MONTAGNE : Les 3 défis majeurs qui attendent la montagne française pour l’hiver 2020-2021
Après avoir été sous les feux des projecteurs tout l’été, la montagne française a déjà le regard tourné vers la saison d’hiver.
Un hiver déterminant pour l’avenir de ce secteur qui pèse en temps normal près de 20 milliards d’euros en France. Face à la pandémie de Covid-19 qui continue sa progression sur le territoire, les enjeux environnementaux et les problématiques liées aux personnels, quels sont les défis pour les stations françaises à l’approche de la saison 2020-2021 ? Armelle SOLELHAC, experte du tourisme de montagne y répond en trois points.
1/ SURMONTER LES CONSÉQUENCES DE LA CRISE SANITAIRE DU COVID-19 POUR SE METTRE EN MARCHÉ ET ADAPTER L’EXPÉRIENCE CLIENT
La pandémie du Covid-19 a frappé de plein fouet la montagne française avec une fermeture précipitée des stations de ski le 15 mars dernier. À la recherche de grands espaces et avides de nouvelles expériences, les Français ont manifesté leur intérêt pour la montagne l’été. Face à cet engouement, nous pourrions croire à une montagne hors de danger. Il n’en est rien selon l’experte du tourisme de montagne Armelle SOLELHAC, auteure du livre Management et marketing des stations de montagne, PUS.
En effet, à quelques mois du lancement de la saison hivernale, les stations de ski doivent s’adapter face à cette crise sanitaire aussi bien du côté logistique que du côté des offres de produits et de services. Prenons l’exemple de la station de Mount Baldy aux États-Unis, elle a mis en place plusieurs actions : les skieurs sont invités à se présenter à une heure précise pour éviter les attroupements aux remontées mécaniques et ainsi profiter du domaine skiable (à l’image des Drive en France où les consommateurs ont un créneau horaire pour retirer leur commande). Autre solution pour garantir la sécurité sanitaire de ses visiteurs, la station impose l’achat des forfaits en ligne pour éviter le contact physique lors des transactions en kiosque. S’il est difficile aujourd’hui pour les stations françaises de donner des réponses concrètes aux vacanciers concernant les mesures sanitaires – est-ce que le masque sera obligatoire uniquement sur les remontées mécaniques ou sur l’ensemble du domaine skiable ? Les télécabines seront-elles accessibles « comme avant » ou seulement pour des groupes pré-constitués (familles, tribus d’amis, etc.) ? Est-ce qu’il y aura un nombre limité de skieurs par jour ? – l’ensemble des stations françaises en aura au moment de l’ouverture en décembre.
Quant aux touristes étrangers, leur absence pourrait avoir un impact majeur sur les stations qui se sont appuyées sur ce type de clientèle pour assurer leur développement. Le risque ? Que les stations françaises pratiquent des offres commerciales « agressives » pour capter les vacanciers français qui partent au ski. Selon Armelle SOLELHAC, c’est une piste glissante qu’il faut éviter ! En effet, il vaut mieux augmenter la qualité des services que dégrader le prix.
2/ DES RESSOURCES HUMAINES SOUS HAUTE TENSION : LES DIFFICULTÉS DES STATIONS À FIDÉLISER ET ATTIRER DES TALENTS
Les stations de montagne sont confrontées chaque année à une problématique RH : la fidélisation et l’attractivité de talents. Les raisons ? Le salaire qui est moins attractif qu’en plaine (à poste équivalent, les collaborateurs d’entreprises basées dans des grandes villes ont un salaire qui peut aller jusqu’à 20% de plus qu’en station), la vie de village qui peut être contraignante pour une vie de famille ou encore la difficulté à se loger (le coût d’un appartement en station est très élevé et les surfaces limitées). Autant de contraintes qui conduisent les salariés qualifiés en CDI à ne rester que très peu de temps en poste avant de quitter un cadre, certes idyllique en apparence, pour de nouvelles aventures en ville plus rémunératrice et offrant de meilleures perspectives d’évolutions.
