VOILE : Vendée Globe 2020, toboggan pour les 50èmes hurlants !
J+36 : Entre Espérance (Australie) et Port-Elizabeth (Afrique du Sud).
À retenir :
- Le trio de tête a le nez vers le Sud
- Une molle pour contrarier les poursuivants
- Atelier couture sur V and B – Mayenne
En retrouvant la possibilité de plonger en direction des Cinquantièmes hurlants ce matin, les trois hommes de tête (Charlie Dalin, Thomas Ruyant et Yannick Bestaven) ont aussi retrouvé une occasion de creuser l’écart sur le peloton de chasseurs, freiné par une zone de molle sur le plateau septentrional de la zone d’exclusion antarctique. Maxime Sorel, lui, joue des coudes et de ses aiguilles pour sauver deux voiles d’avant déchirées.
Depuis le tout petit matin de ce lundi, le trio qui mène la charge aux avant-postes rejoue sur grand terrain. Fini la zone « contrainte » par le rehaussement de la zone d’exclusion antarctique, place au tremplin vers le grand Sud !
Depuis la longitude du Cap Leeuwin et sur une distance de 600 milles environ, la direction de course avait remonté les points de la zone d’exclusion antarctique au 46°00.00S, à la demande des autorités de secours en mer australienne, désireuses de pouvoir intervenir dans une zone accessible notamment aux forces aériennes pour le repérage des bateaux en difficulté. Plus que la putative présence des glaces, c’est bien la requête des autorités australiennes qui a fait émerger ce plateau septentrional qui, de fait, a eu et a encore de l’incidence sur la trajectoire des skippers du Vendée Globe. Une fois ce plateau franchi, Charlie Dalin (Apivia), Thomas Ruyant (LinkedOut) et Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) ont plongé vers le Sud, en quête d’airs plus soutenus et d’angles préférentiels. Dans 12-15 nœuds de vent de Sud-Ouest qui basculera progressivement Nord-Ouest dans la nuit, les trois compères glissent jusqu’à des latitudes plus australes, les prochains points de la ZEA émargeant à 48°50S, puis 50°45S.
Là, Dalin, Ruyant et Bestaven soigneront les angles au long des vents violents de l’automne, portés par un flux dépressionnaire de Nord-Ouest qui devrait leur permettre de creuser l’écart sur les chasseurs. Voici peut-être l’opportunité d’une nouvelle escapade, opportunité que la tête de course devra saisir pour compenser les sursauts lunatiques de la météo de ce Vendée Globe depuis les premiers jours. Pour Thomas Ruyant, ce sont peut-être des heureuses fertiles qui s’annoncent. Après une longue séquence en tribord amures, le skipper de LinkedOut va enfin retrouver de l’appui sur son foil valide, dans un vent de 22 à 24 nœuds et des vagues de 3,30m environ. Le jeu sera, pour eux trois, de ricocher contre la ZEA pour exploiter au mieux cette dépression modérée et qui va les accompagner jusqu’à jeudi matin, à défaut de réellement glisser.
Haute pression et petit tempo
Trois cents milles derrière l’homme le plus à l’est de toute la flotte – le leader, donc – les trois héros à dérives droites risquent d’accuser le coup dans les heures qui viennent : une zone de hautes pressions vient entraver leur foulée fantastique. Damien Seguin (Groupe APICIL), Jean le Cam (Yes We Cam!) et Benjamin Dutreux (OMIA – Water Family) courent le risque de se laisser hypnotiser par l’anticyclone des Mascareignes, sauf à parvenir à se glisser dans un trou de souris au moment de la bascule du vent de Sud-Ouest à Nord-Ouest. Il faudra, pour préserver de la vitesse, compter sur la compassion de la zone de molle qui arrondit l’angle de la zone AMSA. Ce n’est qu’après que le trio pourra à son tour plonger plein Sud pour reprendre son tempo.
10 ont passé le cap Leeuwin…
Dans le top 10 depuis 48 heures, Isabelle Joschke (MACSF) a franchi la longitude du cap Leeuwin ce lundi, à 12h09 à l’heure des Sables-d’Olonne, avec 23h49 de retard sur Charlie Dalin. Dans son sillage, Giancarlo Pedote (Prysmian Group) devait également parer le deuxième des trois caps mythiques du Vendée Globe en milieu d’après-midi de ce lundi.
Soucis de voiles d’avant chez Maxime Sorel
On a appris ce jour que, depuis jeudi, Maxime Sorel fait face à d’imposantes problématiques avec deux de ses voiles d’avant : le J3 et le J2, victimes de grandes déchirures. Samedi, profitant de l’apaisement du climat ambiant, Maxime a rentré son J3 et s’est attelé aux réparations hier, dimanche, une fois la voile de vent fort séchée. La nuit dernière, le skipper de V and B – Mayenne est monté au mât pour affaler son J2 afin de faire entrer à son tour ces 100m2 de voile dans le rouf afin de l’examiner pour envisager, avec son équipe, l’intérêt qu’il y aurait à tenter une réparation. Épuisé par les efforts à répétition, et notamment cette montée au mât dans 18 nœuds de vent, Maxime attend les préconisations de son équipe à terre. Il n’a pour autant pas perdu trop de terrain ; il pourrait même être épargné par la zone de molle qui va freiner ses devanciers à la sortie du plateau « AMSA ».
