit pour lui souhaiter bon courage. Nous, on en a encore pour une semaine, et une semaine, c’est rapide et long à la fois : il y aura plusieurs étapes, notamment pas mal d’empannages à faire. Le week-end prochain, on ne sera pas loin, mais là il y a juste un petit peu moins de 3 000 miles et donc pas mal de manœuvres à faire, des pièges à éviter dans du vent assez fort, il faut être prudent. C’est une étape décisive dans le Vendée Globe de passer le Cap Horn.
Ce matin Yannick (Bestaven) me disait qu’il ne verrait même pas le Cap Horn : je lui ai dit que ce n’était vraiment pas grave, s’il voulait des photos, je lui en donnerais. Qu’il reste en tête est bien plus important ! J’ai confiance en ses capacités et en sa performance. Il va gérer ça d’une main de maître donc je ne suis pas inquiet. Mais je regarde ses classements et s’il avance comme il faut. Dans la vie, on se connait depuis qu’on est adolescents. On est très amis. Il y a pile un an jour pour jour, on était à la montagne ensemble. On se connait beaucoup grâce à l’école de voile d’Arcachon, mais aussi parce qu’on est amis. C’est chouette de se retrouver sur le Vendée Globe, pour moi ça me donne encore plus envie d’aller vite. C’est une super motivation. Je suis fier de mon pote. »
Arnaud Boissières, La Mie Câline – Artisans Artipôle
CLASSEMENT
15:00 (heure française)
- Yannick Bestaven, Maître CoQ IV, à 7078.33 milles de l’arrivée
- Charlie Dalin, Apivia, à 159.27 milles du leader
- Thomas Ruyant, LinkedOut, à 458.75 milles du leader
- Damien Seguin, Groupe APICIL, à 506.87 milles du leader
- Benjamin Dutreux, OMIA – Water Family, à 638.28 milles du leader
