La seconde problématique est directement liée au COVID-19 qui n’épargne pas la montagne et son personnel. En effet, les centres de dépistages sont souvent loin des stations (parfois à plus d’une heure de route) ce qui ne permet pas de faire des tests PCR facilement. Ainsi, lorsqu’un saisonnier présente des symptômes liés au Covid-19, il se voit prescrire par leur médecin un arrêt de travail d’une durée de 14 jours. Cette contrainte impacte lourdement les employeurs en station qui se voient dans l’obligation de gérer des équipes qui ne fonctionnent pas à plein régime dans une période de haute fréquentation touristique.
3/ FACE AU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE, LES STATIONS DOIVENT ADAPTER LEUR BUSINESS MODELS
La hausse des températures et la baisse de l’enneigement en montagne conduisent les stations à adapter leur fonctionnement et leur développement. En effet, la planète se réchauffe, « le changement climatique n’est pas uniforme, les massifs montagneux se réchauffent plus rapidement. On constate par exemple une hausse de 2°C dans les Alpes, alors qu’elle n’est que de 0,89°C en moyenne en plaine. » (Extrait du livre Management et marketing des stations de montagne, PUS – Page 63 – Armelle SOLELHAC). Ainsi, quel est l’avenir des stations et sports d’hiver face à ce constat ? Au-delà des adaptations des stations face au réchauffement climatique (tri des déchets, gestion fine des ressources naturelles, développement des énergies renouvelables, limitation de l’impact de l’urbanisation, etc.), la montagne doit repenser son modèle économique et son offre.
Face aux nouveaux modes de consommation des activités de neige, les stations doivent se renouveler. Les chiffres le prouvent, aujourd’hui, les Français skient en moyenne 4h30 par jour. Si le ski a encore la ferveur de grand nombre de vacanciers, les stations doivent poursuivre leur travail sur l’émergence de nouvelles pratiques sportives comme le yoga, le bien-être, des ateliers de cuisine, les visites patrimoniales et culturelles, etc. « Aujourd’hui, les stations doivent s’adresser à plusieurs segments de marché amenés à cohabiter : les sportifs caractérisés par un engagement fort dans la pratique du ski, les amateurs intéressés par l’offre de loisirs sportifs associés au tourisme de montagne, les touristes donnant la priorité aux activités de bien-être, les familles ou les groupes d’amis privilégiant les moments de partage […] » ((Extrait du livre Management et marketing des stations de montagne, PUS – Page 58 – Armelle SOLELHAC).
À propos d’Armelle SOLELHAC :
Avec un Master en droit des affaires et un Specialized Master in Marketing & Communication à ESCP Europe (Paris) en poche, Armelle Solelhac part en 2005 faire un tour du monde des stations de ski pendant 2 ans. Elle visite 280 domaines skiables, dans 27 pays sur 5 continents et réalise un benchmark exhaustif des bonnes pratiques, innovations et initiatives performantes. Au retour, elle fonde SWiTCH, une agence de prospective, stratégie marketing et communication digitale spécialisée dans les secteurs du tourisme et des sports outdoor, basée à Annecy (France) et Los Angeles (USA). Elle a à ce jour accompagnée plus 100 clients avec succès. En parallèle, elle intervient auprès de Start-ups au sein des incubateurs d’Outdoor Sports Valley (OSV) et de Grenoble École de Management pour les accompagner dans la définition et la conduite de leurs stratégies de développement. En 2016, elle repart pour un deuxième tour du monde afin d’étudier plus de 100 destinations balnéaires dans 14 pays sur 4 continents. Elle siège depuis 2016 au Conseil d’Administration d’Outdoor Sports Vallée et enseigne à l’IUT d’Annecy (France). Elle est invitée dans le monde entier pour faire des conférences sur le futur de la mise en marché des destinations touristiques et des marques de sports outdoor et a visité plus de 60 pays à ce jour. Depuis septembre 2020, elle a entamé une thèse Conservatoire National des Arts et Métiers (Paris) sur la montée en gamme des destinations de montagne par le co-développement et le co-branding avec des marques.

