À gagne-terrain
14e, L’Occitane en Provence poursuit sa remontée. En milieu de semaine, Armel Tripon pourrait buter sur une petite zone de molle qui contrarierait sa progression. Cet après-midi, au classement de 15 heures, Jérémie Beyou (Charal) était sur le point de déposer Kojiro Shiraishi (DMG Mori Global One) et de s’emparer de la 21e place.
ILS ONT DIT..
« J’ai passé le Cap Leeuwin en tête et, maintenant, on peut plonger plus Sud pour aller chercher du vent fort le long de la zone des glaces. Je n’ai pas fait de routage pour les bateaux de derrière, mais j’ai du vent faible qui pousse par derrière et qui se rapproche. Avec le groupe de devant, on est un peu en train de s’échapper. J’imagine que ça va être plus compliqué pour le groupe des poursuivants dans les prochaines heures. Dans les prochains jours, on va changer de système, on aura un vent un peu différent le long de la zone des glaces, on va continuer à avancer, mais le vent va graduellement tourner. On va empanner le long de la zone des glaces. Pour la suite ce n’est pas très clair, ça varie d’un modèle à l’autre, d’un fichier à l’autre… Ce qui est sûr, c’est qu’on va plutôt naviguer Sud, plus proche de la zone des glaces que de la Nouvelle-Zélande. Actuellement il fait 7,8° dans le cockpit. C’est en train de se rafraîchir. C’est le milieu d’après-midi pour moi, là. C’est l’heure où il fait le moins froid. Cette nuit il va faire autour de 4/5 °. Ça continue de baisser à mesure qu’on se rapproche de la zone des glaces. »
Charlie Dalin (Apivia)
« Ça va vite et ce n’est pas si facile, car il y a pas mal de grains encore. On accompagne la dépression, on est dans le ciel de traîne, ça tourne entre 18 et 30 nœuds de vent, il faut être à la régulation pour aller vite. Je reste à proximité des winches et de la colonne. Il y a un anticyclone qui se reforme dans notre Nord-Ouest : on va faire du Sud, on va chercher la bascule de vent au Nord-Ouest. Je n’en peux plus d’être sur le mauvais bord ! Je suis content de faire de belles moyennes, la mer est formée, j’arrive à m’en sortir même si je sens que le bateau démarre moins vite et demeure moins véloce. J’utilise les ballasts et je charge le bateau en termes de voilure pour tenir la cadence. J’arrive à ne pas me faire décrocher. Je suis dessus, je ne lâche pas, j’essaie de rester dans le paquet, c’est un bon groupe et on va creuser par rapport aux poursuivants. Le ciel est beau, il y a du bleu et des nuages sombres. Mais le vent varie beaucoup en force et en direction. La nuit, ça caille ! Je mets plusieurs couches de polaires et de pulls et je dors avec une couette. Mon cockpit est fermé donc dans le cockpit et dans le bateau, il fait bon. Nous allons descendre sous les 50e bientôt, et là ça va cailler sérieusement. Géographiquement, nous sommes toujours dans l’océan Indien et je suis impatient de doubler la longitude de la Nouvelle-Zélande d’être dans le Pacifique que je ne connais pas. J’ai eu mon lot de galères, et maintenant tout va bien ! J’espère que dans le Pacifique on aura une houle rangée et de belles glissades. Je savoure maintenant ces journées dans le grand Sud. »
Thomas Ruyant (LinkedOut)
« Le paysage est passé de Saint-Pierre-et-Miquelon à Zeebruges… Ça donne une idée de la couverture nuageuse. Mais il y a seulement 15 nœuds, c’est « gentil » actuellement. On veut toujours ce que l’on n’a pas de toute façon. J’aime bien quand ça bombarde. Un bon bord de reaching, c’est bien : se faire un peu tremper quoi ! Là j’en ai profité pour refaire le tour du bateau, je prends mon mal en patience. C’est assez étrange cet anticyclone. Avec beaucoup d’humour – car il faut en avoir – Stéphane (Le Diraison) a dit qu’il allait écrire un bouquin sur les anticyclones de l’océan Indien, je lui ai dit que j’en réservais un direct ! C’est vrai que c’est étonnant. Étonnamment, il y a moins d’oiseaux, moins d’albatros. Quand tu regardes la carte, d’un côté il y a des icebergs et l’autre côté il y a l’île de la Réunion. On est loin de tout, proche de rien ! C’est mon imaginaire qui fonctionne. Il y a les Kerguelen pas loin… Moi tout ça, ça me fait rêver ! »
Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle)
CLASSEMENT
15:00 (heure française)
- Charlie Dalin, Apivia, à 12 894,8 milles de l’arrivée
- Thomas Ruyant, LinkedOut, à 60,4 milles du leader
- Yannick Bestaven, Maître CoQ IV, à 64,7 milles du leader
- Damien Seguin, Groupe APICIL, à 305,8 milles du leader
- Jean Le Cam, Yes We Cam!, à 307 milles du leader

















